Deux jours après un communiqué du maire de Nice appelant à ne pas « stigmatiser les supporters », le préfet des Alpes-Maritimes s’agace dans nos colonnes, ça et là, de condamnations très insuffisantes « face aux violences commises ». Et promet de signaler lui-même à la justice tout nouvel incident, malgré, dit-il une culture du silence « persistante et insupportable ». Des joueurs pointent aussi « un manque de soutien » après ces troubles.
« Je dénonce ici à Nice une forme d’omerta ». Dimanche soir, des troubles ont éclaté lors du retour des Aiglons en ville, après leur défaite face à Lorient. Plusieurs plaintes ont été déposées, une enquête de police est en cours et chacun, ou presque, a pu se positionner sur le sujet. Avec justement des silences ou des formulations inacceptables pour le préfet des Alpes-Maritimes, qui s’en est ouvert à Nice-Presse jeudi 4 décembre.
« Cette omerta persiste depuis plusieurs années, contre les violences commises, notamment dans le football. Et c’est totalement inacceptable » développe à notre micro Laurent Hottiaux. « On l’a vu cette semaine, avec le comportement des uns et des autres face à cette brutalité ».
L’écart entre son positionnement et celui du maire, notamment, est extrêmement marqué. Le 3 décembre, Christian Estrosi, candidat à sa réélection, pianotait sur X (ex-Twitter) : « J’ai pris connaissance des déclarations de l’autorité préfectorale indiquant qu’aucune violence physique constituée n’a été constatée lors des échanges survenus autour de l’OGC Nice. Tant mieux, car toute violence serait inacceptable ».
J’ai pris connaissance des déclarations de l’autorité préfectorale indiquant qu’aucune violence physique constituée n’a été constatée lors des échanges survenus autour de l’@ogcnice . Tant mieux car toute violence serait inacceptable. Il est donc important de ne pas en… pic.twitter.com/kKcgyN1QEr
— Christian Estrosi (@cestrosi) December 3, 2025
« Il est donc important de ne pas en surajouter, ni d’alimenter une polémique qui dépasse largement la réalité des faits. Ni Nice, ni nos supporters ne méritent collectivement d’être stigmatisés. Depuis quelques jours, cette affaire fait plus de bruit que le narcotrafic ou les enjeux de sécurité qui, eux, affectent réellement le quotidien de nombreux Niçoises et Niçois. Gardons le sens des priorités » réclamait l’édile.

Une réaction mal accueillie ? Deux jours plus tard, la préfecture présentait aux journalistes une lecture moins optimiste de la situation : « Un rassemblement hostile d’environ 400 supporters de l’OGC Nice a bloqué le bus (…) Sous la pression de l’attroupement, le club a pris la décision de faire cheminer les joueurs à pied ». Deux d’entre eux « ont porté plainte pour coups et blessures ». Une enquête est ouverte des chefs de violences aggravées, participation à un groupement préparant des violences ou dégradations et non-empêchement d’un délit contre l’intégrité corporelle.
À l’opposé du texte municipal, le représentant de l’État, condamnait « très fermement le comportement des supporters à l’attitude visiblement hostile ».
« Il est hors de question de couvrir des faits pareils »
Hier soir, Laurent Hottiaux a développé, auprès de Nice-Presse : « J’ai été très frappé de voir que tout ceci n’a pas été largement condamné. L’Etat n’acceptera aucune violence, de quelque nature que ce soit. Il est hors de question de couvrir des faits pareils. J’ai trouvé qu’il y avait un long silence, de nombreux acteurs, voire des justifications ».
« On ne dénonce pas assez » les dérives de certains, a-t-il encore jugé. « Pour avancer, il faut dire les choses, les nommer, les prendre à bras le corps. Ça n’a pas été fait partout cette semaine (mais le préfet n’a cité aucune instance ni aucun élu en particulier, NDLR). Que tous les acteurs, notamment ceux du football, en tirent les conséquences ».
« Systématiquement, je saisirai moi-même la justice de tous les faits susceptibles d’être qualifiés pénalement. Rien ne sera toléré. Chacun de ceux qui s’en rendront coupables seront interpellés ».
Le club est-il désigné, au coeur de ce malaise ? « L’enquête le dira, ou non. Ce qui est sûr, c’est que ce soir-là, les joueurs sont sortis du car alors que la police nationale ne le souhaitait pas…»



