Au volant, derrière leurs ordinateurs et jusque dans l’atelier. Pour Nice-Presse, Jennifer, Florence et Myriam racontent leur quotidien au coeur des transports publics niçois de Lignes d’Azur. Une régie où la majorité des salariés sont des hommes. Elles sont de plus en plus nombreuses et y jouent un rôle clé : pour autant, le sexisme n’est pas une page tournée, loin s’en faut. Et RLA a pris les choses en main.
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A 12 h 50, comme prévu, Jennifer parvient au terminus. Dernière manœuvre, elle coupe le moteur. Les passagers disent au revoir, lui souhaitent la bonne journée, d’autres quittent le bus sans dire un mot. Une impolitesse plus tolérable que les insultes.
« On m’a traité gratuitement de ‘connasse’, de ‘grosse pute’… Ils doivent se dire que je vais me taire plus facilement qu’un homme » souffle-t-elle.
Ces comportements peuvent autant venir des usagers que des « collègues masculins. Quelques-uns m’ont fait des avances. Plus tard, malgré mes refus, ils ont fait circuler la rumeur selon laquelle j’aurais couché avec tout le monde, pour me déstabiliser raconte Jennifer, excédée. Dès qu’une femme discute trop au travail et s’ouvre aux autres, ça se retourne contre elle. Maintenant, je fais juste mon travail, et je rentre ».
Et cela peut se poursuivre à l’abri des regards. Myriam l’a vu, au dépôt où elle confectionne les sièges des bus. « J’ai vu des affiches de femmes dénudées sur les caisses à outils. J’en ai parlé à mon chef, tout a été enlevé. C’était il y a seulement deux ans !» s’offusque-t-elle.

Au sein de la régie, les nouvelles générations n’ont pas forcément adopté les bons comportements non plus. Au poste de responsable d’un groupe depuis quatre ans, Florence a redoublé d’efforts pour les former.
« Il y avait un jeune qui ne parlait qu’à mes confrères. Ça a pris du temps pour qu’il me prenne au sérieux. Comme si je devais faire mes preuves !»
« Quand on ne vous laisse pas de place, prenez-la »
Avant d’être sellière, Myriam était responsable. « Quand j’intervenais dans mes missions les plus évidentes, on m’a déjà dit ‘reste à ta place’, comme si ce n’était pas mon travail. Pourtant, on ne disait rien à mes collègues masculins ».

Florence a commencé comme conductrice. Aujourd’hui, avec son expérience, elle tend la main aux nouvelles arrivées. « Elles demandent peut-être plus facilement des aménagements d’horaires quand elles sont mères célibataires, ou font remonter des comportements masculins dérangeants ».
On relève la tête : « je n’ai jamais remis ma place en cause. Je suis fière d’être là. Les hommes ne vous la laissent pas, alors il faut la prendre…»

« La confiance n’est pas encore acquise »
Bien qu’il y ait de plus en plus de femmes dans la profession, « la confiance n’est pas encore acquise » pense Florence. Pour cause, avant d’être considérées comme de futures employées, certaines sont ramenées à leur statut de mère. « On m’a déjà demandé comment j’allais gérer ma vie de famille, avec mes jumeaux » raconte la responsable. L’aurait-on fait avec un papa ?

Toutefois, du chemin a bel et bien été fait, et les progrès sont concrets. Depuis un an et demi, la direction générale est occupée par une femme, Julie Réti. Une première.
La régie Lignes d’Azur (RLA) consciente des difficultés
Le climat décrit par ces témoignages ne serait pas une généralité, mais les dérives doivent être combattues : c’est le message prôné par la direction de RLA. Pour ce qui est du comportement des usagers, depuis quelques années, les femmes employées ne sont plus obligées de conduire à partir de 22 heures, sauf si elles le souhaitent.
En interne, sollicitée par nos soins, la régie publique explique avoir mis en place des « réunions d’information » depuis deux ans pour sensibiliser contre le « harcèlement sexuel et les agissements sexistes ». D’abord réservées aux managers, elles ont été élargies aux conducteurs-receveurs. « A ce jour, 750 salariés ont participé » se félicite la direction.



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