Trois démissions en l’espace de deux mois, dont celle d’une figure centrale de la gouvernance, plongent le Comité d’organisation des Jeux olympiques d’hiver 2030 dans une zone de fortes turbulences. Le départ de Bertrand Méheut, président du comité des rémunérations, met en lumière de profondes inquiétudes sur le fonctionnement interne, les équilibres de pouvoir et la capacité du projet Alpes 2030 à tenir ses délais et ses coûts.
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La crise couvait, elle éclate désormais au grand jour. En annonçant son départ, Bertrand Méheut n’a pas seulement tourné la page d’un mandat, il a publiquement mis en cause la gouvernance du Cojop et alerté sur des dérives qu’il juge préoccupantes pour l’avenir des Jeux d’hiver dans les Alpes françaises.
Une série de départs qui fragilise le Comité d’organisation
Ancien président du groupe Canal+ et ex-patron du Pari mutuel urbain, Bertrand Méheut occupait la présidence du comité des rémunérations, une instance chargée d’émettre un avis sur les rémunérations et avantages en nature des salariés d’Alpes 2030, en particulier ceux des cadres dirigeants. Lundi, il a annoncé quitter ses fonctions, dénonçant une « dérive importante » dans le fonctionnement du comité d’organisation.
Selon des informations de l’AFP, deux autres membres du comité des rémunérations ont également présenté leur démission, portant à trois le nombre de départs au sein de cette seule instance. Ces annonces interviennent dans un contexte déjà tendu, marqué par la démission début décembre de la directrice des opérations, Anne Murac, puis par celle du directeur de la communication, Arthur Richer, le 23 janvier. Ce dernier avait, selon une source proche du dossier, « constaté un désaccord sur la stratégie à mettre en place ».
Des alertes sur la gouvernance et le contrôle interne
Dans un courrier dont des extraits ont été rendus publics par L’Equipe et Le Parisien, Bertrand Méheut fait état de doutes sérieux quant au succès du projet, évoquant des risques à la fois sur les délais et sur les coûts. Il y déplore le rôle insuffisant des organes de contrôle du Cojop, pourtant indépendants, comme les comités d’éthique, d’audit et de rémunérations.
« Les organes de surveillance et de supervision du Cojop ne jouent pas leur rôle et restent insensibles aux messages d’alertes véhiculés par notre comité », écrit-il, tout en rappelant que ces avertissements s’inscrivent pleinement dans la mission de l’instance qu’il présidait. Il pointe également une gouvernance qui ne serait plus réellement duale, estimant que le président du Cojop se comporterait comme un président-directeur général « hors de tout contrôle », alors même que la direction est censée reposer sur un équilibre avec un directeur général exécutif.
Selon Le Parisien, le comité des rémunérations aurait, lors d’une réunion mi-janvier, émis plusieurs avis défavorables concernant des « dysfonctionnements », notamment l’utilisation de quatre cartes bancaires et le recrutement d’un directeur général adjoint des opérations.
Une réaction officielle et des tensions toujours vives
Face à ces critiques, le Cojop a réagi lundi soir en assurant que le départ de Bertrand Méheut « ne remet pas en cause la gouvernance de l’organisation ni les principes de transparence qui la guident ». L’instance a indiqué qu’un processus de remplacement serait engagé afin de reconstituer le comité des rémunérations et de reprendre ses travaux, tout en affirmant rester pleinement mobilisée.
Rappelant que le comité des rémunérations est une instance externe, désignée par le conseil d’administration, le Cojop souligne que son rôle demeure consultatif sur les questions liées aux rémunérations et à la masse salariale. Mais ces explications peinent à dissiper les interrogations. Fin janvier, la ministre des Sports, Marina Ferrari, avait déjà exigé une « clarification rapide et complète » sur la gouvernance et la stabilité du comité d’organisation.
Dans ce contexte, une mission a été lancée avec l’ensemble des parties prenantes, dont l’Etat, les comités olympique et paralympique, ainsi que les régions Provence-Alpes-Côte d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes. Objectif affiché, garantir une organisation plus lisible et opérationnelle, alors que persistent des tensions en interne et avec certains acteurs du monde sportif et territorial.
Les enjeux restent considérables, notamment autour de la carte des sites, attendue en juin, qui devra répartir les compétitions entre la Savoie, la Haute-Savoie, Nice et le Briançonnais. En toile de fond, la question sensible du partage de la charge financière continue d’alimenter les crispations locales.
Nice-Presse avec des contenus de l’AFP









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