Municipales 2026 - Ancien maire-adjoint chargé des finances et des affaires sociales, Florent Champion (« Menton en action ») revendique pourtant une rupture politique avec l’édile sortant, Yves Juhel (Les Républicains). Crise du logement, état des équipements publics, sécurité… Dans Menton-Presse, il détaille son projet.
Vous avez été adjoint au maire avant de démissionner. Comment ne pas être associé au bilan d’Yves Juhel ?
À la mort de Jean-Claude Guibal, fin 2021, la majorité municipale s’est fracturée entre Yves Juhel et Sandra Paire. À l’époque, j’étais dans l’opposition. Nous avons fait le choix de soutenir Yves Juhel parce qu’il nous semblait le plus à même d’assurer une transition. L’idée était d’ouvrir une nouvelle page. J’ai ensuite été nommé adjoint aux affaires sociales, avec des délégations lourdes : crèches, petite enfance, seniors, logement social, CCAS. Ce dernier était dans une situation financière critique, sans direction générale, avec près de 200 agents et un budget de 11 millions d’euros. Il a fallu redresser l’établissement, restructurer la gestion, relancer des projets. Je m’y suis investi totalement, et je suis fier du travail accompli.
Pourquoi avoir quitté la majorité ?
Au fil des mois, nous avons alerté à plusieurs reprises le maire sur certains choix, certains entourages, certaines décisions. Les problèmes se sont aggravés. Lorsqu’il y a eu la confirmation du placement sous contrôle judiciaire d’Yves Juhel et la perspective d’un procès, cela a marqué une limite. C’était devenu incompatible avec les valeurs que nous avions portées au départ. Il fallait prendre nos responsabilités. Nous l’avons fait.
Certains estiment que vous incarnez tout de même une continuité…
Nous ne sommes pas dans une logique de succession, ou d’héritage. Le maire sortant a fait le choix de soutenir Louis Sarkozy (Les Républicains et Renaissance). Ce n’est pas notre voie. Nous portons un projet municipal ancré dans le territoire, construit avec des femmes et des hommes issus de la société civile, du monde économique et associatif, profondément mentonnais. Beaucoup n’ont jamais exercé de mandat auparavant.
La multiplication des candidatures à droite fera le jeu du RN, non ?
La division ne vient pas de nous, mais de candidatures parachutées, pensées comme des tremplins politiques. Nous, nous avons une légitimité locale, un engagement ancien pour Menton. Notre projet parle du quotidien des habitants, pas d’arrières-pensées nationales.
Vous avez été chargé des finances. Les comptes de la Ville sont-ils réellement dégradés ?
Dire que les finances sont catastrophiques, comme je l’entends, est faux. La dette de la commune a baissé d’environ 11 % sur la mandature, malgré un contexte national extrêmement contraint, avec hausse des charges, inflation, coût du travail, explosion de certaines contributions comme la SRE (Service des Retraites de l’État). Réduire la dette dans ces conditions, c’est un résultat solide. Cela ne veut pas dire que tout est parfait. Il manque une vision stratégique à long terme, notamment sur l’investissement.
Justement, quelles seraient vos priorités ?
Menton souffre d’un sous-investissement chronique sur ses équipements publics et patrimoniaux. Piscines, équipements sportifs, bâtiments culturels… Beaucoup sont vétustes. La priorité, c’est d’établir un véritable plan pluriannuel d’investissement. Le cas le plus urgent, c’est la piscine Alex Jany. Elle coûte 650.000 euros par an pour rester ouverte.
Il faut rapidement trancher entre réhabilitation lourde ou construction d’un nouvel équipement moderne, idéalement sur le littoral, capable d’utiliser l’eau de mer pour limiter les contraintes hydriques.
Je pense aussi à la requalification de la plage Rondelli, pour assurer la continuité entre les Sablettes, le port de Garavan et la frontière.
Le musée Cocteau est à l’arrêt. Quelle solution réaliste envisagez-vous pour sa réouverture ?
Il faut rappeler une chose essentielle. Quelle que soit la solution retenue, une révision du plan de sauvegarde du secteur protégé est indispensable. Cela prend entre 36 et 48 mois. On ne rouvre pas un musée par un coup de téléphone !
Ensuite, il faudra renouer un dialogue clair avec la Fondation Wunderman. Le retour à l’identique du musée, tel qu’il existait avant les intempéries, est très incertain. Une piste crédible serait de mieux valoriser Cocteau en ville, avec un parcours culturel réparti sur plusieurs sites. Bastion, salle des mariages, éventuellement le musée de la Préhistoire. Rien ne se fera sans concertation.
La crise du logement touche l’ensemble des communes. Menton n’y échappe pas. Quelle marge de manœuvre reste-t-il ?
La construction n’est pas la solution. Menton est déjà très dense. Il faut privilégier la réhabilitation du bâti existant en centre-ville. Des opérations comme celle de l’hôtel Mondial vont dans le bon sens. Il faut aussi mieux gérer le parc existant : favoriser les parcours résidentiels, permettre à des seniors de quitter de grands logements pour des appartements plus adaptés, libérer des biens pour les familles.
Enfin, il faut encadrer plus strictement Airbnb. À Menton, près de 10 % du parc est concerné. Nous proposons une règle du « un pour un ». Au-delà d’un logement en location touristique, obligation de replacer un bien en location à l’année pour un Mentonnais.
Les crèches sont un sujet sensible. Sandra Paire nous confiait : « elles ont des amplitudes horaires qui ne correspondent pas aux besoins des parents. » Que répondez-vous ?
La réalité est souvent mal connue. La liste d’attente a été divisée par deux sur la mandature grâce à une meilleure gestion des contrats. Aujourd’hui, la commune est à 100 % de sa capacité autorisée par la PMI (Protection maternelle et infantile) et la CAF (Caisse d’Allocations familiales). Nous avons lancé un projet de vingt-deux berceaux dans la vallée du Borrigo. Nous voulons aussi diversifier l’offre avec une maison d’assistants maternels et recréer une halte-garderie, absente actuellement, pour répondre aux besoins ponctuels des familles.
Et pour les seniors ?
Renforcer le maintien à domicile, soutenir les aidants, développer des services de convivialité, et créer une résidence seniors non-médicalisée, différente d’un EHPAD (Établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes), permettant de vieillir dans un cadre sécurisé et humain.
La sécurité reste une préoccupation forte. Quelles sont vos priorités ?
Il faut augmenter les effectifs, mais de façon réaliste. Passer de trente-quatre policiers municipaux à environ quarante est un objectif crédible. Surtout, il faut réorganiser les équipes pour renforcer la présence pédestre, terminer le déploiement de la vidéosurveillance et installer des bornes d’appel d’urgence, notamment près des écoles.
Nous voulons aussi créer un conseil local de prévention de la délinquance, associant police nationale, acteurs sociaux et élus. La sécurité, ce n’est pas que des chiffres, c’est aussi de la prévention et du lien.









Commentez l'actualité
Vous ne pouvez plus réagir 20 jours après la publication de l'article. Les contenus insultants ou diffamatoires ne seront pas autorisés, idem pour la publicité et les liens web. En cas de problème ou de contenu illicite, contactez-nous.