L’avenir du parc d’attractions Rocher Mistral, aménagé dans le château millénaire de La Barben, se joue ce mercredi devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence. Poursuivi pour des travaux sans autorisation et des atteintes à l’environnement, son propriétaire Vianney d’Alançon affronte une municipalité déterminée à faire respecter le code de l’urbanisme. Malgré les lourdes condamnations et les polémiques, le site vient de rouvrir ses portes pour une cinquième saison.
Perché sur son éperon rocheux, le château de La Barben attend fébrilement la décision de la cour d’appel d’Aix-en-Provence prévue ce mercredi. L’enjeu est colossal pour ce site des Bouches-du-Rhône, transformé en machine à remonter le temps. Vianney d’Alançon, entrepreneur de 40 ans enrichi par la marque de bijouterie religieuse Laudate, a jeté son dévolu sur le monument pour y narrer l’épopée des moines de Saint-Victor, la révolte paysanne des Cascaveous au XVIIe siècle ou les exploits du corsaire Claude Forbin.

Bras de fer autour de l’urbanisme et de l’environnement
La métamorphose de l’édifice s’est faite au forceps, déclenchant les foudres du village situé à 50 kilomètres de Marseille. Les engins de chantier ont opéré dans l’enceinte classée, modifiant ce patrimoine au profit d’effets spéciaux et de jeux d’eau.
L’élu local Franck Santos, constitué partie civile, dénonce ces méthodes. « Tout a été fait sans autorisation et aujourd’hui la justice les rattrape », tranche l’édile sans étiquette, ayant systématiquement refusé les permis de construire.
La préfecture appuie ces accusations, confirmant des « travaux infractionnels dégradant le monument et ses abords » constatés par la direction régionale des affaires culturelles dès 2021. La faune locale paie aussi un lourd tribut : le Conseil national de la protection de la nature a émis un avis défavorable face aux menaces pesant sur des espèces protégées, dont les chauves-souris.
Condamnations
En première instance, la justice a frappé fort. La société exploitante a écopé en 2024 d’une amende de 80.000 euros, assortie d’une obligation de démolir plusieurs ouvrages et de restaurer les lieux.
Le directeur des opérations, Paulin Reynard, balaie les inquiétudes en assurant que « 99,5 % » du contentieux est réglé. Réfutant vouloir créer un « Puy-du-Fou provençal », il défend avec ferveur son institution : « Le Rocher Mistral est un parc culturel qui célèbre la Provence ».
Pourtant, le profil du promoteur alimente la méfiance de certains détracteurs et de l’association France Nature Environnement. Actuel patron de l’École supérieure de journalisme de Paris, rachetée par des milliardaires conservateurs comme Vincent Bolloré, Vianney d’Alançon est accusé d’imposer une lecture partiale de l’histoire régionale.
Le maire esquive ce terrain glissant : « Les historiens disent que la culture et les histoires qui sont racontées dans le château ne correspondent pas forcément à ce qui devrait être fait par rapport à l’histoire et la culture provençales. Libre à eux ».
Les visiteurs séduits… en dépit des dégradations
Le climat s’est fortement tendu l’année dernière avec des actes de vandalisme visant la forteresse. L’inscription « Ni facho, ni catho, ni château » a été découverte sur les pierres, une action attribuée à l’ultragauche par le propriétaire qui affirme vouloir « protéger et défendre le patrimoine matériel et immatériel ».
Loin des prétoires, le public continue de débourser une vingtaine d’euros pour arpenter les allées. Jean-Marc Vincenti, un grand-père venu d’Aix, préfère largement cette animation à l’ancien état de délabrement du domaine.
Conscient des libertés prises avec la réalité, ce retraité reste pragmatique. « Je ne me souviens pas que beaucoup de personnes se précipitaient pour visiter le château lorsqu’il était un amas de vieilles pierres dans lequel il pleuvait », témoigne-t-il, estimant que « l’essentiel est de faire vivre le château ». De son côté, l’édile espère que l’appel poussera chacun à se remettre autour de la table pour bâtir un projet bénéfique à l’économie locale.
Ce qui est important
- La cour d’appel d’Aix-en-Provence rend mercredi une décision cruciale concernant les infractions d’urbanisme du parc Rocher Mistral au château de La Barben.
- Le conflit oppose le propriétaire, lourdement condamné en première instance pour avoir détérioré un monument historique, à un maire exigeant le respect strict de la loi.
- Le site maintient son attractivité touristique pour sa cinquième saison, malgré des actes de vandalisme récents et de fortes tensions sur l’orientation de son récit historique.
Nice-Presse avec dépêche





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