Député de la VIe circonscription depuis 2022, réélu l’an passé, Bryan Masson vient de se déclarer candidat à la mairie de Cagnes-sur-Mer. Circulation, lutte contre la délinquance, Métropole niçoise… Ses priorités, ses projets pour « remettre la ville en mouvement ».
C’était un secret de polichinelle, mais vous avez officialisé votre candidature ces derniers jours. Pourquoi était-ce le bon moment, selon vous ?
Il fallait le temps de bien réfléchir et de savoir où je voulais emmener ma ville. Après trois ans comme député, toujours au contact des Cagnois sur le terrain, j’ai entendu une aspiration claire : le besoin d’un nouveau souffle. Beaucoup m’ont dit qu’il serait utile que je me positionne lors des municipales. Je me lance avec un projet d’union et de rassemblement.
Est-ce une décision personnelle ou une pression de votre parti, le RN ?
Il n’y a eu aucune pression extérieure. Cette candidature est le fruit d’une décision personnelle, une véritable rencontre entre moi et moi-même. Une élection municipale, c’est s’engager dans une aventure rude, profondément locale, qui exige de l’énergie et une volonté claire. J’ai choisi de le faire parce que je crois que c’est le bon moment pour Cagnes-sur-Mer.
Certains vous reprochent d’avoir déjà été élu à Saint-Laurent-du-Var avant votre élection à l’Assemblée…
J’assume totalement mon parcours. Je suis né à Cagnes, j’ai grandi entre Cagnes et Saint-Laurent, et lorsque je me suis présenté là-bas en 2020, c’était simplement parce que j’y habitais. Deux ans plus tard, j’étais élu député de la circonscription, avec Cagnes comme cœur naturel. Ce n’est pas un reproche, c’est une richesse : je connais parfaitement le territoire, ses communes voisines et leurs habitants. Aujourd’hui, je reviens là où tout a commencé.
Que reprochez-vous à Louis Nègre, le maire depuis 1995 ?
Je respecte son parcours, et ce qui a été fait dans les premiers mandats. Mais les deux derniers ont marqué une vraie rupture avec la réalité des Cagnois. On a perdu en proximité, en qualité de vie, en attractivité, en sécurité. Trente ans, c’est suffisant : il est temps de tourner la page et d’ouvrir un nouveau cycle avec une génération différente et de nouveaux projets.
Vous évoquez la sécurité. Dans les derniers classement, Cagnes-sur-Mer est pourtant désignée comme la ville la plus sûre de toute la région Provence-Alpes-Côte d’Azur…
Ce classement est biaisé, il manque des données locales. En réalité, si Cagnes paraît sûre, c’est surtout parce qu’il ne s’y passe plus grand-chose. Dès qu’on sort le soir, la ville est vide. On a perdu nos grandes festivités, et aujourd’hui elle vit deux mois par an, pas davantage.
La sécurité, ce n’est pas l’absence d’animation, c’est une ville dynamique et apaisée toute l’année. Or on a démantelé la police municipale : de 60 agents, nous sommes passés à 35, sans brigade de nuit ni d’unité cynophile. Les caméras ne remplacent pas des patrouilles. Je veux réarmer une police municipale 24h/24, recréer une brigade de nuit, renforcer les effectifs et cibler les secteurs sensibles. Cagnes-sur-Mer a besoin de bleu dans ses rues.
Quelle sera votre priorité absolue si vous êtes élu ?
Le stationnement, parce que c’est le nerf de la vie quotidienne et du commerce. Aujourd’hui la délégation au privé « agit en cow-boy ». Une minute de retard et l’amende tombe. On crée du stress, on fait fuir les clients, on pénalise les familles. Je veux plus de places, des tarifs apaisés.
Concrètement ?
Je lancerai un parking en ouvrage dans le centre-ville, place Sainte-Luce, et je transformerai la surface, que je végétaliserai. Je réhabiliterai le parking délaissé (le Renault Minute du Cros) pour ajouter des niveaux et des places. Je mettrai en place une heure de gratuité partout où c’est possible et je reverrai les tarifs avec les commerçants. C’est simple, visible, mesurable.
L’écoquartier Canebiers-Villette est parfois encensé, et suscite parfois l’inquiétude. Quelle est votre ligne ?
La part de logements sociaux prévue va bouleverser l’équilibre et fragiliser les commerces existants. Tant que l’on n’a pas repris la main pour loger d’abord des Cagnois, on fabrique de la paupérisation. Je n’accepte pas que l’on dégrade un quartier au nom d’un affichage.
Vous ciblez également le commerce, qui aurait perdu de sa superbe. Comment le relancer ?
Nos centres-villes se vident, pendant que les grandes zones commerciales attirent avec trois heures de stationnement gratuit. On ne peut pas rivaliser sans une vraie politique de parking accessible et attractif. Il faut aussi relever le niveau de l’offre : le boulevard Maréchal Juin ne peut pas se limiter à des barbers et des chichas. Je suis né à Cagnes-sur-Mer en 1996. Je l’ai connu animé, commerçant, vivant. Il doit redevenir une artère forte, capable d’attirer des enseignes de qualité.
Sur la question de la jeunesse et du sport, que promettez-vous aux clubs et aux familles ?
Le stade du Cros est fermé depuis des années, c’est un symbole d’abandon. Je veux en faire un grand complexe sportif, multi-activités, capable d’accueillir clubs et familles toute l’année.
Les associations manquent de salles, les jeunes manquent d’infrastructures : il faut leur redonner des espaces dignes. Nous rénoverons aussi le Parc des Sports Pierre Sauvaigo, qui est vétuste, et où il n’y a même plus de mur d’escalade.
Villeneuve-Loubet a su investir, pourquoi pas Cagnes ? Le sport doit redevenir une fierté pour la ville.
Nous avons également comme projet de s’inspirer du Summer Vibes Festival de Fréjus. C’est-à-dire plusieurs jours de festivals sur l’hippodrome. On va faire venir de grandes célébrités, des groupes, et organiser un concert géant l’été. C’est notre fierté, il doit rayonner.
Vous parlez d’une ville qui se meurt. Comment comptez-vous la « réanimer » ?
Cagnes a perdu ses grandes festivités et vit deux mois par an, le reste du temps, c’est le désert ! Les commerces ferment, les plages privées aussi, et même le Haut-de-Cagnes est abandonné, faute de stationnement. C’est aberrant pour une station balnéaire.
Il faut redonner du souffle : réinvestir massivement dans la culture et les événements, repenser la circulation et envoyer des signaux clairs, comme arrêter de faire payer le stationnement aux infirmières. Bref, il faut changer d’époque.
L’arrivé de la ligne 4 du tram est attendue depuis de nombreuses années. Quel est votre regard sur ce projet majeur ?
Un tram à un milliard d’euros, c’est une belle promesse, mais qui va payer ? La Métropole est déjà endettée à hauteur de 3 milliards. On a vu l’échec de projets coûteux comme l’Arenas, censée attirer des entreprises. Avant d’annoncer un tramway, il faut dire comment on le finance et avec quelle utilité réelle pour les Cagnois.
Aujourd’hui, certains quartiers comme le Val de Cagnes n’ont même pas de ligne de bus. Pourtant, nous écrivons régulièrement à Lignes d’Azur pour reconnecter nos quartiers. La priorité, c’est d’abord une offre de transports digne de la deuxième ville de la Métropole, pas les annonces déconnectées.
Justement, quelles relations avec la Métropole Nice Côte d’Azur comptez-vous avoir si vous êtes élu ?
Le modèle actuel concentre tout sur Nice, la fameuse « ville-centre ». Je défends une gouvernance d’agglomération, où chaque maire compte et où les moyens se répartissent équitablement. Cagnes est la deuxième ville : notre voix sera clairement entendue. Je porterai des exigences très concrètes sur la propreté, le retrait des encombrants, la voirie, les transports. Cela sera la fin de la politique du « merci pour tout ».
Avec qui allez vous partir ? Certains s’interrogent sur la position de Jean-Pierre Woignier (à la tête d’un collectif citoyen) que l’on suppose déjà sur votre liste…
C’est à lui de prendre sa décision. Il nous a remis ses propositions, nous partageons de nombreuses idées. Il est le bienvenu. Notre équipe mêlera expérience et nouveaux visages. Des personnalités locales nous rejoignent déjà et vont bientôt l’annoncer publiquement.



« Une rencontre entre moi et moi-même » : c’est le choc des égos ! Peut-être faudrait-il aussi rencontrer les électeurs, leurs problèmes et leurs aspirations, non, avant de se mettre ainsi en avant ?