Quartier populaire niçois, La Madeleine s’est façonné au fil d’un siècle et demi de cultures maraîchères, d’ateliers d’artisans puis d’industries installés le long du vallon. Retour sur sa riche histoire avec Véronique Thuin-Chaudron, guide au sein du groupe « Recherche et inventaire » de la municipalité.

Avant d’être un boulevard animé, la Madeleine fut un vallon presque rural, resserré entre les pentes abruptes de Bellet et de Saint-Pierre-de-Féric. « Cinq carrières d’argile occupaient les lieux dès la seconde moitié du XIXᵉ siècle » retrace Véronique Thuin-Chaudron.

On y fabriquait des briques, puis, juste avant la Première Guerre mondiale, une société de marbres et pierres artificielles s’est installée au 91, chemin de la Madeleine.

Un vallon façonné par l’argile, l’eau et les ateliers

Le bâtiment abritera plus tard la Société cartonnière des Alpes, célèbre pour ses coffrets destinés à la parfumerie, et aux pâtes Aquila. Le torrent du Magnan, souvent à sec mais capable de colères subites, faisait tourner moulins, vanneries et ateliers de meubles.

« Le quartier devient industriel presque naturellement, en profitant de la force de l’eau » explique la guide. Ici naissent de grandes teintureries et blanchisseries, dont Bleu de France, rayonnant sur tout le Sud-Est.

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Le boulevard de la Madeleine en avril 1952 (Photo Archives Nice Côte d’Azur)

Plus bas, d’autres odeurs s’échappent, celles de la distillerie Bianchi ou des biscuiteries Hugues et Ruhland, capables de produire 200.000 biscuits par jour ! Le vallon bruisse de machines, de scieries, de carrosseries, et même, plus tard, des fameux meubles en formica de Culina, première usine française de cuisines intégrées.

Paysage singulier, aimé des Niçois et des hivernants

Bien avant les usines, il attire les promeneurs. Le philosophe Joseph de Maistre évoquait ses « douces promenades dans l’ombre du Magnan », un coin frais, sans palmiers, pareil à ces « vallons obscurs » où Nice trouvait son romantisme.

Mais ce décor n’a pas toujours été docile, comme en atteste la crue destructrice et meurtrière du Magnan en 1909.

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Les travaux de couverture du vallon de Magnan en 1942 (Photo Archives Nice Côte d’Azur)

« Un restaurateur du quartier avait installé tables et chaises dans le lit asséché. Mais en quelques minutes, l’eau avait tout emporté, avec l’un de ses fils. » Une tragédie restée gravée dans les mémoires.

Au début du XXᵉ siècle, une ligne de tramway remontait également le boulevard. Sa petite gare, héritage préservé, rappelle que le vallon était aussi une porte vers l’arrière-pays, avant même les rails du Train des Pignes.

Traditions, migrations et assimilation

La Madeleine porte le nom de sa chapelle, l’église Sainte-Marie-Madeleine, née en 1619, remaniée au fil des siècles, et vrai cœur spirituel : chaque 22 juillet, on y fêtait la sainte patronne, entre danses et croyances populaires.

Au début du XXᵉ siècle, le quartier accueille Italiens, Russes, Grecs, puis Arméniens après 1915. Ces derniers bâtissent la Cité arménienne, une école, une église. Ils travaillent dans les ateliers, deviennent Niçois, notamment par le sport, tout en préservant leur mémoire.

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L’église de la Madeleine avant 1907 (Photo Archives Nice Côte d’Azur)

Plus tard, les années 1960-1970 voient surgir grands ensembles, nouveaux commerces, facultés toutes proches. Le quartier se densifie, se rajeunit, sans jamais effacer les traces des ateliers ou des maisons modestes accrochées aux pentes.

Héritage encore bien visible

Aujourd’hui, il continue de changer, sans renier ce qui l’a construit. Le boulevard s’est métamorphosé, les activités industrielles ont laissé place à des commerces, des écoles, des logements où se croisent étudiants, familles et figures anciennes.

Mais derrière les façades, l’histoire apparaît encore, à travers ces anciennes rambardes de la Promenade des Anglais jonchées le long du Magnan, une maison décorée d’une fresque japonaise ou encore le savoir-faire du dernier moulin génois encore en activité !

« Tout parle de travail, de migrations, de résilience » résume Véronique Thuin-Chaudron. Un quartier populaire au sens noble, où chaque génération a laissé sa marque et continue de le faire. En préservant notamment son patrimoine, à l’image de ses riverains qui ont récemment été entendus pour que leur gare ne soit pas détruite. C’est aussi ça, l’esprit de la Madeleine.

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Né à Nice et diplômé de l'EDJ Nice, Romain Boisaubert couvre l'actualité des Alpes-Maritimes depuis 2014. Après avoir fondé la rubrique « Nos Quartiers » pour Nice-Presse, il dirige Menton-Presse depuis 2026. Expert de la vie locale, de la politique et du patrimoine azuréen, il est présent quotidiennement sur le terrain, de Menton à la Riviera. Engagé pour un journalisme responsable, il est signataire de la Charte de Déontologie de la rédaction.

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