Lauréat de nombreux prix littéraires et musicaux, mais aussi chevalier de l’ordre des Arts et des Lettres, Mathias Malzieu a présenté lors du Festival du Livre dont Nice-Presse est partenaire son dernier roman, « L’Homme qui écoutait battre le cœur des chats ». Un récit poignant sur le deuil périnatal, raconté avec tendresse par ses félins, devenus narrateurs malgré eux.
Nice-Presse. Pourquoi avoir choisi de confier la narration à vos chats ? En quoi ce point de vue vous a-t-il permis de prendre de la distance avec un deuil si intime ?
Mathias Malzieu : Sur un sujet aussi difficile qu’un traumatisme comme une fausse couche qui a failli coûter la vie de quelqu’un, il fallait que je trouve un chemin de légèreté. Dans la vraie vie, les chats nous faisaient réellement du bien. Un jour, l’un d’eux a grignoté un livre et je me suis dit : ce serait marrant qu’il en prenne conscience. C’est ainsi que j’ai commencé à écrire de leur point de vue. C’est comme ça que j’ai trouvé la musique du livre. Par rapport à ce que je vivais, c’était la meilleure manière d’équilibrer le sucre et l’acide.
Votre livre aborde sans détour le deuil, la parentalité contrariée et le soin. Quel regard portez-vous sur la manière dont notre société accompagne ces sujets ?
Concernant le deuil, et notamment les fausses couches, le problème vient souvent du fait que c’est fréquent, ce qui pousse les gens à penser que ce n’est pas grave. C’est un vrai tabou, presque honteux, comme si la femme avait raté quelque chose. Ce sentiment de culpabilité est injuste car dans 99% des cas, ce n’est pas de leur faute, c’est la nature. Il serait essentiel de développer un congé spécifique, y compris pour le père, qui souffre aussi et qui, au-delà de sa propre souffrance, doit apporter du soutien. Laisser la femme seule dans cette épreuve n’est pas juste.

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Vous évoquez dans vos propos la « radicalité de la nuance ». À quoi faites-vous référence ?
C’est l’inverse de ce que l’on vit aujourd’hui, notamment avec la montée des populismes. On nous pousse constamment à adopter une posture extrême, à être d’un côté ou de l’autre. Personnellement, je souhaite pouvoir penser contre moi-même, changer d’avis, rester en mouvement constant, être curieux. Le plus intéressant, c’est de pouvoir débattre et confronter ses idées à celles des autres. Ricanner uniquement avec ceux qui pensent comme nous, c’est dangereux.
Le roman, devenu disque et spectacle, mêle musique, littérature et images animées. Comment avez-vous articulé ces différents formats autour d’une même émotion ?
En me laissant porter par la curiosité. Quand j’ai opté pour le point de vue des chats, je voulais que les livres soient au cœur du récit. Ça pouvait être amusant qu’ils fassent leurs griffes sur mes vinyles. Au lieu d’un simple prétexte pour créer des chansons sans fonction narrative précise, comme je l’avais déjà fait dans « Les Sirènes à Paris », j’ai cherché à établir des correspondances, un miroir entre musique et histoire. Cette contrainte ludique m’a poussé vers de nouveaux territoires, confrontant par exemple dans l’atelier de ma femme des vinyles de Claude François avec ceux de Lady Gaga. Cela me permettait de naviguer sur une ligne de crête entre sérieux, émotion et légèreté.
Vous écrivez, chantez, réalisez, jouez sur scène… Quelle est aujourd’hui votre forme d’expression la plus apaisante ?
C’est précisément l’ensemble de ces pratiques qui m’apaisent (sourire). C’est une envie profonde, pas juste un besoin. Par exemple, pour mon précédent roman, « Le Guerrier de porcelaine », je n’ai pas fait de disque, pas parce que j’aimais moins ce livre, mais parce qu’il ne s’y prêtait pas autant. Peut-être qu’il deviendra un film un jour.
Pour « L’Homme qui écoutait battre le cœur des chats », il existait une fonction narrative forte à développer musicalement et visuellement, ce qui m’a permis d’explorer davantage.



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