On l’a lu et entendu lundi dans les Alpes-Maritimes, la condamnation de Marine Le Pen dans le cadre de l’affaire des collaborateurs de l’ex-Front national a soulevé d’indignation Eric Ciotti, qui suspecte un complot, et d’autres élus RN du département. Toute autre musique du côté de la capitale régionale…
« Confiance dans la justice », « retour de bâton », « personne n’est intouchable » : à Marseille, de nombreux électeurs interrogés par l’AFP saluent la condamnation de Marine Le Pen, qui semble à ce stade (presque) exclue de la prochaine élection présidentielle. Toutefois, certaines voix dénoncent une « décision politique ».
« La justice a rempli son rôle, et il est légitime que les élus puissent être sanctionnés comme n’importe quel citoyen. Nul n’est au-dessus des lois, et encore moins les responsables politiques s’ils ont commis des infractions », estime Marc Fonteneau, ingénieur résidant dans le 7e arrondissement, l’un des plus aisés de la cité phocéenne.
Nadine Garry, animatrice sportive croisée sur le Vieux Port, partage cet avis : « Les juges ont eu raison de la juger comme tout le monde ». Pour elle, « c’est la preuve que la justice a fait son travail ». Dans un sourire, elle confie que cette condamnation « redonne un peu de confiance dans la politique ».
Même sentiment pour Nathanaël Fichou, serveur dans le centre-ville touristique : « Personne n’est intouchable : elle a fauté, elle doit répondre de ses actes ». Selon lui, « elle a détourné beaucoup d’argent, elle ne peut pas se prétendre au-dessus des lois. En tant que politique, elle se doit d’être exemplaire ».
Après deux mois d’enquête et des preuves formelles retenues contre elle, le tribunal correctionnel de Paris a condamné lundi la dirigeante du Rassemblement national (RN) à quatre ans de prison, dont deux ferme, ainsi qu’à une amende de 100 000 euros et, surtout, à cinq ans d’inéligibilité.
Le tribunal a également mis en évidence un « système » mis en place entre 2004 et 2016 pour financer des emplois au sein du parti d’extrême droite à l’aide de fonds détournés du Parlement européen, destinés initialement à des assistants d’eurodéputés.
Vingt-trois autres personnes ont été reconnues coupables dans cette affaire, ainsi que le parti, anciennement FN et devenu RN.
« C’est un juste retour de bâton : elle réclamait une justice intraitable envers les politiques corrompus, et maintenant elle se plaint de la sévérité de la décision », ironise Barbara B., salariée de la restauration.
Pour Ondine Regelsperger, étudiante, cette affaire constitue « une preuve que la justice fonctionne bien ». Une analyse partagée par Alban Richeboeuf, avocat : « C’est rassurant que la justice ait tranché en toute indépendance, sans céder à la pression de l’opinion publique ou des médias ».
Olivier, étudiant à l’ENS, souligne l’importance de cette condamnation dans une démocratie : « Les élus doivent répondre devant la loi, c’est ce qui nous distingue des régimes autoritaires. Ce type de décision rappelle la force de l’État de droit ».
« C’est une manœuvre politique », pour d’autres
L’intervention de Mme Le Pen au 20h de TF1 lundi soir, où elle a dénoncé une « décision politique » et un « jour funeste pour la démocratie », inquiète Magali Lagier, pharmacienne retraitée : « On a toutes les preuves contre elle et elle les nie. Et le fait qu’elle appelle ses électeurs à se révolter, c’est troublant : c’est du Trumpisme ».
Toutefois, certains jugent anormal qu’une candidate sérieuse à la magistrature suprême puisse être écartée par une décision judiciaire.
« Ils sont tous coupables, c’est une manœuvre politique pour la faire tomber avant l’élection », estime Maguy Grossmann, retraitée de 77 ans du 13e arrondissement, un bastion du RN. Hugo, 37 ans, va dans le même sens : « Quand il y a appel, la décision ne devrait pas s’appliquer immédiatement. Pour une élection, il faut respecter le choix des citoyens ».
Certains pensent que cette condamnation pourrait finalement servir le RN. « Cela va pousser encore plus d’électeurs à voter pour eux, car ils vont se sentir victimes d’une injustice », analyse Nicole, retraitée de 70 ans.
Nicole Prolhac, 78 ans, se dit « partagée » : « Marine Le Pen représente des millions d’électeurs qui ne pourront pas voter pour elle ». Avant de s’interroger : « Mais peut-on vraiment confier le pays à quelqu’un qui a commis des malversations ?».
Lors des élections européennes de 2024, la liste RN menée par Jordan Bardella avait recueilli 30,14 % des voix à Marseille, devant LFI (21,54 %). Lors des législatives de juin et juillet, le RN et ses alliés ciottistes avaient remporté trois des sept sièges de députés de la ville.
(Avec AFP)





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