La destruction totale d’un mas du XVe siècle au cœur d’un domaine viticole parmi les plus prestigieux de Provence se retrouve une nouvelle fois devant la justice. Jeudi, le tribunal de Tarascon a examiné la citation directe d’une association écologiste contre la holding propriétaire du domaine d’Estoublon, dont Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni-Sarkozy sont actionnaires, malgré une condamnation pénale déjà prononcée en 2025.
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Un bâtiment historique réduit à néant, des autorisations jamais obtenues et une amende jugée insuffisante. L’affaire revient sur le devant de la scène judiciaire et relance le débat sur la protection du patrimoine en Provence.
Un mas du XVe siècle détruit au cœur d’un domaine emblématique de Provence
La procédure examinée jeudi devant le tribunal de Tarascon concerne la destruction du mas de Montredon, situé à l’intérieur du domaine d’Estoublon, une propriété viticole réputée des Alpilles. Ce domaine de 17 hectares de vignes et 120 hectares d’oliviers revendique une existence remontant à 1489 et met en avant ses huiles d’olive multimédaillées ainsi que ses activités d’oenotourisme.
La Ligue de défense des Alpilles vise cette fois la société Estoublon Holding, propriétaire du domaine, au sein de laquelle figurent notamment l’entrepreneur Stéphane Courbit, l’ancien président de la République Nicolas Sarkozy et son épouse Carla Bruni-Sarkozy. L’association écologiste conteste la portée de la sanction déjà infligée dans ce dossier.
Des travaux engagés sans permis dans le périmètre d’un monument historique
Les faits remontent à mai 2021. Sans attendre les autorisations administratives requises, des travaux de destruction sont engagés sur le mas de Montredon, situé dans le périmètre d’un château classé monument historique. Lorsque le refus du maire intervient en juin, la bâtisse de 800 mètres carrés a déjà disparu.
« On est sur un cas de démolition totale », a rappelé à la barre Frédéric Aubanton, architecte des bâtiments de France, cité comme témoin. Selon lui, les éléments architecturaux majeurs ont été « brisés en petits morceaux », rendant toute reconstruction à l’identique impossible.
Le professionnel a décrit un édifice ancien, modifié au fil des siècles, mais présentant encore de nombreux éléments remarquables. « Un mas typique de ces petits fiefs seigneuriaux, avec des éléments de décors, des fenêtres à meneaux, un escalier à vis, une cheminée monumentale, au rez-de-chaussée de belles voûtes d’arêtes », a-t-il détaillé.
Une sanction financière jugée trop faible par l’association
En mai 2025, une autre entité juridique, la société agricole du domaine d’Estoublon, avait déjà été condamnée à une amende de 150.000 euros dans le cadre d’une comparution sur reconnaissance préalable de culpabilité. Un montant vivement critiqué par la Ligue de défense des Alpilles.
Sa représentante, Annick Blanc, a dénoncé une peine insuffisante. « Le mas a été rayé de l’histoire et de la mémoire. (…) Payer 150.000 euros après avoir réduit un mas en poussière pourrait faire des émules », a-t-elle déclaré devant le tribunal.
De son côté, l’avocat du domaine d’Estoublon, Kyum Lee, a plaidé la relaxe. Il a estimé que cette nouvelle procédure revenait à contester une affaire déjà jugée, qualifiant l’initiative de la partie civile « d’appel de la CRPC ». « Je ne vais pas remettre en cause le fait que le mas a été détruit », a-t-il reconnu, tout en contestant la démarche judiciaire engagée.
L’avocat de la Ligue, Benoist Busson, réclame 100.000 euros de dommages et intérêts solidairement à la holding, à Stéphane Courbit, à un ancien responsable du domaine et au cabinet d’architecture intervenu sur le chantier. « Ils ont 800 m² qu’ils ont démolis qu’ils peuvent reconstruire, on estime que c’est un dossier à plusieurs millions d’euros », a-t-il affirmé.
La décision du tribunal de Tarascon est attendue le 30 avril.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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