Le Festival de Cannes, sommé par une commission parlementaire de « renverser les mentalités », est rattrapé par le mouvement #MeToo. Nouvelles règles, mesures concrètes, affaires en cours : le monde du cinéma est poussé à regarder ses zones d’ombre en face.
Trois jours après son ouverture, le Festival de Cannes est rattrapé par le mouvement #MeToo, entre décisions inédites, paroles libérées et nouvelles annonces pour lutter contre les violences sexuelles dans le 7e art.
Un acteur écarté du tapis rouge pour accusations de violences sexuelles
Le Festival a pris une décision sans précédent : Théo Navarro-Mussy, accusé de violences sexuelles par trois anciennes compagnes, a été empêché de monter les marches jeudi. Il devait accompagner le film Dossier 137 de Dominik Moll, où il tient un rôle secondaire.
Le délégué général Thierry Frémaux a justifié cette exclusion dans Télérama : « La procédure reste en cours. Quand la justice passe définitivement, cela devient différent. »
Dominik Moll, le réalisateur, a précisé à l’AFP : « Par respect pour la parole des victimes, sans oublier la présomption d’innocence, on a décidé d’un commun accord qu’il ne vienne pas à Cannes. »
Frémaux a également déclaré que les productions doivent désormais garantir que les conditions de sécurité, d’intégrité et de dignité ont été respectées tout au long de la fabrication des films.
Par ailleurs, le Festival dit attendre des précisions concernant une autre personnalité visée par un signalement.
Le CNC annonce de nouvelles mesures à Cannes
À Cannes, le Centre national du cinéma (CNC) a annoncé jeudi un renforcement des mesures contre les violences sexistes et sexuelles, inspiré d’un rapport parlementaire signé par Sandrine Rousseau et Erwan Balanant.
Le CNC veut former davantage de professionnels de l’audiovisuel — y compris les responsables de festivals — à la prévention des violences. Il envisage également de transformer son « bonus parité » en « malus » pour les productions qui ne respecteraient pas une certaine équité femmes-hommes.
Deux chantiers supplémentaires sont ouverts : les agences d’artistes et les castings, identifiés comme lieux particulièrement à risque.
« Le cinéma regarde aujourd’hui ses zones d’ombre en face », a déclaré Gaëtan Bruel, président du CNC. Il a salué l’effet d’électrochoc du mouvement #MeToo dans l’industrie.
Le collectif 50/50, pionnier sur ces questions, a réagi à l’AFP : « Nous accueillons ces annonces avec beaucoup d’espoir. Elles sont le fruit d’un engagement collectif. »
Une nouvelle accusation sur la Croisette
Ironie du sort, c’est pendant une réunion publique à Cannes qu’une jeune femme a publiquement accusé de violences sexuelles le vice-président d’une section parallèle indépendante du festival, l’Acid.
La réaction a été immédiate : la direction de l’Acid a annoncé la mise en retrait de la personne visée et l’ouverture d’une enquête interne confiée à un organisme extérieur.
Le député Erwan Balanant, présent lors de la déclaration, a salué « le courage de la jeune femme », immédiatement prise en charge par les associations spécialisées sur place.



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