Restaurateur de métier, David Marchisio entend renouer le dialogue entre la mairie et les acteurs économiques. Dans Menton-Presse, le nouvel adjoint au commerce et à l’occupation du domaine public fixe son cap pour que la ville retrouve rapidement « une identité forte » et « une vraie dynamique populaire. »
Menton-Presse : Vous multipliez les rencontres avec les pros depuis le début de la mandature. Quels sont les principaux problèmes qui remontent du terrain ?
David Marchisio : L’avantage que j’ai, c’est que je suis commerçant moi-même. Donc je comprends les deux parties. Chacun tire la couverture de son côté, ce qui est normal. Mon rôle, c’est de trouver un juste milieu pour permettre à chacun de travailler. On est dans une commune très saisonnière. Certains quartiers vivent à l’année, mais beaucoup dépendent encore massivement des périodes touristiques. Ce que j’appelle les « bulles d’air », ce sont justement ces moments où on peut respirer économiquement. L’idée, c’est d’en créer davantage, tout au long de l’année.
Comment ?
Il faut créer d’autres temps forts. La Fête du Citron fait partie de ces « bulles d’air ». Il faut réussir à reproduire ça. Il y a des quartiers en souffrance. Pourquoi ne pas imaginer des journées thématiques, des événements autour des communautés présentes à Menton, comme une « journée portugaise » par exemple ? Il y a énormément de pistes, mais il faut d’abord réussir à fédérer les acteurs.
Vous réfléchissez aussi à une nouvelle organisation des commerçants ?
Oui, parce que les problématiques du Careï ne sont pas celles du Borrigo, ni celles des plages ou de la rue piétonne. Une seule association pour toute la ville, ça montre vite ses limites. On réfléchit à une structure plus organisée, avec peut-être une grande fédération et des branches par zones, capables de faire remonter les besoins. L’objectif, ce serait aussi de créer des rendez-vous réguliers avec la mairie pour avancer plus vite.

Vous insistez beaucoup sur la revitalisation de la Vieille-Ville…
Quand vous arrivez depuis l’autoroute, vous voyez peut-être la plus belle carte postale de France. Mais quand on monte dans les ruelles, il n’y a presque aucune enseigne. Les touristes montent jusqu’au campanile, prennent une photo… puis redescendent immédiatement. Il faut recréer de la vie là-haut !
Quel est votre projet ?
Je suis en train de recenser tous les locaux vacants de la rue Longue et du secteur de la basilique. Le projet, ce n’est pas de faire des bars de nuit. On veut quelque chose de qualitatif et familial : des petits cafés, des citronnades, des tapas, des galeries, des boutiques de souvenirs, de l’artisanat. Je suis allé voir ce qui fonctionne ailleurs, notamment à Saint-Paul-de-Vence. Là-bas, parfois, il suffit d’une petite table contre un mur avec deux chaises pour créer une ambiance ! C’est cet esprit-là qu’on veut retrouver.
Vous avez aussi insisté sur l’occupation du domaine public et l’accessibilité devant certains établissements…
Je suis restaurateur, donc je comprends parfaitement les contraintes. Pendant les services, oui, parfois les terrasses débordent un peu parce qu’il faut accueillir les clients. On ne va pas verbaliser quelqu’un simplement parce qu’il travaille. Mais il y a une limite claire. Jamais un handicapé ou une poussette ne doivent être obligés de descendre sur la route à cause d’une terrasse. Ça, c’est non négociable.
Vous cherchez donc une forme d’équilibre ?
Prenez le sujet de la musique. Elle est vitale pour certains établissements, mais elle peut devenir insupportable pour les riverains. Aujourd’hui, il manque aussi beaucoup d’études acoustiques à Menton. Ça coûte cher, mais ça permet d’éviter les conflits permanents entre bars et riverains.
La propreté reste l’un des sujets les plus sensibles. Quel diagnostic faites-vous ?
Très honnêtement, je suis arrivé avec une image assez négative des services de propreté. Et je me suis rendu compte que c’était tout l’inverse. Les équipes sont exceptionnelles. Les agents sont dehors dès cinq heures du matin, ils aiment leur métier et ils font énormément. Le vrai problème, c’est l’incivisme.
C’est ce qui vous pousse à lancer « Menton Attitude » ?
Exactement. On vient d’installer de nouvelles grandes poubelles… et certains continuent quand même de jeter leurs déchets par terre. Là, aucun service ne peut suivre. « Menton Attitude », ce sera justement une grande campagne de communication autour du respect de la ville et du vivre-ensemble. Remettre un t-shirt en sortant de plage, ne pas jeter ses mégots, respecter les espaces publics… Ça paraît évident, mais il faut réexpliquer certaines bases.
Vous évoquez aussi la création d’une brigade contre les incivilités ?
Oui, c’est en réflexion. On veut mettre en place davantage de contrôle et de prévention sur les incivilités du quotidien. Parce qu’on voit parfois des choses hallucinantes. Des gens ramassent les besoins de leur chien dans un sac plastique… puis jettent le sac dans le caniveau. On ajoute du plastique au problème. Si on arrive déjà à réduire de moitié ces comportements, ça changera nettement.
Le stationnement reste un sujet majeur. Quel regard portez-vous sur la situation ?
On réétudie tout. Mais il faut aussi regarder les choses avec du bon sens. Ce week-end par exemple, j’ai mis une heure et demie à me garer. C’était l’enfer… mais ça voulait aussi dire que les commerces travaillaient. Le défi, c’est de trouver un équilibre entre attractivité et circulation. Alexandra Masson l’a dit pendant la campagne : il manque des parkings ici et plusieurs pistes sont à l’étude.
Cet été, certaines zones vont aussi être davantage piétonnisées ?
Oui, notamment autour d’Élisée-Reclus. On veut créer un pôle d’animation pour les jeunes et les familles avec des activités, du sucré-salé, des structures de loisirs et davantage de vie dans ce secteur un peu oublié. L’objectif, c’est aussi de redynamiser tout le bas du Borrigo.
Entre Monaco d’un côté et l’Italie de l’autre, comment la ville peut-elle exister commercialement ?
La concurrence ne me fait pas peur. Quand j’avais vingt ans, c’était l’inverse : les Niçois, les Monégasques et les Italiens venaient chez nous. Il y avait des restaurants, des boîtes, une vie. Maintenant, les Mentonnais partent ailleurs. Il faut inverser ça. Mais il ne faut pas copier Monaco ou devenir un « nouveau Saint-Tropez ». Menton doit rester Menton. Une destination familiale, méditerranéenne, vivante, avec sa propre identité. On a une place à prendre entre le luxe monégasque et l’Italie, plus populaire.





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