TÉMOIGNAGES. “Pendant le confinement, mon addiction a pris le pas sur tout le reste”

Le pays se prépare au déconfinement après deux mois d’isolement qui ont chamboulé l’équilibre de nombreuses personnes souffrant d’addictions
Addiction alcoolisme confinement
Photo : Alfonso Scarpa

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“Au début, il fallait meubler le temps, ensuite l’addiction prend le pas sur le reste”. Georges* (tous les noms ont été modifiés) est confiné seul dans son appartement à Toulon. Sa fille a changé de domicile trois semaines après le 15 mars. Une solitude qui l’a poussé à redoubler sa consommation d’alcool.

“Avant je buvais deux ou trois pastis, maintenant je suis à 5, 6, 7. Et les trois-quarts d’une bouteille de rouge à chaque repas. Je ne compte plus.”

À 62 ans, Georges n’a pas quitté son activité et travaille à mi-temps. Après des années de lutte contre son addiction, il avait réussi à diminuer sa consommation d’alcool. La solitude a balayé ses efforts.

“Au moment des repas, ça me pèse de ne pas avoir quelqu’un avec qui discuter et partager un bon moment. Alors je bois, je m’endors, je ne réfléchis pas”

Addiction alcoolisme confinement
Photo : Thomas Picauly

Il décrit un “faux-fuyant” qui lui permet “d’échapper à quelque chose”. “Ça remplace ce que la vie ne peut pas me donner”, précise-t-il. Malgré le réconfort que lui apporte l’alcool en cette période, il culpabilise et redoute de ne pas réussir à réduire le rythme après le 11 mai.  “Tous les jours je me dis : ne bois que deux Pastis, ne rachète plus de bouteille…” 

“Je pense que c’est trop tard, que j’aurai du mal à m’en défaire, mais je sais aussi que j’aurai plus de temps de me faire aider avec le déconfinement. Il me faut de l’aide”, conclue-t-il.

Soutien plus que jamais nécessaire

Comme lui, Clara* a été rattrapée par son addiction. “Boire est la seule chose qui n’est pas interdite pendant le confinement”. Presque une manière de se rebeller contre la privation des libertés imposée pour lutter contre le Covid-19. “On est privés de tous les plaisirs alors on revient à nos vieilles amies”, affirme-t-elle.

Malgré un combat contre l’alcool, une cure de désintoxication, et plusieurs années de sobriété, “l’addiction est revenue, en pire !”.

Tous décrivent un cercle vicieux : je ne vais pas bien donc je me tourne vers ce qui me fait oublier. Je culpabilise donc je ne me sens pas bien. Les crises redoublent.

Il arrive à Clara de se réveiller au milieu de la nuit et de boire pour remédier à l’insomnie. “L’alcool aide à dormir sur le moment, mais c’est pire après. Ça mène à la dépression”, déplore-t-elle.

Dépression confinement
Photo : Andrik Langfield

Cette jeune grand-mère décrit un manque affectif : “Ne pas voir ses petits-enfants, c’est une douleur presque physique”. “Le manque familial est quelque chose qui est énorme”, explique-t-elle. Mais heureusement pour Clara, cette période ne dure pas. “J’avais rendez-vous en visio avec mon psychiatre, il a provoqué un choc psychologique”.

Un regard extérieur qui l’a poussée à réagir et a se reprendre en main.

“J’ai eu peur de refaire une dépression ou de retourner à l’hôpital, depuis je ne bois plus, je suis en pleine forme”

Selon elle, lutter contre l’addiction requiert une volonté personnelle importante mais aussi le soutien d’un spécialiste.

Pendant toute la durée du confinement, entre stress, angoisse et ennui, la consommation de cannabis des Français a également augmenté. D’après les résultats préliminaires d’une enquête menée à Marseille, un tiers des sondés reconnaissent avoir augmenté dans des proportions plus ou moins grandes leur usage de cette drogue.

Troubles alimentaires

C’est le combat d’une vie pour de nombreuses personnes. Atteinte d’anorexie mentale, Clara a également dû faire face à un hyper-contrôle de son alimentation durant cette période.  “Une addiction en entraîne une autre, j’ai eu peur de grossir pendant le confinement”.

L’isolement, l’anxiété, la solitude ou le manque affectif sont en effet des facteurs de rechute pour les personnes sujettes à des troubles de l’alimentation. Considérés par certains spécialistes comme une réelle addiction, la boulimie nerveuse, l’hyperplasie boulimique ou l’anorexie mentale entraînent des crises dont la fréquence ou la longueur ont redoublé.

Photo : NRD

“J’étais seule avec moi même, je ressassais mes pensées”, explique cette étudiante. Iris*, 20 ans, a choisi de passer ce confinement auprès de ses parents, dans le Var. Très vite, elle a du mal à trouver sa place dans ce foyer qu’elle avait quitté pour étudier. “Tous mes projets se sont effondrés, je ne contrôlais plus rien”.

“J’ai besoin de combler un vide”

“L’environnement me stressait, les crises ont repris, de pire en pire”. Comme Georges et Anita, Iris contrôlait pourtant bien ce trouble alimentaire jusqu’au confinement. “Ce n’est pas une question d’ennui”, affirme-t-elle, “mes amis me manquent simplement, je suis en manque d’affection, j’ai besoin de combler un vide”.

La jeune fille décrit “des crises imprévisibles. Je pars pour manger une pomme, je finis par vider le frigo en cachette, mélanger sucré, salé, tout ce que je trouve dans les placards, puis je me fais vomir.” Elle souhaite cependant reprendre contact avec une psychologue. “C’est le seul moyen pour que je comprenne ce qu’il se passe quand je fais ça”.

Une perte de contrôle également décrite par Fadia*, 19 ans : “Une crise de boulimie ça arrive d’un coup, c’est pas juste se trouver trop grosse, c’est dans la tête”.

Cette Toulonnaise a toujours eu des problèmes de poids mais avait depuis peu trouvé un équilibre, mis à mal par le confinement. “Je m’ennuyais. Ça arrive surtout quand je suis devant les écrans, à force de passer du temps sur les réseaux sociaux et devant la télé on a tendance à vouloir manger”.

Depuis le début du Ramadan cependant, elle réussit à mieux se contrôler. “Je ne peux pas manger de la journée donc il n’y a pas de risque que ça dérape”, explique-t-elle. “Je me dis, Ok tu as échoué mais tu dois être forte mentalement s’il y a un prochain confinement”.

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