Municipales 2026 - À Garavan, l’hôtel 5 étoiles inachevé est devenu l’un des symboles les plus visibles des errances urbaines mentonnaises. Quinze ans après le dépôt du permis, le bâtiment reste vide, sans exploitant. À quelques semaines des municipales, chaque candidat avance sa solution dans Menton-Presse pour sortir ce mastodonte de l’impasse.
Face à la Méditerranée, coincé entre l’avenue Porte de France et le port, l’édifice impressionne par sa masse. Sept niveaux côté ville, quatre côté mer. Un « chantier fantôme » qui regarde passer les voitures et les trains, tandis que le quartier attend toujours son renouveau.
À l’origine, le projet devait incarner la montée en gamme de Menton. Un complexe hôtelier multifonctions avec spa, salles de congrès, restaurants et commerces. Le permis a été accordé en juillet 2011. Après un recours associatif rejeté en 2013, le groupement Progereal-Finareal remporte l’appel à projets en 2016. Bouygues démarre le gros œuvre en 2018. Puis tout s’enraye.
Un arrêt du chantier suite au Covid en 2020, le retrait de Bouygues Sud-Est et un montage financier fragilisé. En 2021, le promoteur injecte environ cinq millions d’euros sur fonds propres pour éviter l’abandon pur et simple. La municipalité impose une reprise avant novembre. Elle intervient finalement à l’automne 2021, après l’élection d’Yves Juhel. Mais depuis, le chantier n’avance plus.
« On a construit sans exploitant »

Vice-président de Menton Terra Mia, Jean-Marie Tomasi observe le dossier depuis des années. Et pointe le principal problème. « On a construit sans exploitant. Trois grands groupes internationaux se sont penchés sur le dossier. Tous sont repartis. Ils ont jugé que ce n’était pas rentable. » Pour lui, la comparaison est cruelle avec d’autres opérations hôtelières de la Côte d’Azur.
« Quand on lance un hôtel à Nice ou ailleurs, l’exploitant est connu avant même le premier coup de pelle. Il impose ses normes, ses volumes, ses chambres. Ici, ça ne s’est pas fait comme ça. Résultat, personne n’en veut. »
Selon ses estimations, environ 25 millions d’euros ont déjà été engloutis dans le gros œuvre. Il en faudrait encore une vingtaine pour achever le bâtiment.
Mais pour quel usage ? « Un hôtel de cent suites à Menton, ce n’est pas viable. Pour le rentabiliser, il faudrait vendre des chambres à 600 ou 800 euros. La clientèle locale ne l’absorbera pas. »
Faut-il renoncer au 5-étoiles ?
À droite comme au centre, plusieurs solutions sont envisagées. Louis Sarkozy (LR-UDI-Horizons-Renaissance) assume vouloir aller au bout du chantier.

« On ne peut pas prendre le problème à l’envers. Il faut tout faire en même temps (le candidat souhaite réaliser un grand pôle de vie sur l’espace Rondelli, ndlr). Un prestataire ne viendra pas s’il voit en face un terre-plein avec un stade et un parking. La mairie ne peut pas régler le dossier toute seule, mais elle peut accompagner, faciliter, mettre la pression quand il faut, et surtout rendre la zone attractive. Ce 5 étoiles est là, on n’a pas le choix. Dire « on va faire autre chose », c’est vendre du rêve. Il faut sortir de ce purgatoire. »

Alexandra Masson (Rassemblement national) se montre plus prudente et rappelle les engagements contractuels du promoteur.
« Je suis favorable à un hôtel de qualité, mais je ne donnerai jamais un chèque en blanc. Le promoteur bénéficie d’un bail emphytéotique de 70 ans pour 300.000 euros annuels. Ce loyer n’a jamais été réglé, et une indemnité journalière de 800 euros court depuis le 1er janvier 2025. Je défendrai fermement les intérêts de la Ville. Le 5-étoiles doit rester un projet contrôlé, bénéfique pour Menton. »
Elle inscrit le dossier dans une vision plus large de « tourisme quatre saisons », articulé autour du bien-être, de la culture et d’un front de mer requalifié.
Logements étudiants et seniors

Florent Champion, lui, assume une rupture nette.« Cela fait quinze ans que le permis a été déposé. Si le projet avait été viable pour Accor, Marriott ou Intercontinental, l’hôtel serait ouvert depuis longtemps. Cent suites à Menton, ce n’est pas réaliste. »
Son programme prévoit une sortie de crise par un changement de destination. Résidence seniors, logements étudiants saisonniers (récupérables l’été pour les travailleurs saisonniers) et équipements en rez-de-chaussée. Et même un cinéma.
L’objectif affiché est d’éviter les 40 % de logements sociaux imposés par la loi, tout en répondant à deux manques criants de la commune : l’accueil des aînés autonomes et le logement des jeunes. « Le bâtiment est déjà cloisonné comme des suites. Il se rapproche davantage d’un usage résidentiel que d’un hôtel. »
Sandra Paire, de son côté, n’exclut aucune piste.
La poursuite du complexe hôtelier si un exploitant sérieux émerge, en premier lieu, ou une reconversion partielle en logements et espaces de loisirs, en plan B. « Aujourd’hui, c’est une verrue. Il faut soit aller au bout de l’hôtel, soit changer la destination du bien. Mais dans tous les cas, remettre de l’activité. »
Université de l’IA et pôle étudiant
Jean-Marie Tomasi avance même une autre hypothèse. Transformer le site en pôle universitaire de haut niveau, orienté vers l’intelligence artificielle, en lien avec Sciences Po et les établissements voisins.
« Deux chambres réunies font des espaces parfaits pour de l’enseignement supérieur. Cela ferait de Menton un pôle d’excellence, une ‘petite Californie’. Il y a des financements dans ce domaine. »
Une idée encore informelle, pas reprise par les candidats, mais qui illustre l’ampleur du débat. Car au-delà du bâtiment lui-même, c’est tout le secteur Est de la ville qui est en jeu. Un morceau stratégique du littoral, pour l’heure en attente d’un projet lisible.
Le candidat de la gauche unie n’a pas répondu à Menton-Presse.
Qui sont les candidats à la mairie de Menton ?
Alexandra Masson (Rassemblement national) ; Louis Sarkozy (Les Républicains, Horizons, Renaissance) ; Sandra Paire (DVD) ; Florent Champion (DVD) ; Laurent Lanquar-Castiel (Union de la gauche) et Emilie Ria (Reconquête).










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