Municipales 2026 - À Garavan, les chiffres donnent le vertige. Entre 17 et 20 millions d’euros de travaux seraient nécessaires pour remettre le port aux normes. À l’approche des élections, les candidats promettent une sortie de crise, avec des visions très différentes.
Comme souvent à Menton, un même adjectif. « Potentiel ». Sur le papier, le port de Garavan est l’un des leviers économiques les plus importants de la ville. Mais sur le terrain, la réalité est bien différente. Les pages d’expertise s’empilent et racontent une même histoire, celle d’un site arrivé à bout de souffle.
Les derniers audits du cabinet spécialisé ACRI-IN, que Menton-Presse a pû décortiquer, pointent des désordres lourds, avec plusieurs secteurs classés en niveau 1. Le degré le plus grave, mentionnant des ouvrages « gravement endommagés », dont la défaillance « compromettrait les fonctions portuaires. »
Parmi les principaux points d’alerte, le quai nord figure en première ligne. Ce dernier basculerait vers la mer, avec des conséquences directes sur la circulation et le stationnement. L’étude de 2022 va jusqu’à préconiser une interdiction de circuler et de stationner en bord de quai…
Sur le quai sud et sur la digue du large, les plongeurs d’ACRI-IN ont pu constater « de grosses cavités sous l’ouvrage », « une structure décrite comme poreuse » et « des vagues qui s’insinuent entre les blocs lors des tempêtes. »
Le quai d’honneur, à l’ouest, apparaît lui aussi dans la liste noire. « Béton armé gravement endommagé », « corrosion des armatures par les chlorures marins » et « risque d’affaissement » ont été relevés.

L’ensablement, une urgence
Le port Garavan manquerait également de profondeur. À l’entrée, l’eau ne dépasserait plus deux à trois mètres par endroits. Avec de fâcheuses conséquences. « La passe est balisée et les capitaines doivent manœuvrer avec précaution. » Même constat le long du quai nord, où les fonds sont devenus trop faibles, avec certaines grosses unités qui risquent de toucher le fond.
Les experts estiment qu’il faudrait retirer environ 2.200 mètres cubes de sable et de vase côté quai nord et 4.400 m³ dans la passe. Pour garantir au port à une profondeur correcte (autour de quatre mètres), ce sont près de 18.300 m³ qu’il faudrait extraire. Rien que pour la passe, la facture est évaluée à 1,4 million d’euros, afin de permettre à nouveau l’entrée de bateaux de plus de vingt mètres.
Selon les audits, aucun chantier majeur n’aurait été réalisé depuis près de soixante ans, alors que l’entretien normal du port aurait nécessité d’y consacrer environ 5 % des recettes chaque année !
Dans cette campagne, un mot revient souvent : « droits d’usage ». Le principe est connu dans certains ports. Le plaisancier ne paie plus une redevance année après année, il avance plusieurs années d’un coup (dix ans par exemple). « Cela permet de dégager immédiatement des liquidités, destinées à financer des travaux » confirme une source proche du dossier.

Comment payer l’addition ?
Florent Champion (« Menton en action ») dit l’avoir inscrit « noir sur blanc » dans son programme. Il avance un ordre de grandeur. Si 25 à 30 % des anneaux basculent dans ce dispositif, les fonds pourraient permettre de porter les travaux via la structure gestionnaire, « sans incidence sur le contribuable mentonnais. »
Sandra Paire (« Un Nouvel Elan pour Menton »), elle, parle de la même mécanique, mais avec un dosage plus prudent. « Je maintiens une SPL, en mettant en place des garanties d’usage, mais pas sur la totalité. Seulement une part des anneaux. »
Elle cite, comme exemple, le port Hercule de Monaco. Et martèle : « Une gestion rigoureuse » des deniers des plaisanciers et des commerces portuaires. La candidate pointe également du doigt des « bateaux sans maître », « des impayés » ou encore « des dettes de certains commerçants qui seraient astronomiques. »
Le retrait du Département interroge
Louis Sarkozy (LR-UDI-Horizons-Renaissance), de son côté, pose un constat un peu plus brutal. « Le port est dans un état catastrophique. » Et déroule une estimation plus élevée que le chiffrage ACRI-IN global.
« On estime entre 25 et 35 millions d’euros pour la rénovation. La digue elle-même, 15 millions. Elle s’effondre. Le dragage n’a pas été fait depuis des années. L’installation électrique saute tout le temps. Ce n’est qu’une question de temps avant qu’une voiture finisse dans l’eau. »
Sur le financement, il rejoint le principe de « droits d’usage » et, si nécessaire, le recours à un prêt. « Dans ce cas précis, ce n’est pas de la mauvaise dette. Vous investissez dans un bijou rentable. »
De son côté, Alexandra Masson (Rassemblement national) prend la position la plus tranchée. Pour elle, le retrait du Département des Alpes-Maritimes en juillet 2025 (actionnaire à 20 %) marque « un tournant grave » et ouvre « une période d’instabilité. »
La député décrit une SPL « à la dérive », minée par une gouvernance accusée d’être défaillante, des tensions en interne. Bref, un « naufrage total. » Sa solution, « replacer en régie municipale directe ce patrimoine des Mentonnais…»
Qui sont les candidats à la mairie de Menton ?
- Alexandra Masson (Rassemblement national) ;
- Louis Sarkozy (Les Républicains, Horizons, Renaissance) ;
- Sandra Paire (DVD) ;
- Florent Champion (DVD) ;
- Laurent Lanquar-Castiel (Union de la gauche)
- Emilie Ria (Reconquête).










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