Municipales 2026 - À Nice, Eric Ciotti joue gros lors des municipales, au point que ce scrutin pourrait donner raison ou tort à son pari d’« union des droites » avec le RN. L’UDR, le parti qu’il a fondé après son départ de LR, présente 90 têtes de listes, mais c’est bien la cinquième ville de France qui doit servir de test décisif. Au Havre, un candidat soutenu par l’UDR pourrait aussi peser sur l’avenir politique d’Edouard Philippe.
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Favori dans les sondages à Nice, possible trouble-fête au Havre pour Edouard Philippe, mais toujours rejeté par une partie de la direction des Républicains : l’heure de vérité approche pour Eric Ciotti et sa stratégie d’alliance avec le Rassemblement national.
Nice, le test majeur
Même si l’UDR (Union des droites pour la République) présente 90 têtes de listes aux municipales, le scrutin niçois concentre l’essentiel des regards. C’est lui, surtout, qui doit trancher sur la pertinence du choix assumé par le député des Alpes-Maritimes depuis son départ rocambolesque de LR il y a bientôt deux ans.
Dans son entourage, un succès à Nice est présenté comme un marqueur politique au-delà de la ville. « validerait notre choix pour la recomposition de la droite », confirme-t-on, même si la priorité affichée reste d’abord locale : déloger le maire sortant Horizons Christian Estrosi, plutôt que d’entrer dans une lecture nationale de l’élection.
Samedi, nous étions réunis pour parler de Nice et de son avenir.
Baisse immédiate de la fiscalité locale, nouveau quartier d’affaires, renforcement de la police municipale et nouveau Palais des Sports… Ensemble, nous bâtissons la Nice de demain !https://t.co/lXZfbkzOTY— Eric Ciotti (@eciotti) March 3, 2026
Le calcul : s’il s’impose à Nice face à Christian Estrosi, Eric Ciotti sortirait renforcé et relancerait son opération séduction pour attirer des élus menacés par le RN, tentés de s’abriter derrière une stratégie évitant, comme à Nice, l’apparition d’une liste concurrente à leur droite.
Chez LR, la crainte d’un précédent qui fissure le parti
Dans les rangs LR, la perspective d’un succès de l’UDR à Nice est vécue comme un risque de contagion. « On aura ouvert la boîte de Pandore », craint Michèle Tabarot, députée LR des Alpes-Maritmes, qui reproche à la direction de ne pas avoir pris des mesures assez tôt contre des LR ayant rejoint ou soutenu Eric Ciotti, comme les eurodéputés Laurent Castillo ou Christophe Gomart.
Elle souligne une différence de traitement au sommet du parti : « Le député Jean-Didier Berger a été sanctionné dans la seconde lorsqu’il a rejoint le gouvernement la semaine dernière mais la direction du parti n’a pas réagi aux alertes qu’on leur envoyait au fur et à mesure sur Nice », déplore-t-elle, convaincue que le scrutin niçois constitue « un laboratoire » d’une éventuelle union de la droite et du RN.
Autant dire qu’une victoire d’Eric Ciotti a Nice pourrait raviver les tensions internes, avec le risque de nouvelles défections. Et elle relancerait, dans le même mouvement, le débat sur une alliance avec le Rassemblement national, à un an de la présidentielle.
Un cadre LR s’empresse toutefois de minimiser l’impact d’un succès niçois. « Il confirmerait une démarche purement personnelle visant à éviter d’avoir une liste concurrente du RN qui l’empêcherait de gagner », estime ce responsable, qui dit ne percevoir aucune dynamique UDR ailleurs.
Dans le camp du maire sortant, un proche de Christian Estrosi insiste aussi sur cette dimension individuelle, estimant qu’une victoire de son rival « le propulserait comme candidat potentiel à Matignon si Jordan Bardella l’emporte en 2027 ». L’entourage du député des Alpes-Martimes balaie cet argument et présente la Riviera comme le lieu « où la recomposition de la droite est en train de se produire avec l’UDR, qui a pris la place de LR ».
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À l’inverse, une défaite pourrait couper court au projet d’« union des droites » avec le RN. « Ce serait son deuxième revers et il devra rendre des comptes à Marine Le Pen », affirme un proche de Christian Estrosi, rappelant que son rival n’avait obtenu qu’une quinzaine de députés lors des législatives anticipées de 2024, un nombre insuffisant pour donner à Jordan Bardella la majorité absolue qu’il convoitait.
« Il a joué son avenir à la roulette. Pour lui, soit c’est rouge, soit c’est noir », ajoute-t-il. Un cadre LR pointe de son côté les difficultés pour le RN et ses candidats de s’imposer lors de duels au second tour si la gauche se désiste ou appelle à faire barrage.
Au Havre, l’UDR vise aussi le fief d’Edouard Philippe
Mais l’UDR pourrait aussi peser ailleurs, et c’est au Havre, très loin de Nice, que le parti de Eric Ciotti pourrait jouer un rôle déterminant pour la présidentielle de 2027.
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Donné à 18% dans un sondage récent, Franck Keller pourrait mettre hors course le sortant Edouard Philippe, qui a laissé entendre qu’il renoncerait à la course à l’Elysée s’il n’était pas reconduit dans sa ville.
Une source UDR s’en réjouit : « L’UDR, c’est le cauchemar d’Horizons », le parti d’Edouard Philippe dont Christian Estrosi est vice-président. « On va se débarrasser du numéro 1 au Havre et du numéro 2 à Nice ».
Ce qui est important
- À Nice, le résultat d’Eric Ciotti est présenté comme le test central de sa stratégie d’« union des droites » avec le RN, avec un impact potentiel sur la recomposition de la droite.
- Chez LR, une victoire de l’UDR à Nice est redoutée comme un précédent susceptible de raviver les tensions et d’alimenter le débat interne sur une alliance avec le Rassemblement national, à un an de la présidentielle.
- Au Havre, la candidature de Franck Keller, donné à 18% dans un sondage récent, pourrait peser sur l’avenir d’Edouard Philippe, qui a lié sa trajectoire nationale à sa reconduction municipale.
Nice-Presse avec agence
Municipales 2026, qui sont les candidats déclarés à Nice ?
- Christian Estrosi (Les Républicains-Horizons)
- Éric Ciotti (UDR-Rassemblement national)
- Juliette Chesnel-Le Roux (Socialistes, communistes, Verts)
- Mireille Damiano (La France Insoumise, Viva)
- Céline Forjonnel (Démocratie directe)
- Cédric Vella (Reconquête)










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