TÉMOIGNAGES - Jeudi, la cité des Moulins a vu défiler le ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, et le maire de Nice, Eric Ciotti. Une descente qui succède à d’énièmes violences liées au narcotrafic. Onze personnes y ont perdu la vie en un an. Et il y a ceux qui sont toujours là : au micro de Nice-Presse, ces riverains se sont confiés, entre l’effroi, désespoir et l’appel à l’aide.
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Sofiane, commerçant : « je les ai vus se faire tuer »
Présent le jour de la dernière fusillade commise sur la place des Amaryllis, ce commerçant a vu sa vie défiler quand un homme a ouvert le feu, armé d’une kalachnikov. « J’étais juste à côté d’une des victimes. L’impact de la balle a tapé le store à quelques centimètres de moi. Je les ai vus (les deux pères de familles, ndlr) se faire tuer. Sur cette place où je travaille tous les jours…» raconte-t-il, la gorge nouée.
« Je n’ai pas les mots pour décrire toute cette violence. Avant, il n’y avait pas tout ça. Ca a vachement changé. Maintenant, il faut être plus sévères ». Il y a dix jours, la Ville a installé un nouveau poste de la police municipale ici. Pour ce riverain, c’est « une bonne chose quand même. J’ai vu un changement, il y a moins de dealers qui passent. Mais je me demande s’ils vont revenir. Pour l’instant, ça se voit beaucoup moins, la sécurité est juste en face…».

Sabrina, riveraine : « à cause du deal, je ne suis plus une maman »
« Je pense que le maire actuel est bien plus à l’écoute que l’ancien (Christian Estrosi, NDLR). Peut-être qu’il nous aidera. Mais la visite du ministre, pour moi, c’est un coup de pub…» Derrière ses lunettes de soleil, la jeune femme retient ses larmes depuis longtemps. « Ma fille ne veut plus mettre les pieds chez moi. Pourquoi ? Elle a vu quelqu’un se faire tirer dessus quand elle avait quatre ans. Résultat, elle vit chez sa grand-mère, en dehors du quartier ».
« Ca a tellement empiré au fil des années... (la Préfecture et le Parquet font état de résultats encourageants et espèrent avoir raison des points de deal en 2026, NDLR). Là, je porte une robe parce que je sais qu’aujourd’hui, c’est sûr (avec la visite ministérielle, NDLR). Mais sinon, j’ai peur d’être violée si je m’habille comme je veux ».
« J’accueille un réfugié ukrainien : il dit qu’ici, c’est comme à Kiev depuis la guerre ! La première phrase qu’il appris en français, c’est « ça passe », parce que les dealers le disent tout le temps dès qu’ils repèrent une voiture de police. Lui croyait que ça voulait dire bonjour !»
« J’aimerais vraiment qu’il y ait du changement. Il faut nous sortir de cette merde. Qu’est-ce qu’ils attendent pour nous sauver ? J’aurais bien aimé échanger avec le ministre, mais il ne s’est pas adressé aux habitants. En tout cas, pas à nous ». « J’ouvre tellement ma bouche qu’un jour, je vais me prendre une balle, moi ».

Une riveraine : « on est venus aux Moulins, on repartira dans un cercueil »
« Avec mes parents, on est arrivés ici en 1974. On n’avait pas vraiment le choix, c’était moins cher. On est venus aux Moulins, on repartira dans un cercueil ».
« On a toujours connu du deal, mais, avant, c’était discret. Dès qu’un dealer voyait des familles, il se cachait. Maintenant, il nous tire dessus. Mon petit-fils, il est hors de question qu’il joue dans le jardin. Ce square ne sert plus que pour le trafic ».
« Ca me désole. La visite du ministre, pour moi ça ne va rien changer, jamais de la vie ». Dans un dernier élan, elle interpelle Françoise Souliman, la première adjointe d’Éric Ciotti en charge de la sécurité. « S’il vous plaît, j’ai vécu ici presque toute ma vie. On a besoin que les choses s’améliorent. On compte sur vous, madame !»





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