❝ L'invitée du dimanche -- Vaste programme de transition numérique pour nos aînés, évène­ments prévus cet été et grands ensei­gne­ments du Covid : Françoise Monier, adjointe au maire déléguée à l'Intergénérationnel et aux seniors, revient avec Nice-​Presse sur un an de crise et de projets.


NICE-​PRESSE. Quels ensei­gne­ments tirez-​vous de la crise sanitaire dans laquelle nous étions depuis un an ?

Françoise Monier : "À Nice, nous avons 100.000 seniors. Notre préoc­cu­pation de tous les jours, c'est de savoir comment les accom­pagner dans cet 'été indien', ces vingt ou trente belles années, voire plus, qui les attendent après la retraite. 

Avec une attention parti­cu­lière pour tous ceux qui sont seuls."

Justement, après la canicule de 2003, le président Chirac alertait déjà sur l'isolement des personnes âgées et la dégra­dation du lien social entre généra­tions. Qu'en est-​il aujourd'hui, d'après vous ?

"Parfois, les enfants se disent qu'ils peuvent attendre encore un peu avant d'appeler leurs parents… et dix jours passent. L'isolement se développe aussi comme cela. 

Aujourd'hui, la prise de conscience n'est plus la même, puisqu'il y a eu un réel accom­pa­gnement à tous les niveaux ces derniers mois. 6.000 personnes âgées à Nice sont consi­dérées comme très isolées, certaines n'ont que leur téléphone fixe ou la télévision comme compagnie. Nous avons pris de leurs nouvelles et nous les avons soutenues pendant toute cette année de crise. Ils attendait les appels de la Ville avec impatience, ou leur 'petit mail' chaque semaine.

"La diffi­culté est parfois de faire entrer dans un groupe, dans une commu­nauté rassu­rante, des personnes qui n'osent plus le faire" 

Françoise Monier

C'est à nous de les y accom­pagner, pour leur apporter sourire et bonheur."

Quels dispo­sitifs sont amenés à perdurer ?

"La fracture numérique est pour certains encore plus impor­tante que ce que nous pensions. Nous allons donc poursuivre les ateliers dans lesquels des étudiants vont devenir les 'parrains' de personnes âgées pour les aider à appré­hender les nouveaux usages : Whatsapp, la visio, la prise de photos…

Pendant le confi­nement, nous abordions en vidéo à la fois le sport, la culture, nous propo­sions ou encore des quizz. 20.000 seniors ont regardé nos tutoriels, il y a une vraie demande de leur part.

Nous organisons également les rendez-​vous 'Rencontrons-​nous'. Pendant les confi­ne­ments, les agents de la Ville ont téléphoné chaque semaine à tous les seniors isolés. Certains se sont également appelés entre eux. Pour faire perdurer tout cela, nous proposons des rencontres à des groupes de neuf. C'est comme cela que l'on crée du lien. Ce sont des moments simples, conviviaux."

La Ville plancherait sur une grande transition numérique…

"Tout à fait, nous allons lancer un grand plan numérique en septembre. Les seniors pourront à la fois suivre des forma­tions sur la maîtrise de leurs smart­phones, des ordina­teurs, des emails, de la lutte contre les arnaques sur le web, et bénéficier de nouveaux outils sur des plate­formes dédiées"

Françoise Monier

Les modalités d'inscription à l'office municipal vont évoluer. Les files d'attente, c'est terminé. Elles généraient de la frustration et de la fatigue. Nous allons donc faire passer ce processus par téléphone et sur Internet. Nos bureaux ne seront acces­sibles que sur rendez-​vous, pour des raisons précises.

"L'idée n'est pas de mettre des machines là où il y avait de l'humain, mais d'agir pour l'autonomie"

François Monier

À côté de cela, nous allons inverser notre logique. Pendant longtemps, il y avait beaucoup d'activités proposées en centre-​ville et il fallait s'y déplacer pour y accéder. Dans les mois qui viennent, nous irons encore davantage dans des quartiers comme les Moulins ou dans le colli­naire, à la rencontre de tous avec beaucoup de proximité.

Nous travaillons également sur un principe de 'référents seniors', présents partout en ville, pour maintenir le lien et déployer de nouvelles initia­tives. Nice souhaite obtenir le label 'ville amie des seniors', cette idée fait partie de cette réflexion.

On a des milliers de cente­naires à Nice, mais aussi beaucoup de seniors actifs, qui vont pouvoir parti­ciper à de nouveaux ateliers cuisine, au Carnaval…"

À quoi faut-​il s'attendre cet été ?

"Une program­mation cultu­relle très riche a été annoncée, partout à Nice. Nous allons également organiser des évène­ments dédiés. 

Lire aussi : INTERVIEW. Robert Roux : "l’activité cultu­relle de Nice est phénoménale"

Cet été, sur une de nos plages, nous propo­serons des cours d'aquagym, des baignades encadrées pour les seniors. On aime nos galets niçois mais ils peuvent parfois décou­rager les plus âgés.

Il y aura aussi des rendez-​vous autour de la danse et de la musique, dans un esprit presque 'guinguette'. La vraie vie, c'est aussi ça."

Pendant les munici­pales, le maire proposait de créer une école pour les retraités qui voudraient découvrir un nouveau métier. Où en sommes-nous ?

"C'est le dispo­sitif 'Seniors à la fac'. Les seniors ne sont pas 'des vieux', ils sont pleinement dans la commu­nauté, dans la société, avec beaucoup de choses à transmettre. 

Pour encou­rager le contact et le dialogue entre les généra­tions, nous allons proposer à certains d'entre eux de revenir sur les bancs de la fac. 

Droit, économie, philo­sophie… ils pourront suivre diffé­rents cours dans les campus parte­naires, avec à la clé des cursus diplô­mants. Et puis ils feront leur rentrée comme les autres, avec une petite carte d'étudiant !

Nous allons également encou­rager des seniors et des étudiants à jouer ensemble au théâtre. C'est par ce type d'échanges que l'on crée une société plus humaine."

Propos recueillis par Clément Avarguès le 28 mai 2021

Réagissez