La crise politique s’intensifie au sein même du camp présidentiel. Mardi, Emmanuel Macron, de plus en plus isolé, a chargé Sébastien Lecornu de mener d’«ultimes négociations » pour tenter de bâtir une coalition capable de stabiliser la situation.
Coup de tonnerre dans la majorité : Édouard Philippe, chef du parti Horizons et fidèle allié d’Emmanuel Macron, l’a appelé à quitter le pouvoir avant la fin de son mandat. Il lui a demandé d’organiser « une élection présidentielle anticipée » une fois le budget 2026 adopté.
Évoquant « l’affaissement de l’État » qu’il juge « plus tenu », l’ancien Premier ministre (2017-2020), aujourd’hui candidat déclaré pour 2027, a affirmé qu’«on ne va pas faire durer ce que nous vivons depuis six mois pendant 18 mois encore, c’est beaucoup trop long ».
Idem du côté du maire de Nice, Christian Estrosi : « En tant que vice-président d’Horizons, nous nous retrouvons avec Edouard Philippe sur cette conviction : seul le départ d’Emmanuel Macron et l’organisation d’une présidentielle anticipée nous permettront de sortir de la crise politique et économique sans précédent que nous traversons. Dans la Vème République, tout vient et tout passe par le Président : tirons-en les conséquences et redonnons la parole au peuple français. »
En tant que vice-président d’@HorizonsLeParti, nous nous retrouvons avec @EPhilippe_LH sur cette conviction : seul le départ d’Emmanuel Macron et l’organisation d’une présidentielle anticipée nous permettront de sortir de la crise politique et économique sans précédent que nous… https://t.co/lI82Gzp3O1
— Christian Estrosi (@cestrosi) October 7, 2025
La veille déjà, Gabriel Attal, autre ancien chef du gouvernement et proche du président, avait pris ses distances avec Emmanuel Macron, expliquant qu’il ne comprenait « plus ses décisions ».
Crise gouvernementale : tensions à droite et négociations fragiles à Matignon
Pendant ce temps, les critiques s’accumulent face à la situation inédite créée par la démission surprise du gouvernement de Sébastien Lecornu, nommé seulement quatorze heures auparavant. Le ministre de l’Intérieur démissionnaire, Bruno Retailleau, à l’origine de la crise, a toutefois nuancé sa position mardi.
Il a proposé que son parti, Les Républicains, participe à un gouvernement de « cohabitation » avec la macronie, à condition que LR « ne se dilue pas » dans la majorité présidentielle. Toutefois, il a décliné l’invitation à la réunion du « socle commun », alliance fragile entre le centre et la droite née après la dissolution de 2024.
Le Premier ministre démissionnaire a réuni ses partenaires dès 9h à Matignon, à la demande du chef de l’État, pour mener d’«ultimes négociations » d’ici mercredi et tenter de définir « une plateforme d’action et de stabilité ». Édouard Philippe, Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher ont pris part à cette rencontre.
Pour Sébastien Lecornu, Premier ministre le plus éphémère de la Ve République, la mission est périlleuse. Malgré des discussions bilatérales avec Bruno Retailleau, rien ne garantit son maintien à Matignon. En cas d’échec des tractations, Emmanuel Macron « prendra ses responsabilités », laissant planer la menace d’une nouvelle dissolution de l’Assemblée nationale.
À cette incertitude s’ajoute la pression de la gauche et du Rassemblement national, qui continuent de brandir la menace d’une motion de censure. « Il peut réussir », confiait lundi un conseiller de l’exécutif, « s’il décroche la suspension de la réforme des retraites par exemple », exigence des socialistes.
« Je me suis demandé pourquoi il ne nous avait jamais proposé de compromis, aucun accord. Mais parce qu’il était incapable de le faire avec son propre bloc central », a commenté mardi sur France Inter le chef du groupe socialiste, Boris Vallaud.
Le premier secrétaire du PS, Olivier Faure, a réclamé « un changement de cap » et la formation d’un « gouvernement de gauche » à Matignon. De son côté, Marine Tondelier, à la tête des Écologistes, a invité toutes les forces progressistes à se « réunir (mardi) à 9h dans un lieu neutre » pour réfléchir à la suite.
Cependant, le PS a annoncé son refus de participer à cette rencontre « en présence de LFI », tandis que le chef des communistes, Fabien Roussel, a également décliné. PS et PCF devraient toutefois échanger plus tard dans la matinée avec les Écologistes.
Le mouvement de Jean-Luc Mélenchon continue, lui, de réclamer la démission d’Emmanuel Macron, plaidant pour une « solution claire, nette, franche et massive », et envisage de déposer une motion de destitution, dont la recevabilité sera examinée mercredi par le Bureau de l’Assemblée.
Quant au Rassemblement national, il estime qu’il n’existe que deux issues possibles : une dissolution « absolument incontournable », selon Marine Le Pen, ou la « démission » du président de la République. L’alliance RN-Ciotti a annoncé qu’elle censurerait « systématiquement tout gouvernement » jusqu’à l’une de ces deux issues.
Avec AFP






