Des documents d’un second syndicat semblent confirmer les alertes émises par un premier, relayées dans nos colonnes la semaine passée. Face à une importante souffrance professionnelle vécue dans les rangs, ces pompiers - des héros du quotidien - réclament une enquête interne dans les casernes.
Les pompiers des Alpes-Maritimes réclament des comptes à leur hiérarchie. Le 30 janvier, Nice-Presse vous dévoilait des notes internes au Service d’incendie et de secours piloté par le Conseil départemental. Les représentants des personnels, ici ceux d’Avenir Secours, évoquaient un SDIS dévoyé, géré « comme une entreprise familiale ou une amicale de pétanque ».
Alliés politiques des grands élus maralpins, proches ou membres de leur famille y seraient ainsi recrutés, sans toujours justifier de compétences évidentes. Un « système de favoritisme » ou un « clientélisme médiocre qui ne se cache plus », donc, à en croire les syndicalistes. La situation apparaissait si dégradée qu’était dénoncée « une mafia niçoise », dont « les métastases touchent les territoires et les groupements ».
Plus important encore, la note soulignait « la souffrance des agents du SDIS », avec des « risques psycho-sociaux » qui auraient progressé - les atteintes à la santé physique et mentale, liées à du stress ou de la violence ressentie sur le lieu de travail - notamment à cause de « comportements harceleurs dont sont victimes certains de nos collègues ».
« La principale cause de la souffrance au travail est liée à la gestion des carrières », avec des recrues qui « bénéficient d’épopées fulgurantes » et d’autres dont les « carrières (sont) bloquées sans motif légitime ».
Bien des pompiers, encartés ou non, ont contacté Nice-Presse ces derniers jours. Certains en nous transmettant d’autres documents, plusieurs étant rédigés par une autre instance représentative, le Syndicat autonome des sapeurs pompiers et des personnels administratifs (SPP-PATS). Des comptes-rendus et des courriers qui sont loin d’infirmer les alertes émises par Avenir Secours.
Souffrances professionnelles et « pratiques malsaines »
Là encore, les représentants des personnels observeraient « un contournement permanent des règles » ; une « toute puissance hiérarchique menant à des différences insupportables de traitement entre les agents ». Gare, est-il indiqué dans un courrier adressé au Directeur départemental du SDIS en octobre de l’année dernière : « La démotivation et le dégoût planent… dans les rangs, dans la salle opérationnelle, dans les services, au sein de vos cadres ».
« Le SDIS est en mal de justice et de droiture »
« En tout point géographique de notre département, les spéculations d’influence gangrènent notre profession. Certains orientent le regard sur les Niçois, pendant que d’autres profitent tranquillement de cet alibi pour justifier de le démocratiser ailleurs. Toutes ces pratiques malsaines se développent ».
Selon eux, « les règles, vos règles, n’existent que sur le papier », dans l’angoisse du lancement d’un audit par la Direction générale de la sécurité civile et de la gestion des crises (DGSCGC).
C’est la principale information de ce texte : ces pompiers réclament « l’organisation d’audits aléatoires partout dans le département des Alpes-Maritimes ».
« Gestion défaillante des effectifs »
Une autre note date du 23 janvier, et résume des éléments transmis le 10, est-il inscrit, à la Direction du SDIS mais aussi directement au président du Conseil départemental, Charles Ange Ginésy.
« De l’absentéisme chronique » causé par « des défauts managériaux »
L’inquiétude est particulièrement lisible : « Malgré nos alertes argumentées, nos preuves écrites, nos débats engagés, nous ne sommes pas entendus et certains postes à responsabilité se trouvent à présent dans les mains (d’individus) bafouant les droits et la protection des agents. Pour autant, personne ne les remet dans le droit chemin ».
Au-delà du mal-être professionnel, sont épinglés « des efforts conséquents et risqués » en faveur de nouveaux dispositifs, qui ont entraîné « de l’absentéisme chronique », également causé par « des défauts managériaux ». Ainsi, « nos centres de secours sont en sous-effectifs ». Plus loin : « ces nominations arbitraires et la gestion défaillante des effectifs mettent en péril le fonctionnement de nos services ».
L’étonnante réponse du Département
Questionné le 31 janvier dernier, le président Charles Ange Ginésy nous a fait indiquer « qu’aucun commentaire ne vous sera apporté », puisque certains syndicalistes s’opposent à un traitement médiatique de cette situation. Nice-Presse lui avait ainsi demandé si les faits rapportés ont pu être vérifiés par ses services, auquel cas si des mesures ont été prises, et s’il compte diligenter l’audit qu’une part des professionnels demande.
Par ailleurs, le 27 janvier, la présidence du CD06 assurait n’avoir « jamais eu connaissance de ces déclarations avant leur transmission via Nice-Presse. Le Directeur Départemental du SDIS a été sollicité sur les sujets évoqués ». Pourtant, l’un des syndicats rapporte avoir fait remonter ces signalements par courrier à Charles Ange Ginésy. « Difficile de savoir ce qui est réellement transmis au président, souffle un pompier. Mais il serait étonnant qu’il découvre l’ampleur du problème aujourd’hui, alors que tout cela n’est pas nouveau…»
FALLAIT-IL PUBLIER DES NOTES INTERNES ?
La réaction du Conseil départemental, qu’elle soit une astuce de communication ou non, ouvre un débat : Nice-Presse devait-il publier des notes internes ? Des professionnels et/ou leurs proches nous les ont transmises en nous incitant à les aider et à enquêter, tandis que d’autres nous ont vivement demandé de ne rien en faire. Notre décision ne s’est basée que sur une seule question : « Les faits dénoncés sont-ils d’intérêt public ?». D’évidence oui, pour ce qui est de la santé des pompiers et de l’organisation des secours dans un département peuplé d’un million d’habitants.





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