Au lendemain de l’assassinat d’Alain Orsoni, figure historique du nationalisme corse reconverti dans les affaires, tué d’une balle lors des funérailles de sa mère dans son village de Véro, la Corse est sous le choc. Élus, responsables politiques et anciens compagnons de lutte dénoncent un crime qualifié d’« innommable », tandis que les enquêteurs spécialisés de l’anti-criminalité organisée se sont immédiatement saisis de ce dossier hors norme.
La scène, d’une violence symbolique extrême, a profondément marqué les esprits. En plein enterrement, au cœur d’un cimetière de village, un homme de 71 ans s’effondre, mortellement touché. Un assassinat qui dépasse le simple règlement de comptes et ravive les blessures anciennes de la société corse.
Onde de choc
Dès mardi, les réactions se sont multipliées. Le président autonomiste du conseil exécutif de Corse, Gilles Simeoni, a présenté ses condoléances aux proches d’une « figure marquante de l’histoire contemporaine du nationalisme corse, dans sa part de lumière comme dans sa part d’ombre ». Dans un communiqué, il estime que ce meurtre « participe d’une pression mafieuse qui pèse lourdement sur la société corse ».
La veille, le Parti de la nation corse avait dénoncé un crime « innommable », ajoutant que « le respect des morts, ainsi bafoué, emporte dans sa chute terrible notre tradition et les valeurs de notre civilisation ». Mais ce consensus apparent se fissure lorsqu’il s’agit de l’héritage politique d’Alain Orsoni.
Pour une partie des anciens cadres du Front de libération nationale corse, dont il fut l’un des fondateurs, l’homme s’était depuis longtemps éloigné de l’engagement idéologique. « Ça fait déjà très longtemps qu’il n’était plus un nationaliste mais plutôt un membre de la voyoucratie », analyse le politologue Thierry Dominici, spécialiste des mouvements nationalistes. Selon lui, Alain Orsoni « n’a d’ailleurs pas d’impact, ni idéologique, ni intellectuel, sur les militants » indépendantistes actuels.
Assassinat méthodique
Les faits se sont déroulés lundi vers 16h30 dans le cimetière en terrasses de Véro, village familial d’Alain Orsoni situé à une trentaine de kilomètres d’Ajaccio. Selon le procureur et une source proche de l’enquête, le septuagénaire a été atteint « en plein cœur » par une unique balle tirée à longue distance, avec une arme « certainement équipée d’une lunette ».
« Il vient pour enterrer sa mère de 91 ans et on jette le corps du fils sur le cercueil de sa mère, c’est innommable, c’est ignoble », s’est indigné Jo Peraldi, ancien chef du FLNC et proche de la victime. Mardi, les enquêteurs tentaient de localiser précisément l’endroit d’où le tireur avait fait feu. Des scellés ont été posés près d’un pin, à une centaine de mètres de l’escalier où Alain Orsoni s’est effondré.
L’autopsie doit être pratiquée mercredi après-midi. Le tout nouveau Parquet national anti-criminalité organisée s’est rapidement saisi de l’enquête, en co-saisine avec la Juridiction interrégionale spécialisée de Marseille, « au regard notamment de la qualité de la victime et de son appartenance au milieu corse ».
Une trajectoire marquée par les drames et les rivalités
Alain Orsoni revenait tout juste du Nicaragua, où il vivait et travaillait dans le secteur des jeux. « Il n’avait pas l’air inquiet du tout », a souligné Jo Peraldi, précisant qu’il s’était promené à Ajaccio sans protection particulière le matin même.
La famille Orsoni est frappée par les violences depuis plus de quarante ans. En 1983, Guy Orsoni, frère d’Alain, était assassiné. Un an plus tard, naissait le fils d’Alain, prénommé Guy en souvenir. Aujourd’hui détenu, il est considéré comme une figure du banditisme insulaire.
Ancien fondateur du FLNC, Alain Orsoni avait créé le Mouvement pour l’autodétermination, surnommé par ses détracteurs le « Mouvement pour les affaires ». Condamné dans plusieurs dossiers, il avait quitté la Corse en 1996, en pleine guerre fratricide nationaliste. Son assassinat rappelle les heures les plus sombres de l’île, les rivalités persistantes entre clans, notamment avec la bande criminelle du Petit Bar, déjà impliquée dans un projet d’assassinat visant Orsoni en 2008.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP







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