Affaire Legay : 5 points à retenir de l’incroyable enquête de Mediapart sur la police de Nice

En mars 2019, une manifestante de 73 ans est grièvement blessée lors d’une charge policière visant à disperser un rassemblement interdit de «gilets jaunes» à Nice. Le procureur, depuis muté à Lyon, et le président de la République Emmanuel Macron ont affirmé que la victime n’avait pas été au contact des forces de l’ordre. Des «mensonges» pointe une enquête de Mediapart, citant des gendarmes qui qualifient la charge de «brutale et disproportionnée». Le comportement d’un commissaire niçois est particulièrement pointé du doigt, alors que c’est son épouse qui a été chargée un temps de l’enquête préliminaire sur les faits reprochés. 
geneviève legay nice
Capture d'écran vidéo CNews

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FAITS-DIVERS — La police est responsable des graves blessures de Geneviève Legay, affirme finalement un rapport de l’IGPN révélé par Mediapart. D’après les informations de nos confrères ce mardi 21 septembre, l’Inspection générale de la police (IGPN) a «déclaré que la charge des policiers était disproportionnée».

La manifestante de 73 ans avait été blessée en mars 2019, au cours d’un rassemblement interdit de «gilets jaunes» à Nice. Victime d’une hémorragie et de plusieurs fractures au crâne, son état de santé avait nécessité plus d’un mois de surveillance médicale. On ne sait toujours pas avec exactitude si elle a reçu ou non un coup de matraque.

La conclusion de la police des polices «est éminemment symbolique dans une affaire qui a fait grand bruit, tant elle a été marquée par des mensonges, des dissimulations et des conflits d’intérêts» pointe le site d’investigations. On fait le point sur les faits marquants mis en exergue par ces révélations.

#1 — Le commissaire de police pointé du doigt

Dans le rapport, qui comprend notamment des témoignages de gendarmes, l’IGPN met en cause le commissaire divisionnaire Rabah Souchi, à la tête des opérations à Nice ce jour-là. L’homme est décrit comme «presque dangereux», «hurlant»,  ordonnant de «triquer du manifestant», c’est à dire de les battre avec des matraques. Des «ordres inadaptés», souligne l’IGPN.

C’est le directeur départemental de la sécurité publique (DDSP), Jean-François Illy, qui a donné l’ordre du dispersement (il a été démis de ses fonctions quelques mois plus tard dans le cadre d’une accusation de malversations).

La gendarmerie — 60 hommes sur le terrain — avait refusé de participer à la charge qu’il avait ordonné, la jugeant «disproportionnée, brutale et violente» au regard du faible nombre de personnes à disperser, «âgées, pour la plupart», «tranquilles et pacifiques».

Mediapart révèle même (article abonnés) une vidéo inédite de cette «charge», tournée par la cellule image ordre public (CIOP) des gendarmes.

Quelques semaines après le début de l’affaire, le commissaire Rabah Souchi a été décoré par le ministère de l’Intérieur.

#2 — Emmanuel Macron lourdement contredit

Le 25 mars, deux jours après les faits, Emmanuel Macron déclarait dans les colonnes de Nice-Matin : «Cette dame n’a pas été en contact avec les forces de l’ordre.» Avant de lâcher, condescendant : «Quand on est fragile, qu’on peut se faire bousculer, on ne se rend pas dans des lieux qui sont définis comme interdits et on ne se met pas dans des situations comme celle-ci» tout en lui souhaitant «une forme de sagesse».

Le même jour, la gendarmerie adressait à la plus haute hiérarchie un rapport incendiaire (que Mediapart publie en intégralité sur son site) sur l’attitude de la police le jour de la manifestation.

#3 — L’agitation des manifestants due à une interpellation «sans raison valable»

Dans le rapport de la police des polices, un capitaine de gendarmerie, présent sur le terrain ce jour-là, explique que la foule était «calme», jusqu’à à «l’interpellation musclée d’un individu assez âgé qui est tombé au sol à plat ventre […] qui a fait réagir les manifestants»

Une interpellation qui est opérée «sans raison valable». Le léger mouvement de foule qui a suivi a conduit à la charge des forces de l’ordre.

Passage incroyable de l’enquête de nos confrères :

Le commissaire Rabah Souchi «tien[t] à dire qu’en la matière (le maintien de l’ordre, NDLR), il y a une obligation de résultat». «La situation se tendait», il faisait face à des manifestants qui «chant[aient] La Marseillaise et refus[aient] de quitter les lieux», attitude qui justifie selon lui le recours à la force.»


Les commissaires divisionnaires Rabah Souchi et Hélène Pedoya (son épouse, chargée de l’enquête préliminaire concernant les blessures de Geneviève Legay), ne sont «pas inquiétés ni par l’Intérieur ni par la justice» : une «protection forcenée» accuse l’avocat de la victime.

Interrogée par nos confères de Nice-Matin, cette dernière «se réjouit» des conclusions du rapport de la police des polices. «Diminuée, elle souffre encore des séquelles de l’événement».

Les conclusions de l’IGPN sont une «reconnaissance». Elle tient également à remercier la gendarmerie: «Je voudrais féliciter le capitaine des gendarmes. (…) Cet homme a fait son devoir, je suis en admiration devant lui.»

«J’espère qu’il arrivera ce qui doit arriver au commissaire Rabah Souchi maintenant que l’IGPN a dénoncé ses actes. Mais au-delà de lui, j’ai toujours demandé à mes avocats de remonter la filière. Il y a notamment la chaîne de commandement, avec le directeur départemental de la sécurité publique et le préfet.»

La militante estime que dans cette affaire, «la police s’est couverte de ridicule, de mensonges. Que l’IGPN reconnaisse enfin la vérité, ça me met du baume au coeur. Pas que pour moi, mais pour les gilets jaunes qui ont toujours manifesté pacifiquement à Nice.»

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