L’État accélère le déploiement d’une ligne à très haute tension de 65 kilomètres entre le Gard et les Bouches-du-Rhône, avec la plantation prévue de 180 immenses pylônes en pleine réserve naturelle de Camargue. Face à cette annonce gouvernementale actée mi-mai, une quinzaine d’associations environnementales s’insurgent contre un projet aérien menaçant directement les oiseaux migrateurs et réclament d’urgence des alternatives souterraines.
Des géants d’acier s’élevant jusqu’à 90 mètres de hauteur plantés au beau milieu des étangs et des roselières. L’image pourrait devenir une réalité bien concrète sur le tracé prévu entre Jonquières dans le Gard et Fos-sur-Mer dans les Bouches-du-Rhône.
L’État a formellement lancé le 13 mai dernier l’instruction de la déclaration d’utilité publique pour cette imposante infrastructure à 400.000 volts. Une ligne dont le parcours traverse directement une partie du parc naturel de la région.
Un habitat naturel sous la menace des câbles
Une quinzaine d’acteurs de la protection de la nature, dont le WWF France, France Nature Environnement et la Ligue pour la protection des oiseaux, s’opposent fermement à la version aérienne de cette installation.
Dans une lettre adressée au chef de l’État et à plusieurs de ses ministres, les signataires préviennent que la Camargue ne doit pas être « sacrifiée sur l’autel de la souveraineté énergétique ». Les espaces naturels protégés, insistent-ils, « ne peuvent être des variables d’ajustement des politiques de souveraineté énergétique ».
La crainte majeure des associations repose sur la fragmentation des milieux locaux. Cette ligne aérienne ferait peser un risque important sur les multiples espèces d’oiseaux migrateurs qui vivent dans l’une des plus vastes zones humides d’Europe.
Le territoire subit déjà une forte pression avec des pipelines d’hydrogène, une autoroute et des éoliennes offshore en préparation. Les militants s’inquiètent des « impacts cumulés » sur une zone pourtant couverte par de nombreux labels, dont celui de réserve de biosphère de l’UNESCO.
L’impératif de l’industrie régionale
De son côté, le gouvernement maintient le cap avec fermeté. Mardi, Emmanuel Macron a affirmé que cet équipement est « nécessaire ».
Le président a martelé qu’il fallait « tout mettre en œuvre pour que cette ligne soit en service d’ici 2029 pour faire face aux augmentations de consommation et permettre l’électrification des industries présentes et à venir ».
Le contexte actuel, marqué par les crises au Moyen-Orient et la flambée des prix de l’énergie, sert d’argumentaire principal aux promoteurs. La ligne THT doit sécuriser l’alimentation électrique de la région.
Elle est présentée comme indispensable pour décarboner la zone industrialo-portuaire de Fos-Berre, l’une des plus polluantes et émettrices de gaz à effet de serre du pays, et relancer sa machine industrielle.
Un horizon économique incertain
L’enjeu financier donne le vertige. L’État et les industriels tablent sur des investissements colossaux, estimés entre 16,9 et 19,9 milliards d’euros d’ici à 2030. Un effort porté à 72% par des acteurs privés.
Les autorités espéraient jusqu’à récemment la création de 10.000 emplois directs grâce à ce renouveau. Une perspective assombrie par la chute récente de la société française Carbon.
L’entreprise prévoyait d’implanter une giga-usine de panneaux photovoltaïques censée générer plus de 3.000 emplois directs, mais elle vient d’être placée en liquidation judiciaire.
Face à ces mutations économiques, les défenseurs de l’environnement, soutenus par des scientifiques et des élus locaux, ne s’opposent pas à l’acheminement de l’électricité. Ils exigent de l’État qu’il étudie « une solution alternative qui ne soit pas aérienne », militant pour un enfouissement terrestre ou sous-marin des câbles.
Ce qui est important
- Le projet gouvernemental prévoit l’installation de 180 pylônes massifs traversant les espaces protégés de la Camargue.
- L’exécutif défend une infrastructure vitale pour sécuriser l’énergie de la région et relancer l’industrie de la zone de Fos-Berre.
- Les défenseurs de l’environnement dénoncent une grave menace pour la biodiversité et réclament un tracé souterrain ou sous-marin.
Nice-Presse avec agence





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