Chef de file du Rassemblement national (RN) à Nice, Benoît Kandel analyse sans concession l’actualité locale, évoque ses projets pour la ville, et lance un appel clair en vue des municipales de 2026.
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C’est le téléphone à la main que Benoît Kandel nous reçoit au sein de sa permanence, vendredi matin. « Ça n’arrête pas depuis lundi ! Les demandes d’adhésions explosent », lance-t-il, en rangeant son oreillette dans sa poche. « Je ne vous mens pas, regardez ce monsieur assis, qui vit aux Moulins. Il vient de prendre sa carte, c’est déjà la première de la journée. »
En pleine tempête médiatique à l’échelle nationale depuis la condamnation de Marine Le Pen, le Rassemblement national entend mobiliser. Mais l’ancien premier adjoint à la Ville de Nice a aussi bien des enjeux locaux en tête. Entretien.
À moins d’un an de l’élection municipale, Éric Ciotti n’a pas encore officialisé sa candidature. Le soutiendrez-vous s’il se présente ?
Éric Ciotti a pris une décision courageuse en faisant l’union des droites avec le RN, et nous avons remporté avec lui six circonscriptions sur neuf dans le département. Un accord national existe entre son parti, l’UDR, et le RN, il sera reconduit lors des municipales. Éric Ciotti sera tête de liste à Nice, et il aura le soutien du Rassemblement national, qui est, rappelons-le et de loin, le premier parti dans cette ville.
Et s’il décidait finalement de ne pas se présenter, comme en 2020 ? Seriez-vous partant, vous, personnellement ? On parle aussi du député Bernard Chaix…
S’il décide de ne pas y aller, j’irai, comme en 2020. Si ce n’est pas lui, ce sera un représentant du RN, c’est une certitude. Mais je suis persuadé que cette fois, il ira. Je n’ai aucun doute là-dessus. Il s’est préparé à cette échéance, à cette fonction. Nous avons l’expérience du fonctionnement d’une grande collectivité. Beaucoup de visages nouveaux figureront sur notre liste, avec des profils variés.
Une chose est sûre, nous serons prêts. Cela fait longtemps que nous y travaillons, avec des propositions concrètes. J’ai d’ailleurs lancé des commissions de travail. Une grande réunion de synthèse est prévue le 15 avril. On définira les axes de progrès et les projets à proposer. Une quarantaine de personnes sont investies côté RN. Et dès qu’Éric Ciotti annoncera sa candidature, nous fusionnerons les équipes.
Que reprochez-vous concrètement à Christian Estrosi, dont vous avez pourtant été le premier adjoint ?
Christian Estrosi a toujours navigué au gré des circonstances. Il ne faut pas oublier qu’il est aujourd’hui l’un des premiers soutiens d’Emmanuel Macron. Lors des législatives, il a soutenu des candidats de gauche, voire d’extrême gauche, contre nous. C’est un opportuniste politique. Il est temps de tourner la page, il y a eu trop de dégâts.
Il a endetté la collectivité, et je ne parle même pas de la « dette cachée », celle des investissements qui ne sont pas faits alors qu’ils s’imposent. À la place, on a préféré tout casser — comme Acropolis — pour reconstruire dans l’urgence un bâtiment sur le port. Regardez l’état des chaussées dans les grands axes. L’entretien du quotidien n’est plus une priorité. On est dans le bling-bling.
Vous avez tout de même validé à l’époque des stratégies appliquées aujourd’hui…
Oui, sur certains projets, nous avons été d’accord. Et il faut être réaliste : tout ce que Christian Estrosi a réalisé n’est pas à jeter. Mais il prétend que c’est grâce à lui que Nice est une ville de parcs et de jardins. Il n’a rien inventé.
C’est un prédateur politique : il a construit sa carrière sur la dette. Et quand il partira — je l’espère dès l’année prochaine — il laissera derrière lui une situation catastrophique.
Que proposez-vous ?
Nos grands axes sont clairs : sécurité, propreté, logement, transports. On veut revenir à une gestion de proximité. Sortir des paillettes pour s’occuper enfin des vraies préoccupations des Niçois.
Comme les crèches : j’ai l’exemple d’une jeune femme qui a dû abandonner son travail faute de place pour son enfant. C’est insensé. Il faut parler des habitants qui vivent ici à l’année, pas seulement des touristes.
Lançons des investissements raisonnés, utiles, qui soient générateurs de richesses. Ne plus détruire des bâtiments publics qui fonctionnent encore. Regardez : il a démoli Acropolis en promettant un nouveau Palais des Expositions à Nice Ouest. Mais il est où, ce projet ? Entre-temps, on a dépensé des millions d’euros pour une structure temporaire destinée à un sommet sur la mer, qui ne concerne en rien les Niçois.
La sécurité est l’un de vos sujets phares. Y a-t-il du mieux, selon vous ?
C’est une dégradation complète. Les caméras, c’est bien, mais ce n’est qu’un outil. Ce n’est pas une politique de sécurité. J’ai été adjoint chargé de ces dossiers, et c’est mon métier. À l’époque, j’avais mis en place des postes de police dans tous les quartiers. Prenez la Madeleine : plus de 10.000 habitants, c’est la taille d’une petite ville… et pas un seul poste de police municipale (qui devrait faire son retour l’année prochaine, promet la Ville, ndlr).
Son fameux « Hôtel des polices », c’est surtout de la communication. Ça coûte une fortune pour mettre les polices nationale et municipale dans le même bâtiment, alors qu’elles collaborent déjà ensemble. Les Niçois ont besoin d’agents de proximité, qui connaissent les commerçants, les habitants, les problématiques locales.
Je note la violence contre les personnes, les incivilités, les tags, la saleté, les trottinettes sur les trottoirs ou les rails du tramway. Quand on n’intervient pas sur les petits désordres, c’est l’ensemble de la ville qui se dégrade. On préfère faire de l’image. Les Niçois ne sont pas dupes.
Que suggérez-vous contre le narcotrafic ?
Il explose. La DZ Mafia, une organisation criminelle venue de Marseille, est en train de s’implanter à Nice. Les récentes fusillades en sont l’illustration. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est la police nationale. On assiste à des conflits violents entre les trafiquants niçois historiques et les mafias marseillaises, plus violentes, plus organisées, qui cherchent à prendre le contrôle de la ville.
Pendant ce temps-là, on n’entend pas Christian Estrosi. Il se plaint de la délinquance, mais soutient la politique migratoire d’Emmanuel Macron, qui fait entrer 500.000 étrangers chaque année en France. À un moment, il faut choisir. On ne peut pas à la fois entretenir les causes et dénoncer les conséquences.
Les groupes hôteliers, restaurateurs, commerçants semblent, eux, plutôt satisfaits de l’évolution de la ville. Ça vous surprend ?
C’est une illusion. Il a cassé le tourisme d’affaires, qui était bien plus porteur que le tourisme ordinaire. Tous les grands congrès sont partis ailleurs : à Barcelone, à Gênes, à Marseille. C’est une perte nette pour les hôtels, les restaurants, les chauffeurs de taxis, l’ensemble du tissu économique.
Il a aussi détruit le théâtre. Il veut le remplacer par une salle de 800 places au Palais des Expositions… mais qu’adviendra-t-il de ce dernier, justement ? On ne pourra même plus y organiser la Foire. Aujourd’hui, concrètement, la culture est partie à Antibes.
Quant aux croisières, il les attaque aussi, alors que la Chambre de commerce a rendu un rapport qui dit très clairement qu’elles génèrent des millions d’euros. Il parle beaucoup d’investissements, mais en réalité, comment expliquer qu’on ait dépensé autant d’argent pour si peu de résultats concrets ? Ajoutez à ça le logement : pour un jeune actif, c’est devenu mission impossible de se loger ici. C’est un frein énorme au développement économique.










La posture très critique du RN contraste avec son manque de propositions intéressantes en conseil municipal ou même dans cet article… Quelles propositions le RN a-t-il déjà fait concernant les enfants avant de s’offusquer d’un manque de places en crèches ? Quelles propositions a-t-il fait pour loger les jeunes actifs ? Comment compte-t-il s’y prendre mieux que tout le monde afin de lutter contre le narcotrafic, qui n’est pas un problème azuréen, ni français, ni même européen, mais mondial ? L’obsession du RN pour les économies est incompatible avec une amélioration de tous ces points. La punchline de l’année restera : » la culture… Lire la suite »