Depuis l’assassinat de Mehdi Kessaci à la mi-novembre à Marseille, le débat public voit fleurir des termes comme « narchomicides », « mafia » ou « mexicanisation ». Pour les experts interrogés par l’AFP, la précision du vocabulaire est décisive, afin d’éviter la banalisation comme l’emballement.
Le mot « narchomicide » a été forgé en 2023 par l’ancienne procureure de Marseille Dominique Laurens, en mélangeant homicide et narcobanditisme, sur le modèle du « féminicide ». « Le terme de « règlement de comptes » commençait à m’agacer sérieusement : il donnait une fausse idée du narcobanditisme et de ses victimes, en sous-évaluant le phénomène », expliquait-elle à l’AFP.
Deux ans plus tard, ce mot-valise pourrait intégrer un dictionnaire. « Il y a un petit temps entre le moment où un mot est créé et le moment où il entre dans Le Robert », mais « on constate que le mot est extrêmement repris par la presse », qu’il est « amené à durer » car « il correspond à un besoin de nommer une réalité », détaille Géraldine Moinard, directrice de la rédaction aux éditions Le Robert.
Reste une réserve, note Jean-François Gayraud, commissaire général de la police nationale et essayiste : l’expression porterait une « ambiguïté », car elle « pourrait aussi laisser croire que les gangsters se contentent de se tuer entre eux. Or, rien n’est plus faux ».
Mafia, cartels, “mexicanisation” : les mots qui changent la perception du narcotrafic
Mi-novembre, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez a évoqué des « mafias marseillaises ». Or, à l’origine, le terme « mafia » renvoie à une définition très cadrée, celle d’«une association secrète d’origine sicilienne servant des intérêts privés par des moyens illicites et recourant à la violence », selon Le Robert.
Pour le criminologue Jean-Baptiste Perrier, les groupes liés aujourd’hui au trafic de stupéfiants ne relèvent pas de cette catégorie. « les groupes criminels aujourd’hui liés au trafic de stupéfiants ne sont pas des mafias », souligne-t-il (alors que bien d’autres experts marquent leur désaccord avec lui).
En rappelant que « C’est très difficile d’entrer dans une mafia, alors que c’est très facile d’aller faire du stup’ », notamment via des annonces de « recrutement » sur les réseaux sociaux.
Jean-François Gayraud estime lui aussi qu’à Marseille, comme en Corse, il s’agit de bandes criminelles, parfois solidement installées et dangereuses, mais pas de sociétés secrètes. « En Corse, comme à Marseille avec la DZ Mafia, nous sommes confrontés à des bandes criminelles, certes puissantes et dangereuses, et parfois adossées au politique, mais éphémères, et en aucune manière à des sociétés secrètes », juge-t-il. Et « à force d’étirer le mot, on l’a vidé de son sens ».
À ses yeux, qualifier ces réseaux de mafia peut aussi produire des effets négatifs. Le terme « instille dans la population une forme de peur, de fatalisme » et offre aux trafiquants une forme « d’aura, de prestige, de glamour ».
Autre formule récurrente, la « mexicanisation ». Fin 2024, après plusieurs fusillades liées au trafic de drogue, l’ex-ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau avait estimé que la France était en voie de « mexicanisation », une comparaison qui avait irrité les autorités mexicaines.
Jean-François Gayraud nuance nettement : « Nous n’en sommes pas encore là », rappelle-t-il, en décrivant le Mexique comme un pays où des groupes criminels s’apparentent à des armées, « pratiquant une politique terroriste et de barbarie de masse », et liés à plus de 450.000 morts et 100.000 disparus depuis 2006.
Dans la même veine, certains parlent de « cartels » à propos de Marseille. Pour Jean-Baptiste Perrier, « ce ne sont pas non plus des cartels. En revanche, ils utilisent les codes de la violence des cartels ».
Il ajoute que les dealers français s’inscrivent dans une « mondialisation du crime » et consomment des séries sur les « narcos » sud-américains. Mais la comparaison a ses limites : « Les cartels sud-américains contrôlent tout, de la fabrication à la revente », explique-t-il, tandis que la DZ Mafia, « c’est plutôt un gros fournisseur ».
Enfin, en janvier, le président du tribunal judiciaire de Marseille Olivier Leurent disait craindre que « nous nous approchions du point de bascule vers un narco-Etat », un terme né en Amérique du Sud, comme d’autres dérivés en « narco ».
Jean-François Gayraud rappelle que l’expression apparaît dans les années 1980 en Bolivie, après un coup d’État lié à des trafiquants. Pour lui, le concept est puissant mais recouvre plusieurs réalités : un État corrompu et paralysé, un État criminalisé qui pilote lui-même le trafic, ou un État où des groupes criminels imposent une consommation de masse « sans avoir forcément corrompu profondément l’Etat ».
- Ce qu’il faut retenir : Les experts rappellent que le choix des mots sur le narcotrafic peut soit banaliser, soit exagérer la réalité. Le terme « narchomicide » se diffuse fortement mais suscite aussi des mises en garde sur son interprétation. Les comparaisons avec la « mafia », les « cartels », la « mexicanisation » ou le « narco-Etat » sont jugées utiles mais risquées si elles brouillent le sens et alimentent peur ou prestige.
Avec AFP







Et on attend encore combien de temps avant de prendre de vraies mesures contre les consommateurs ?
Les promesses de Macron … Après tant d’années de promesses et malgré 15 déplacements à Marseille, rares sont ceux qui arrivent encore à y croire car la réalité saute aux yeux. La drogue est partout, les règlements de compte ont lieu jusque sur la Canebière. Depuis 2017 la France subit la volonté de ce président prêt à tout, cet individu qui a permis un changement radical dans nos vies, importé « l’exotisme » avec les frontières grandes ouvertes, entraîné ce pays dans une dette abyssale, non Macron n’apportera aucune solution 🇨🇵