Saint-Roch. La lumière automnale éclaire les bâches rouges et blanches, la brise balaie sans relâche la place. Bernard Chaix s’installe face à nous sur la terrasse de L’Entre Nous. Homme fort de la campagne d’Éric Ciotti pour les municipales 2026, le député UDR revient sur les polémiques locales, l’avenir de la Métropole et les grands axes de la bataille électorale qui s’annonce.
Votre permanence a été vandalisée à plusieurs reprises, et dernièrement, votre magasin a été tagué de mensonges. Qu’est-ce que cela traduit du climat à Nice ?
Que l’on m’attaque, moi, c’est une chose. Mais que ma famille soit prise pour cible, c’est intolérable. Une fausse information a été fabriquée de toutes pièces et relayée par des élus proches du maire. Le procureur de la République a réagi très vite pour confirmer qu’aucune affaire ne concernait ni moi, ni mes proches. Je regrette profondément que Christian Estrosi n’ait pas supprimé son tweet. Cela nous a conduits à déposer plusieurs plaintes pour diffamation. Certains élus m’ont écrit en privé pour dire que « la famille, c’est sacré », mais dans le même temps, ils continuaient de partager la photo et le message du maire…
Christian Estrosi dit qu’il ne fera pas campagne avant février et qu’il n’a « pas peur de perdre ». Êtes-vous si mal en point ?
Je ne crois pas. Le meilleur sondage, c’est celui de la rue. Et là, les Niçois nous disent que la page doit être tournée. Peut-être que le maire pense avoir déjà gagné, mais la colère gronde. Nous, nous leur parlons depuis longtemps. Pas seulement en campagne.
Quel regard portez-vous sur les listes de gauche qui se forment ? Une LFI et une écolo-socialiste plus radicale qu’attendu…
Je souhaite qu’elles aillent jusqu’au bout et qu’elles se maintiennent au second tour, comme elles le martèlent depuis des semaines. C’est leur droit, leur programme. Qu’elles assument leurs positions. Y compris des mesures irréalistes, comme l’interdiction des jets privés. Le moment du débat viendra.
Quelles sont les principales remontées que l’on vous fait sur le terrain en ce moment ?
Sur le plan national, c’est une incompréhension totale : retraités, actifs, chefs d’entreprise, tous expriment colère et désillusion. Localement, le constat est clair : sentiment d’abandon dans les quartiers périphériques, insécurité persistante, ville mal entretenue. Les Niçois ont compris que tout est fait pour la façade maritime et l’hypercentre, sur fond de communication. Dans la vie quotidienne, rien ne s’améliore.
La campagne d’Éric Ciotti est en partie axée sur les difficultés du commerce. Pourquoi ce choix ?
Dans les quartiers excentrés, les commerçants me disent que tout est concentré sur l’hypercentre. Et dans l’hypercentre-même, ils se plaignent du plan de circulation. L’activité recule partout : rue Paradis, rue Longchamp, le phénomène est flagrant. Stationnement prohibitif, mobilités mal pensées, loyers trop élevés… Voilà ce qui plombe le commerce niçois.
Quelles seraient les premières mesures à mettre en place immédiatement ?
D’abord, rétablir du stationnement accessible : deux heures gratuites en voirie. C’est essentiel pour ramener du flux. Ensuite, travailler avec les propriétaires des murs pour faire baisser des loyers devenus délirants. Enfin, cesser d’implanter en rez-de-chaussée des start-up qui ferment leurs vitrines. Les pieds d’immeubles doivent vivre, avec des commerces ou des services.

Des personnalités du tissu économique ou d’associations du secteur, comme Christophe Bremard ou Jean-Marie Debaisieux s’affichent parfois à vos côtés. Votre objectif est-il de capter les réseaux de la Fédération du Commerce Niçois et de l’Artisanat (FCNA) ?
Oui. J’ai présidé l’Office du commerce et de l’artisanat, je connais bien ces réseaux. Beaucoup de présidents d’associations sont déjà à nos côtés. Ils savent que nous voulons redonner un avenir au commerce local. C’est un soutien solide pour Éric Ciotti.
Vous êtes chef d’entreprise. Que répondez-vous au monde économique qui s’inquiète de l’alliance avec le RN ?
Qu’il n’a pas de crainte à avoir. Sur le plan économique, nous sommes très clairs : nous défendons une ligne libérale, tournée vers l’entreprise. Nous voulons alléger la fiscalité, encourager l’investissement, soutenir le développement. C’est ce qui fait notre différence avec le RN, plus étatiste.
C’est pourquoi je parle d’un « rassemblement des droites » : nous avons beaucoup de choses en commun sur la sécurité, la santé, les retraites, mais nous portons une ligne économique claire, favorable au monde de l’entreprise.
Éric Ciotti appelle à réorganiser en profondeur la Métropole. Que faudrait-il changer en priorité ?
D’abord, écouter les maires. Beaucoup disent qu’ils ne sont jamais consultés. Ensuite, sortir d’une gouvernance à sens unique. La Métropole doit être repensée pour redevenir un outil au service de tous, pas d’un seul homme.
Les Républicains sont vos alliés au Département, mais contre vous, par exemple, à Menton… Comment expliquer cela aux électeurs ?
C’est du cas par cas. Partout où il y aura un candidat issu de notre alliance des droites, nous le soutiendrons. À Menton, ce sera Alexandra Masson (RN), pas un candidat Les Républicains (Louis Sarkozy est pressenti pour l’investiture LR). À Cagnes-sur-Mer, ce sera Bryan Masson (RN). Nous assumons ces choix.
Pour que les municipales soient une réussite pour l’UDR, quels résultats faudrait-il obtenir ?
Si des grandes villes sont gagnés, comme Cagnes-sur-Mer, et que la présidence de la Métropole revient à Éric Ciotti, alors oui, ce sera une victoire historique.
Quel poids a le parti aujourd’hui dans les Alpes-Maritimes ?
Nous sommes en pleine dynamique. Les adhésions progressent, des élus nous rejoignent discrètement. Beaucoup observent, certains hésitent encore, mais les lignes bougent. L’UDR est aujourd’hui un pôle incontournable dans ce département.
Une dissolution de l’Assemblée nationale est-elle souhaitable ?
Je n’ai aucune crainte d’une dissolution. J’aime la compétition, et dans ma circonscription je ne prends aucun risque. Mais la vraie question est ailleurs : peut-on gouverner la France avec un président tombé à 17 % d’opinions favorables et un Premier ministre pur produit du macronisme ? Comment va-t-il rassembler ?
Les notes de frais d’Anne Hidalgo font polémique en cette rentrée. Vous communiquez sur une nécessité d’obtenir celles de Christian Estrosi…
Le dossier avance : il est au tribunal administratif, audiencé pour les prochaines semaines. Cela fait plusieurs années que je mène cette démarche. Une décision m’a déjà été favorable (la CADA a statué en faveur de Bernard Chaix, NDLR), mais Christian Estrosi ne s’y est pas conformé. Il aurait dû nous donner les pièces, il ne l’a pas fait, ce qui nous a contraints à lancer une nouvelle procédure. J’espère que cette fois-ci, nous pourrons enfin avoir connaissance de ces notes de frais. Et en informer les Niçois.





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