La Cour des comptes tire la sonnette d’alarme : la gratuité des transports en commun dans les grandes agglos viderait les caisses, sans réduire la circulation automobile. Une promesse écologique séduisante… mais largement démentie par les chiffres.
La vérité est moins reluisante qu’annoncé. Selon un rapport dévoilé lundi, l’illusion d’un « tout gratuit » pour séduire les automobilistes se heurte au mur des finances publiques. À Nice comme ailleurs, difficile d’ignorer que chaque ticket non-payé se traduit par des millions envolés. Et l’effet sur la pollution ? Marginal ?
Rapport accablant de la Cour des comptes
Les magistrats de la rue Cambon ne mâchent pas leurs mots : dans les grandes agglomérations, la gratuité est une impasse. Les pertes de recettes sont colossales, d’autant qu’il faut renforcer les réseaux déjà saturés. Double peine pour les finances locales. Loin du rêve vert, la réalité vire au casse-tête budgétaire.
Dans les petites villes, où des bus circulent parfois à moitié vides, la formule peut se justifier : quelques sièges remplis de plus, un coût limité. Mais dès qu’il s’agit d’un réseau dense, la facture explose. Et les automobilistes, eux, continuent largement de prendre le volant.
Que fait-on à Nice ?

La campagne électorale qui s’ouvre voit plusieurs personnalités de gauche plaider pour la gratuité progressive du réseau Lignes d’Azur. Son président, Gaël Nofri, y est totalement opposé. Celui qui est aussi adjoint aux transports auprès du maire de droite Christian Estrosi avait répondu dans Nice-Presse à cette question, le 30 août dernier.
« La gratuité, ça n’existe pas. Ce que l’usager ne paie pas, c’est le contribuable qui le paie. Il nous faut investir pour améliorer la qualité du service, augmenter les fréquences et les offres, la propreté et la sécurité. Les tarifs actuels sont déjà très attractifs et l’usager ne règle en moyenne qu’1/4 du prix réel du transport. Pour le reste, c’est l’impôt des ménages et des entreprises. Faire peser toujours plus sur les mêmes ne me paraît pas une bonne idée. »
« Je rappelle que l’abonnement mensuel est à 30 €, soit 1 € par jour, réduit à 15 € pour les moins de 26 ans, les seniors imposables et les salariés. La gratuité pour les seniors les plus modestes (plus de 65 ans non-imposables) et, depuis le 1er juillet pour les moins de 11 ans, représente, en revanche, un effort de solidarité bienvenu. »
Couac à Montpellier
À Montpellier, le maire socialiste Michaël Delafosse persiste et signe. Pour lui, la gratuité serait une mesure de pouvoir d’achat et un levier écologique. Il affirme constater une hausse de fréquentation de 27 % et une amélioration de la qualité de l’air. Pourtant, le rapport de la Cour nuance sévèrement ce tableau idyllique.
Car les nouveaux usagers viennent moins de la voiture… que du vélo ou de la marche. Autrement dit, on encourage davantage la dépendance à l’argent public que la baisse du trafic routier. Un paradoxe qui illustre l’écart entre le discours politique et la réalité observée sur le terrain.
Conséquences financières explosives ?
Les magistrats rappellent que cette politique grève les budgets municipaux et menace directement les investissements nécessaires pour moderniser les flottes et verdir les bus. Chaque euro dépensé pour offrir des trajets gratuits est un euro de moins pour améliorer la qualité du service. Une équation intenable.
Au lieu de tout rendre gratuit, la Cour des comptes plaide pour une politique ciblée : réduire les tarifs selon les ressources, mieux lutter contre la fraude, et obliger les collectivités à publier des bilans concrets. Bref, remettre un peu de rationalité là où le symbole a trop souvent pris le dessus.
Mathias Bellegarde, avec le concours de l’AFP



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