Nice, Cannes, Antibes, Marseille, mais aussi Paris, Annecy ou encore Avignon sont aujourd’hui pointées du doigt par une étude publiée par le site web « Ville de rêve ». Alors que la contestation des habitants des grandes agglos ne cesse de monter, cette analyse apporte un éclairage chiffré sur la pression réelle exercée par le tourisme de masse. À travers un indicateur baptisé Touriscore, elle dresse un constat sans détour : certaines destinations seraient aujourd’hui « saturées ».
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Conçu sur le modèle du Nutriscore ou du diagnostic de performance énergétique (DPE), le « Touriscore » attribue à chacune une note allant de A à E. A correspond à une ville préservée du surtourisme, E à une commune dont les habitants subissent une pression très élevée. Pour établir ce classement, le site « Ville de rêve » s’est appuyé sur plusieurs indicateurs croisés.
Nuisances supposées, marché immo…
Le taux de meublés touristiques recensés dans les centres entre 2021 et 2025 constitue le premier critère. Vient ensuite le rapport entre les nouveaux logements mis en ligne sur Airbnb et le nombre de transactions immobilières sur la même période, permettant d’évaluer la part de logements retirés du marché locatif traditionnel.
Le taux de multi-loueurs, ces propriétaires possédant au moins trois annonces, reflète quant à lui la professionnalisation du phénomène. Enfin, la densité de bars et restaurants par kilomètre carré est utilisée pour estimer l’impact en termes de nuisances quotidiennes pour les habitants. De façon très supposée, se dit-on, puisque la présence d’une enseigne ne peut être forcément le synonyme de tapages.
Les Alpes-Maritimes mal notées
Parmi les communes de plus de 50 000 habitants, huit écopent d’un « Touriscore E », le niveau d’alerte maximal : Cannes, Nice, Annecy, Antibes, Paris, Avignon, Aix-en-Provence et Marseille.
À Nice, par exemple et ce n’est pas un scoop, le centre fait face à une prolifération rapide des meublés touristiques. Ce phénomène réduit considérablement l’offre de logements accessibles aux habitants permanents, accentue la hausse des loyers et favorise la gentrification de quartiers emblématiques comme le Vieux-Nice ou le Port Lympia. Le premier adjoint au maire chargé de la proximité, Anthony Borré, annonçait cette semaine dans Nice-Presse que la collectivité muscle ses moyens contre les dérives de ce marché.
Les cités de taille moyenne ne sont pas épargnées. Arles, Nîmes, La Rochelle, Bayonne et Chambéry affichent un « Touriscore D », signalant une situation déjà préoccupante. Dans les petites, le constat est identique. Arras, La Ciotat, Épernay, Montbéliard, Berck et Fontainebleau figurent parmi les villes les plus exposées, tandis que Lourdes, Dinan, Les Sables-d’Olonne, Carcassonne, Agde, Concarneau et Sète reçoivent également une note « D ».
Davantage de capacité d’accueil pour les touristes que pour les locaux ?
L’originalité de l’étude réside dans son évaluation de la capacité réelle d’accueil touristique. « Ville de rêve » a analysé son évolution entre 2015 et 2025, en tenant compte de l’ensemble des infrastructures : hôtels, campings, résidences secondaires, mais surtout meublés touristiques. Il en ressort une explosion de l’offre, principalement due au développement intensif de locations saisonnières. Cette croissance ne répond pas à une stratégie planifiée, mais à des logiques de marché favorisant les rendements élevés, souvent au détriment des résidents.
Dans certains coins, la capacité d’accueil dépasse désormais la population locale. Cette surpopulation temporaire crée des tensions sur l’espace public, les infrastructures urbaines, les transports et l’environnement sonore. La transformation rapide de quartiers résidentiels en zones quasi hôtelières accentue les conflits d’usage et détériorait la qualité de vie.
Le poids des investisseurs professionnels n’est pas négligeable. Attirés par la rentabilité des meublés touristiques, ils contribuent à faire sortir du parc locatif de nombreux logements autrefois destinés à des familles ou des jeunes actifs. Le tissu social s’en trouve déséquilibré, et la mixité urbaine recule.
Un palmarès pour inciter à plus de restrictions
« Ville de rêve » espère que le Touriscore deviendra un outil de référence pour les élus et les collectivités locales. L’objectif est double : sensibiliser le grand public et appuyer la mise en œuvre de politiques publiques plus ambitieuses. Car malgré quelques mesures prises ici et là, comme la limitation à 120 jours par an de location touristique, la tendance reste préoccupante.
Le volume d’annonces Airbnb continue d’augmenter (+1000 ces derniers mois à Nice, selon la plateforme), et les zones les plus prisées par les touristes voient le marché immobilier déséquilibré. Le « Touriscore » pourrait ainsi justifier de nouvelles mesures, comme un encadrement renforcé des loyers, des interdictions de location touristique dans certaines zones tendues, une taxation spécifique pour les multi-loueurs, ou encore une obligation générale de compensation lors de la conversion d’un logement en meublé touristique.



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