Coulisses, tacles, indiscrétions… Chaque jeudi, RIFIFI, la lettre politique de Nice-Presse. Vous avez une info ? Dites-le nous.
« Ouf, notre union a échoué »

La gauche niçoise fera-t-elle tapisserie en 2026, tout comme en 2020 ? À trois mois du top départ de la campagne électorale, les jeux semblent (presque) faits.
Les principales forces locales présenteront sans doute deux listes distinctes pour l’élection municipale. Déjà, en ce début d’été, les discussions, timides, entre le « bloc traditionnel » (socialistes, communistes, écologistes) et le « bloc citoyen » (insoumis, associations diverses, non-encartés) n’ont débouché sur rien de concret.
Pour une raison simple, d’un côté comme de l’autre, personne ne veut réellement d’un accord, tel que chacun l’explique à RIFIFI en « off ». Le premier bloc n’a pas l’intention d’être associé au « boulet » de La France Insoumise et de son image polémique. Le second trouve les partis institutionnels vieillots, atones et moyennement représentatifs de la population. Sans compter les consignes du national, qui appellent LFI à mener des listes indépendantes à peu près partout. Pour espérer gagner quelques villes dans le meilleur des cas, pour ne surtout rien devoir aux socialistes, dans le pire.
Le maire sortant Christian Estrosi (Horizons, ex-majorité présidentielle) pourra s’en féliciter : la perspective d’une gauche plurielle forte - en mesure de la mettre en difficulté dans le cadre d’une triangulaire avec son rival Eric Ciotti (UDR, allié du RN) - s’évapore petit à petit.
Des marqueurs de gauche dans la trousse du maire

La promesse n’est pas nouvelle - elle date de l’été dernier - mais elle se concrétisera cette semaine. Les journalistes locaux sont invités à venir photographier, vendredi, la remise des premiers trousseaux municipaux à plusieurs parents d’élèves. Christian Estrosi, s’y était engagé, la commune va prendre en charge l’achat des fournitures scolaires pour ce qui est du niveau élémentaire.
Après avoir multiplié les annonces pour la droite - « aucune hausse des impôts avant 2026″, embauche de 50 nouveaux policiers municipaux, nouveau plan de lutte contre la délinquance… - le maire-candidat soigne désormais sa gauche, à écouter les communistes niçois.
« C’est une opération électorale déguisée : Christian Estrosi distribue des fournitures scolaires à six mois des élections » s’agace le secrétaire général du PCF 06 Julien Picot. « Il découvre soudainement l’existence des difficultés sociales auxquelles sont confrontées de nombreuses familles (et lance ce dispositif), financé intégralement par l’argent public, sans concertation préalable, sans transparence sur les coûts, et sans qu’aucune nécessité pédagogique nouvelle ne soit invoquée ».
« Que les choses soient claires : toute aide aux familles est bienvenue. Mais ce changement brutal de politique, inédit depuis toutes les années de mandat de M. Estrosi, n’a rien de fortuit. Il s’agit d’une manœuvre grossière ». Quoi qu’il en soit, le geste, dans l’une des grandes villes de France les plus touchées par la précarité, sera salutaire.
Le RN (plus ou moins) à la fête

Les communistes inspirent le Rassemblement national. Le 5 juillet prochain, Blausasc accueillera la première « Fête des Patriotes » maralpins. Cette localité du Pays des Paillons s’apprête à recevoir environ 500 militants du RN, et sans doute davantage, puisqu’un carton d’invitation est aussi parti du côté de l’UDR, le parti-satellite d’Eric Ciotti.
« L’idée est que l’évènement devienne un vrai rendez-vous, chaque année à la même période. Avec ambiance, spectacle… Une fête traditionnelle, comme les ‘cocos’ l’ont fait sur la colline du château à Nice » nous souffle-t-on. Certes, les chiffres des adhésions dans le 06 auraient de quoi donner la banane. Mais alors que Le Figaro - pourtant pas insensible aux sirènes de Jordan Bardella - titrait cette semaine sur une « lente descente aux enfers du RN » (déception aux législatives, condamnation de Marine Le Pen,…), la musique adoucira sans doute les moeurs.
« Entrisme islamiste » : les réponses de la mairie

Philippe Vardon n’aura pas son débat, mais peut-être quelques réponses. L’opposant ex-RN réclamait il y a peu un échange public avec la municipalité Estrosi, qu’il accuse d’agir trop mollement contre l’entrisme islamiste, dans le sillage de la publication du rapport gouvernemental sur les Frères musulmans.
Pour lui - sans cibler les fidèles eux-mêmes - les représentants locaux, conviés par la Ville à divers évènements publics, sont loin d’être tous irréprochables. Pire, l’élu proche de Marion Maréchal estime évidents leurs liens avec des mouvances « fréristes » et rappelle que des personnalités ensuite interdites de territoire par l’Etat ont pourtant été invitées « avec un tapis rouge » dans certaines mosquées niçoises.
Ce qui ne fait pas de doute, c’est qu’un malaise s’est un temps installé entre la collectivité et une part des imams, puisque certains de ces derniers n’ont pas souhaité condamner publiquement les attaques terroristes du Hamas en Israël. L’an passé, une salle municipale a même été refusée pour dénoncer la trop grande proximité de Christian Estrosi avec l’État juif.
De là à adopter une vigilance particulière avec quelques uns des représentants musulmans ? « Moi, d’abord, je ne suis pas juge, procureur, ni préfet des Alpes-Maritimes. Je n’ai pas les services de renseignement à ma disposition » s’agace dans nos colonnes Anthony Borré (Horizons).
« Au plan international, nous avons une vision des choses que je défends : je ne peux pas supporter qu’il y ait des otages, des victimes des deux côtés. C’est pour moi insupportable et je reste un partisan de la paix. Pour autant, je considère qu’il ne faut jamais importer un conflit international dans la gestion de la cité ».
Et le premier adjoint de garantir :«Je souhaite que chaque Niçois soit respecté dans l’exercice de son culte. A chaque fois que nous avons eu connaissance d’une dérive d’un imam, nous l’avons immédiatement écarté. Nous sommes intransigeants. Nous avons des interlocuteurs qui respectent les valeurs républicaines, et qui sont ceux désignés par le préfet. À date, il ne nous a mis en garde contre aucun des représentants du culte ».
Un local appartenant au bailleur social pourrait être vendu pour y établir une mosquée, malgré les remontrances de l’opposition ex-RN. Explications d’Anthony Borré : « un lieu de culte y était déjà installé. Le statut de propriétaire conférera encore davantage de responsabilités à ceux qui en ont la gestion. Mais nous acterons la vente quand la transparence sur le financement de l’opération sera faite, ce qui n’est pas encore le cas. La provenance des fonds, le respect des valeurs républicaines et une gouvernance claire seront nos trois conditions, entérinées par l’État ».
Et pour ce qui est du Plan de lutte contre les atteintes à la laïcité, déployé par la commune depuis deux ans ?
« Les clubs sportifs et associations ont signé la charte que nous avons pu présenter, sans difficulté aucune. Nous ne notons pas de signalement d’atteinte à la laïcité depuis fin 2023. Tout en restant attentifs. La Ville de Nice rédige 30 alertes chaque année pour des présomptions de radicalisation ».
Garde à la GAIDA ?

Anthony Borré, suite et fin. Dans nos colonnes cette semaine, le « monsieur sécurité » de la mairie annonçait dans Nice-Presse (sans rien nous détailler) « l’intensification du recours à des vigiles privés » dans Nice, à la fois en termes de moyens accrus que de quartiers concernés. Les socialistes n’en savent donc pas grand chose, mais ils sont tout de même assez peu emballés.
« Ce n’est pas la bonne réponse, même si elle s’inscrit dans la continuité de la politique actuellement menée par la Ville » estime l’ex-élu Patrick Allemand. « Nous avons, malgré la stagnation des effectifs des nationaux (une large baisse en réalité, NDLR), beaucoup d’effectifs dans la police municipale, des militaires qui patrouillent dans les rues du centre-ville et les vigiles de la GAIDA répartis aux Moulins et à Nice-Est. Quelques agents de sécurité privés supplémentaires ne changeront rien à l’affaire. C’est à une politique de prévention massive qu’il faut passer ». Un tacle nuancé, quand on se rappelle que du côté du collectif de gauche Viva, on songe à démanteler la GAIDA, le dispositif chargé de la surveillance des HLM. Ironie de la mairie : « Pour faciliter, de fait, le travail des dealers ? On ne peut pas le croire…»



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