Caisses presque vides, audits, bourbier du Musée Cocteau, relance du Port de Garavan et des plages privées, tourisme d’affaires à développer : dans Menton-Presse, Jean-Christophe Storaï, le premier adjoint au maire de Menton, détaille les premiers dossiers brûlants de la toute nouvelle majorité.
Vous avez longtemps décrit la situation financière de la commune comme préoccupante. Pourtant, une hausse des indemnités des élus a été décidée. Comment l’expliquez-vous aux Mentonnais ?
C’est faire injure aux élus de la République que de ne pas reconnaître leur investissement au service de l’intérêt général. Les adjoints perçoivent environ 1 000 euros net et les conseillers municipaux subdélégués autour de 500 euros. Ces élus sont aussi des professionnels, qui travaillent. Le temps qu’ils consacrent à la mairie, ils le prennent souvent sur leur vie personnelle.
Menton est une ville de 30 000 habitants, mais elle est classée dans une strate bien supérieure en raison de la Fête du Citron et de son activité touristique. Les responsabilités ne sont pas celles d’une petite commune.
Vers un grand inventaire pour remettre Menton sur les rails

La Ville prévoit plusieurs vastes audits financiers, juridiques et administratifs. Pourquoi ?
Ces audits sont essentiels. Si vous voulez construire, vous devez d’abord connaître l’état des lieux, les forces et les faiblesses. Naturellement, il en sera fait état lors des conseils municipaux une fois les études rendues (en décembre, NDLR). C’est un droit d’inventaire, comme aurait dit François Mitterrand. Nous devons savoir précisément ce qui a été fait avant, puis remettre l’église au centre du village. Sans ça, difficile d’avancer sur nos projets.
Avez-vous déjà identifié des incohérences ?
Cela fera l’objet de communications lorsque les audits les auront prises en compte. La problématique est là : comment financer l’avenir ? La section de fonctionnement est de l’ordre de 76 millions d’euros, avec environ 36 millions de frais de personnel. C’est très lourd. La capacité d’autofinancement, le véritable indicateur clé, est inférieure à 500 000 euros. La situation est contrainte.
Fiscalité : pourquoi la mairie s’engage à ne pas augmenter vos impôts locaux

Pouvez-vous garantir qu’il n’y aura pas de hausse des impôts locaux pendant cette mandature ?
Oui, il n’y aura pas d’augmentation de la fiscalité. C’est sain, en démocratie, d’avoir des élus qui ne veulent pas constamment étrangler les contribuables. Ils ne doivent pas être pris en otage de la mauvaise gestion. La mauvaise gestion, c’est transférer les dépenses et les problèmes sur les générations futures. C’est inexcusable. Nous assumerons le passé et le passif, parce que nous y sommes contraints, mais notre vision n’est pas d’alourdir la pression.
Où en est le dossier de la dalle des Sablettes ?
Il relève de la Communauté d’agglomération et une expertise est en cours. Elle dira quels problèmes sont identifiés et quelles mesures devront être prises. Évidemment, cela pourra impacter le budget de la CARF, et Menton étant la ville-centre, c’est un sujet important pour nous.
Tourisme : cap sur les croisières de luxe et le tourisme d’affaires pour animer l’hiver

Quelles sont vos pistes pour renforcer l’attractivité de Menton, notamment hors saison ?
Nous allons d’abord mettre le paquet sur le Musée Cocteau. Nous avons rendez-vous avec Rudy Ricciotti, l’architecte du musée. Nous avons déjà établi plusieurs contacts très fructueux pour qu’il nous aide. Il en est très heureux, parce qu’il était étonné de voir la décrépitude de son œuvre. C’est un architecte, mais aussi un artiste. Il va donc nous aider.
Sous quelle forme ?
Dans un premier temps, il faut sortir administrativement de l’ornière. Il faut voir comment avancer à marche forcée, parce qu’urbanistiquement, c’est compliqué. Il y a le PSMV (Plan de sauvegarde et de mise en valeur) qu’il faudra réviser. La volonté d’Alexandra Masson est de rouvrir ce volet au plus vite et de mettre tous les acteurs autour de la table : l’État, les collectivités territoriales, les architectes.
Le tourisme d’affaires peut-il devenir un axe fort ?
Je suis persuadé que oui. Nous en avons souvent discuté avec madame le Maire et elle partage cette analyse. Le Palais de l’Europe pourrait en être le réceptacle. Il faut aussi regarder comment relancer une croisière de niche, avec des bateaux un peu luxueux comme Le Ponant ou d’autres, pour capter une clientèle à forte valeur ajoutée. L’idée est d’emmener à Menton des visiteurs qui découvrent les charmes de la Riviera et qui dépensent davantage que le panier moyen classique.
Le chantier de l’hôtel cinq étoiles, à l’arrêt depuis plusieurs années, est-il prioritaire ?
C’est même un chantier « ultra-prioritaire ». Madame le Maire a déjà pris attache avec le promoteur. Soit une solution amiable est trouvée pour une reprise rapide des travaux, avec un planning serré, soit d’autres solutions plus coercitives risquent d’être envisagées.
Port de Garavan : « ce quartier a souffert de désinvolture, nous allons le transformer »

Le port de Garavan est aussi dans un état inquiétant. Comment le relancer ?
Il faut avant tout un dialogue entre la mairie et la population. C’est l’un des sites les plus qualitatifs de Menton, à la frontière italienne, face à la mer. Et pourtant, on y trouve aujourd’hui un stade utilisé pour des caravanes et du stationnement, un supermarché des années 1980, des parkings de surface, des résidences parfois squattées, des dépôts sauvages et aucune cohérence commerciale. Sur ce site, le traitement réservé jusqu’ici relève au minimum de l’incompétence, au pire de la désinvolture.
Sur le développement maritime, où en sommes-nous avec les plages privées ?
Les appels d’offres seront rouverts et attribués. Madame le Maire souhaite aussi qu’il y ait une plage privée accessible aux familles et aux Mentonnais, avec peut-être des matelas à prix préférentiel, sans forcément une grosse activité de restauration. Tout le monde a le droit d’avoir accès à un certain niveau de confort. Sur la baie Ouest, nous souhaitons aussi, dans un second temps, développer des lots de plage.
Identité locale : échapper au piège de la cité-dortoir
Sur le développement économique, comment souhaitez-vous renforcer les liens avec l’Italie et Monaco ?
On ne peut plus envisager Menton sans parler d’un territoire franco-italo-monégasque. C’est notre bassin de vie. Je déplore que nos prédécesseurs n’aient pas davantage joué la carte de la coopération transfrontalière. Regardez ce qui a été fait au Pays basque avec Bayonne, Biarritz et Saint-Sébastien, ou dans le Nord avec Lille Métropole…
À terme, ce bassin de vie doit aussi apporter des réponses sur les infrastructures, les déchets, l’eau, les maternités. Il n’est pas normal qu’à Menton ou à Vintimille, « on ne puisse pas naître ».
Certains répondent que le concurrence de la Principauté est injouable…
Je ne supporte pas ce défaitisme. À force de se résigner, que deviendrons-nous ? Un village de vacances pour nos amis étrangers et une cité-dortoir pour nos amis monégasques ? Cela ne se passera pas sous la mandature d’Alexandra Masson. Nous voulons une ville à taille humaine, avec une forte identité méditerranéenne, des familles, des commerces.



Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.