TÉMOIGNAGES. Nice : les étudiants, grands oubliés de la crise sanitaire

«En distanciel, on sauve les meubles, mais on n’offre pas une formation de qualité» 
étudiants crise sanitaire
Photo : Philippe Bout

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La crise sanitaire touche tout le monde, mais pas toujours de la même façon. Ainsi, si les enfants ont jusque-là été plutôt épargnés par les mesures sanitaires et si les adultes ont dû s’adapter à un nouveau rythme, les étudiants, eux, jonglent aussi depuis le début de la crise avec une ribambelle de mesures qui changent d’une semaine sur l’autre.

Confinement, reprise en «présentiel», mode hybride (demi-groupes à distance une semaine sur deux), cours en ligne… Beaucoup s’y perdent, et beaucoup décrochent du système scolaire. Trois étudiants nous racontent.


Maele est en première année de STAPS (Sciences et techniques des activités physiques et sportives) à l’Université Côte d’Azur. Depuis que les cours sont passés en distanciel, elle n’arrive plus à suivre : «on a moins d’échanges avec les professeurs donc moins de compréhension des deux côtés… on décroche.» 

À cela s’ajoute une organisation bancale : «on est souvent prévenu au dernier moment, personne ne sait où et comment les choses vont se dérouler».

Des difficultés financières

Difficile donc de rester motivée pour Maele, qui en plus fait face à des soucis d’ordre financier.

«J’ai toujours peur à la fin du mois de ne pas avoir assez sur le compte»

N’étant plus boursière depuis la rentrée 2020, elle est à la recherche d’un job étudiant depuis maintenant plusieurs mois. Sans succès.

«J’ai postulé à beaucoup d’endroits, mais tous ont refusé parce qu’à cause de la COVID, ils veulent garder la même équipe et n’ont pas besoin de nouvelles recrues. J’ai toujours peur à la fin du mois de ne pas avoir assez sur le compte pour payer mon loyer.»

Juliette*, étudiante en troisième année de design à Nîmes et actuellement en stage à Nice, est dans la même situation.

L’an dernier, à cause de la COVID et de la fermeture des universités, elle n’a passé que quelques mois dans son appartement à Nîmes, ville dans laquelle elle fait ses études.

Cette année, ne sachant pas si les cours reprendront ou non à l’université, elle est forcée de le garder et de continuer à payer même si elle n’y vit pas. «J’étais censée y retourner en février, mais on n’est même pas sûrs de reprendre. J’hésite à remettre mon appartement, mais si les cours reprennent à l’université en mars ou en avril, comment vais-je faire ?».

«Ce qui me choque, c’est que l’on ne parle pas des problèmes financiers des étudiants»

Très difficile de s’organiser avec des infos qui circulent mal et avec du retard : «L’année dernière, si j’avais su qu’on finirait l’année scolaire à distance, j’aurais rendu mon appartement bien avant et je n’aurais pas gaspillé mon argent. Les étudiants, nous sommes complètement dans le flou. Ce qui me choque, c’est que l’on ne parle pas de nos problèmes d’argent».

Expérience professionnelle limitée

Il est parfois compliqué de trouver un stage en temps normal, mais la difficulté est décuplée en temps de COVID, notamment dans des secteurs comme celui du design, «complètement bouché» à cause de la crise.

Juliette a eu la chance de trouver son stage dans ce milieu, mais ce n’est pas le cas de tous : «La moitié de ma promo n’a pas pu en trouver en janvier». L’Université a donc prévu une deuxième session en mai pour que tous puissent en trouver un.

Clément, quant à lui, a pu trouver le sien… et même deux, cette année. Pour cet étudiant en troisième année de STAPS dans le parcours entraînement sportif, ces stages ne sont pas seulement obligatoires mais cruciaux, lui qui doit être capable de préparer physiquement des athlètes à la fin de sa licence.

L’étudiant est spécialisé dans le judo cette année.Mais COVID oblige, il n’a pas pu énormément s’exercer…

«Comment peut-on envisager un projet avec tous ces changements?»

Clément doit apprendre à entrainer des gens dans le cadre d’un judo «sans-contact», ce qui rend difficile la pratique technique et donc l’empêche d’appliquer ce qu’il apprend en cours. D’autant plus que les sports de combat sont soumis à de nombreuses restrictions qui évoluent très souvent. «Comment peut-on envisager un projet avec tous ces changements ?» 

Lire > Judo et distanciation sociale : Le challenge d’un sport de combat… sans contact !

Clément est entraîneur stagiaire dans un club de judo du Val de Cagnes. Depuis la rentrée, il n’a pu entraîner qu’en septembre et octobre. Depuis, le club reste fermé. Une expérience en demi-teinte donc, puisqu’il ne peut plus rien apprendre tant que les interdictions ne sont pas levées.

Dans le cadre de son deuxième stage, l’étudiant prépare une équipe de basket de haut niveau. «L’équipe nécessite une préparation en amont mais étant donné qu’il n’y aucune visibilité, c’est quasi impossible. On n’a aucune idée d’où on va!»

Le constat de Clément est amer : «On pense tous qu’il est regrettable qu’au cours d’un stage de fin de licence on ne puisse qu’assez peu participer au projet, car c’est ce qui doit nous professionnaliser.»

Formation de moins bonne qualité

Clément est également très déçu de l’instauration de cours en visio-conférence, qui, de son point de vue, apportent énormément de difficultés.

«On sauve les meubles, mais on n’offre pas une formation de qualité»

Pour lui, «on sauve les meubles mais on n’offre pas une formation de qualité». Les cours par visio compliquent les échanges, le contenu perd alors en qualité. «Rien ne remplace du face-à-face.»

«Un enjeu majeur est remis en cause : celui de mettre en pratique ce que l’on apprend. La qualité du diplôme pourrait fortement baisser, sans parler de l’insertion professionnelle ensuite.» 

«Un recruteur sera forcément plus réticent à embaucher quelqu’un qui n’a pas pu pratiquer correctement durant ses études»

Toutefois, Clément tient à souligner «de gros efforts de la part de l’université et des enseignants». 

Cette crainte de la dévalorisation du diplôme et cette diminution de la qualité de l’enseignement inquiète beaucoup. Le syndicat étudiant marqué à droite, l’UNI 06 (Union nationale inter-universitaire), milite d’ailleurs activement pour un retour rapide sur les bancs de la faculté.

Pour son président, Andrea Orabona «aujourd’hui en France, le niveau des études s’abaisse, et ceci a empiré avec l’arrivée de la COVID.» Pour lui, il est primordial que les étudiants aillent en cours et surtout passent leurs examens en présentiel**  pour «maintenir et garantir la qualité du diplôme» car «les conditions de travail derrière son écran ne sont pas les bonnes. Une mauvaise connexion wifi ou un environnement de travail inapproprié peuvent sérieusement endommager un parcours scolaire.» 

«Un retour en présentiel est donc essentiel».


*Certains noms ont été modifiés

**Les examens universitaires de mai-juin 2020 étaient à distance, et ceux du premier semestre, qui continuent de se dérouler actuellement sont majoritairement en ligne, bien que des dérogations aient été acceptées dans plusieurs facultés pour que certaines évaluations aient lieu sur place.

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