Les uns « n’ont rien à perdre », les autres promettent d’ « y aller franchement » : en vue des municipales de mars, le Rassemblement national (RN) et La France insoumise (LFI) alignent un grand nombre de députés, misant sur leur notoriété pour tenter de s’installer durablement dans les villes.
Au sein de La France insoumise, une quinzaine de parlementaires sur les 71 élus à l’Assemblée ont décidé de se lancer. Rapporté à ses effectifs, le mouvement de gauche radicale est le groupe qui dépêche la plus forte proportion de députés aux municipales de 2026. Il devance le Rassemblement national, où une vingtaine d’élus sur 123 sont pressentis pour mener les listes du parti d’extrême droite, sans compter les deux eurodéputés LFI et les six élus européens du RN également mobilisés.
« On a dit qu’on y allait franchement et y aller franchement, c’est aussi, dans certaines villes, mettre en position de conduire les listes des personnalités qui sont très largement identifiées par la population », explique à l’AFP Manuel Bompard, coordinateur de LFI.
Sophia Chikirou à Paris, Sébastien Delogu à Marseille, Anaïs Belouassa-Cherifi à Lyon, François Piquemal à Toulouse, Nathalie Oziol à Montpellier, Marie Mesmeur à Rennes : les Insoumis concentrent surtout leurs forces dans les grandes métropoles et plusieurs communes de banlieue populaire, là où Jean-Luc Mélenchon avait signé ses meilleurs scores à la présidentielle de 2022.
Après avoir quasiment déserté les municipales de 2020, LFI ne compte aujourd’hui que deux maires dans des communes de plus de 5.000 habitants. Cette faible base locale pousse le mouvement à puiser largement dans son vivier parlementaire pour exister sur le terrain, en transformant ce manque d’implantation en stratégie offensive.
« On a toujours encouragé nos députés à être candidats », insiste Paul Vannier, responsable des élections au sein de la formation mélenchoniste.
La députée du Puy-de-Dôme Marianne Maximi, candidate à Clermont-Ferrand et déjà conseillère municipale d’opposition depuis 2014, illustre cette logique : selon elle, « La notoriété du rôle de député aide à la construction d’une liste, c’est sûr. Ca change d’avoir un appui national et cette expérience parlementaire ».
La stratégie n’a toutefois pas fonctionné partout : lors d’un scrutin municipal anticipé à Villeneuve-Saint-Georges (Val-de-Marne) en début d’année, le député Louis Boyard a été battu par la droite, malgré sa forte exposition médiatique et l’étiquette nationale, notamment faute d’avoir réussi à rassembler toute la gauche derrière sa candidature.
Municipales 2026 : députés RN et LFI en première ligne pour s’ancrer dans les villes
Le RN mise sur la même recette. « Il y a un intérêt stratégique » à présenter des parlementaires, reconnaît la vice-présidente Edwige Diaz, qui les juge capables de « faire de très bons scores, parce qu’ils ont la notoriété et l’implantation », même dans des territoires difficiles à conquérir.
La responsable admet que le parti envoie certaines de ses figures dans des communes « qui ne sont pas forcément gagnables tout de suite ». À Bordeaux, par exemple, la jeune eurodéputée Julie Rechagneux visera d’abord l’objectif des 10 % au premier tour, seuil indispensable pour se maintenir et espérer décrocher des sièges au conseil municipal.
Même configuration pour les eurodéputés Matthieu Valet à Lille, Aleksandar Nikolic à Tours ou Virginie Joron à Strasbourg, dont les chances d’accéder à la mairie restent, à ce stade, très limitées.
Les candidats les mieux placés se trouvent plutôt sur les bancs de l’Assemblée nationale, notamment dans le Sud, avec Laure Lavalette à Toulon, Alexandra Masson à Menton ou encore Franck Allisio à Marseille. « Ils n’ont rien à perdre et beaucoup à gagner », résume le secrétaire général du groupe RN Renaud Labaye, qui assure que le parti n’a pas forcé la main de ses espoirs les plus prometteurs.
« C’est d’abord leur volonté d’y aller. Le mandat de maire est particulier, il faut aimer ça », souligne ce proche de Marine Le Pen, tout en reconnaissant que cette poussée municipale « ça s’inscrit dans la volonté du parti de s’ancrer localement ».
« Il n’y a pas d’obligation, on nous a laissé une grande liberté », confirme Edwige Diaz, qui envisage elle-même de se présenter dans son département, mais sans conduire de liste en son nom.
Dans les deux camps, cette offensive assumée contraste avec la prudence, voire la nervosité, d’autres groupes parlementaires. Chez les macronistes, l’heure est plutôt au repli : Violette Spillebout à Lille, Antoine Armand à Annecy, Karl Olive à Poissy ou Thomas Cazenave à Bordeaux tentent de sauver leur territoire ou leur avenir politique dans un climat de sauve-qui-peut.
« C’est un peu notre dernière chance », confiait il y a quelques mois un député Renaissance, convaincu que « ceux qui n’auront pas un ancrage local en 2027 ne survivront pas ».
- Ce qu’il faut retenir : RN et LFI engagent massivement leurs députés dans la bataille des municipales pour compenser leur faible maillage local et capitaliser sur leur notoriété nationale. La stratégie, déjà mise à l’épreuve à Villeneuve-Saint-Georges, n’offre cependant aucune garantie de victoire, notamment en l’absence d’union à gauche. Dans le même temps, les macronistes abordent le scrutin avec inquiétude, voyant dans ces élections une étape décisive pour leur survie politique en 2027.
Avec AFP






