« On aimerait juste qu’on nous entende » : dans le quartier populaire des Moulins à Nice, la colère et l’inquiétude prévalaient jeudi après la mort de sept personnes dans un incendie perçu par tous comme un nouveau palier dans les violences liées au trafic de drogue.
« Je suis endeuillé, en colère et triste », explique Zyad Mohamed, étudiant en psychologie de 23 ans, qui réside dans un immeuble voisin de celui où trois enfants, un adolescent et trois adultes ont trouvé la mort. « Les cris d’hier soir, je les entends encore ».
L’incendie étant probablement d’origine criminelle, beaucoup ont vite fait le lien avec les violences déjà existantes dans le quartier de 8.000 habitants, proche d’axes de transports majeurs mais enclavé.
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« Malheureusement, on est un peu habitué à entendre des tirs, des courses-poursuites, mais là, on est passé à une étape supérieure, et je crains le pire », explique Nathalie Baptistelli, une représentante de quartier qui réside désormais près des Moulins.
Laurent Martin de Frémont, secrétaire départemental du syndicat policier Unité 06, abonde : « Il y a aujourd’hui des individus qui veulent récupérer des points de deal et qui sont passés au stade supérieur de l’intimidation ».
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« Ca a démarré avec des tirs de kalach en l’air », puis des tirs qui n’étaient plus seulement de l’intimidation ces derniers mois, rappelle-t-il : « Et puis là, des individus cagoulés qui rentrent dans un hall d’immeuble et qui possiblement ont peut-être pu commettre ceci. On franchit un cap insupportable ».
A la mi-journée, des habitants ont pris à partie le maire Christian Estrosi, venu parler à la presse et finalement sorti du périmètre de sécurité pour aller à leur rencontre.
- Un sentiment d’abandon -
« On a besoin de remettre des gardiens et des policiers de proximité. Aujourd’hui on a un grand commissariat mais à 18h00 c’est fermé et si vous allez déposer plainte, vous mettez entre 4 heures et 6 heures et vous risquez d’être repéré », a expliqué Mme Baptistelli.
« Aujourd’hui, il faut mettre en place les moyens d’un vrai dialogue », insiste Zyad Mohamed, redoutant une simple augmentation des patrouilles de police pendant quelques semaines.
« Bien évidemment que chacun a sa part de responsabilité. (Mais) on aimerait juste qu’on nous entende. Et surtout, croyez en nous, s’il vous plaît. Parce que dans ce quartier, il y a des talents. C’est pas seulement la prison ou la mort. On a des jeunes qui s’en sortent », ajoute-t-il.
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« On a pris 30 ans de retard », reconnaît M. Martin de Frémont en regrettant un manque d’effectifs chronique à tous les niveaux. « Il y a des choses bien qui sont faites. Ca va dans le bon sens, il faut continuer à travailler avec les bailleurs sociaux, avec les associations, avec la métropole de Nice…»
Au-delà des violences, plusieurs mères de famille témoignent, en gardant l’anonymat, d’un sentiment d’abandon.
« Le quartier est dégueulasse, et pourtant on est des gens propres », explique l’une d’elles. « Il faudrait chasser les rats », lance une autre. « Chez moi l’ascenseur ne marche pas depuis des mois et ils ne me l’ont même pas déduit des charges », dénonce une troisième.
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Classé « politique de la ville », le quartier des Moulins fait l’objet d’un programme de rénovation urbaine importante - avec près de 220 millions d’euros investis depuis 2010 et encore 91 millions d’euros prévus d’ici à 2030 selon la métropole - mais beaucoup d’immeubles restent vétustes et les dégradations importantes.






