Petits hôpitaux en diffi­culté, généra­listes moins acces­sibles, spécia­listes concentrés dans les villes : les Français ont du mal à trouver des soignants près de chez eux, un sujet de préoc­cu­pation réguliè­rement cité par les électeurs avant les Européennes de dimanche.

Un accès aux soignants qui se détériore

Partout sur le terri­toire, "les Français ont de plus en plus de mal à accéder aux soins de premier recours", à savoir ceux prodigués par les médecins généra­listes, les spécia­listes en accès direct, les pharma­ciens, infir­miers, dentistes, kinési­thé­ra­peutes, ortho­pho­nistes ou psycho­logues, souligne la Cour des Comptes dans un rapport de mai 2024.

"Les inéga­lités dans la répar­tition géogra­phique des profes­sionnels sont impor­tantes et s'aggravent globa­lement : le taux de patients sans médecin traitant peut repré­senter jusqu'au quart des patients (soit deux fois plus que la moyenne) et le taux de passages aux urgences sans gravité parti­cu­lière atteindre 40 % dans certains terri­toires, comme dans les Ardennes, par exemple", note la Cour.

Délais qui s'allongent

En 2023, une étude de l’Institut des politiques publiques (IPP) a permis de tester, via des patients fictifs, les standards télépho­niques de nombreux cabinets.

Les taux de refus étaient élevés : "un patient a moins d’une chance sur deux d'obtenir un rendez-​vous quand il contacte un médecin généra­liste ou un pédiatre, et près de deux chances sur trois pour un ophtal­mo­logue", précise cette étude.

A partir d'un échan­tillon de 3.000 prati­ciens, l'IPP observait des délais de prise de rendez-​vous préoc­cu­pants, avec une médiane de quatre jours pour un rendez-​vous chez le généra­liste, contre deux jours lors d'une précé­dente enquête en 2018, et un délai moyen de huit jours, contre six en 2018.

Un nombre de médecins globalement stable

Les effectifs de médecins formés dans les facultés françaises augmentent depuis plusieurs années (5.518 nouveaux internes en 2009, 9.312 en 2023).

Mais cet effort de formation est tout juste suffisant pour maintenir les effectifs de la population médicale, car des contin­gents crois­sants de prati­ciens partent en retraite.

Selon des prévi­sions de la Drees, l'organe statis­tique du ministère de la Santé, les effectifs de médecins --à peu près stables depuis 2012, autour de 215.000-- vont stagner jusqu'en 2030, avant "une hausse assez impor­tante" jusqu'en 2050 en raison notamment de la levée du numerus clausus.

Mais compte tenu de l'augmentation de la population et de son vieillis­sement, la Drees ne table pas sur une augmen­tation de la densité médicale standar­disée (nombre de médecins pour 100.000 habitants) avant le milieu de la décennie 2030.

A noter qu'au sein d'une population médicale globa­lement stable, les prati­ciens exclu­si­vement libéraux ont nettement reculé entre 2012 et 2022 : -11,1% pour les généralistes.

Une répartition inégale des médecins

Outre ces tensions au niveau national, les ressources sont inéga­lement réparties.

La densité de médecins la plus élevée est en région Provence-​Alpes-​Côte d’Azur et est impor­tante dans le sud de la France.

"En 2021, tous médecins confondus (médecins salariés et spécia­listes inclus), la densité variait de 274 médecins/100.000 habitants dans les Hautes-​Alpes ou 236 à Paris, à 50,1 médecins/100.000 habitants en Seine-​et-​Marne ou 54,2 dans le Cher", indique la Cour des comptes.

Et les diffé­rences se creusent : la densité de prati­ciens en Hautes-​Alpes par exemple a augmenté de 20%, alors qu'elle baissait de 8% au niveau national, en dix ans.

Les inéga­lités géogra­phiques se doublent d'inégalités tarifaires : une consul­tation de spécia­liste peut être "jusqu'à 2,5 fois plus onéreuse d'un dépar­tement à l'autre", relevait récemment l'UFC-Que Choisir.

A Paris par exemple, à peine 20% des spécia­listes sont en secteur 1 (sans dépas­se­ments d'honoraires), faisant de la capitale un désert médical pour les plus pauvres.

Paramédicaux : une répartition pas optimale

Les inéga­lités d'accès aux soins concernent aussi les autres profes­sions de santé, même si leur démographie est en général plus favorable que les médecins.

Selon la Cour des comptes, le nombre de masseurs-​kinésithérapeutes et d'infirmiers libéraux a progressé d'environ 40% sur les dix dernières années, avec un effectif cumulé de 200.000 soignants libéraux. Les effectifs de sage-​femme ont doublé.

Mais dans les terri­toires les moins bien dotés, il reste "six fois plus difficile d’accéder à un masseur-​kinésithérapeute ou à un infirmier que dans les terri­toires les mieux dotés", indique la Cour des comptes.

Tensions aux Urgences

Les Urgences jouent un rôle accru pour la population : elles compta­bi­li­saient 20 millions de passages en 2022, contre 14 millions en 2002.

Pourtant, partout en France, des services d'Urgences deviennent moins acces­sibles, dans les petits hôpitaux en parti­culier : nécessité d'appeler le 15 avant de pouvoir y accéder, voire fermeture totale la nuit ou le week-end.

Les petits établis­se­ments de proximité ont souffert des efforts de ratio­na­li­sation de l'offre hospi­ta­lière ces dernières années : le nombre d'hôpitaux publics et privés a reculé de 4,3% entre 2013 et 2020, à environ 3.000, mais le nombre d'hôpitaux locaux a reculé de 19,5%.

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