Pierre Assouline était invité du Festival du Livre - dont Nice-Presse est partenaire - pour présenter son roman « L’annonce » (éd. Gallimard) , récit poignant tissant un lien intime entre grande histoire et destins individuels. Des années 1970 à nos jours, son héros découvre en Israël les bouleversements d’une société façonnée par les guerres. Rencontre.
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« L’annonce » explore la société israélienne à travers le regard d’un homme de retour après cinquante ans. Pourquoi ce choix du temps long ?
Le temps permet une réflexion sur l’évolution profonde des êtres et des sociétés. Israël est unique car saturé d’histoire. Un penseur juif disait : « Le problème des Juifs, c’est qu’ils ont trop d’histoire et pas assez de géographie ». Cette densité historique rend Jérusalem presque irrespirable. Entre 1973 et 2023 (la Guerre du Kippour puis les attentats du Hamas, NDLR), malgré des changements physiques évidents, les qualités humaines profondes demeurent intactes.
Quelle évolution majeure retenez-vous de ces cinquante années ?
En 1973, l’État d’Israël avait seulement 25 ans, une génération à peine. Aujourd’hui, à 75 ans, ce pays a radicalement changé. À l’époque, l’esprit pionnier était encore vif, lié à l’idéal du kibboutz, au socialisme de David Ben Gourion. Désormais, Israël est devenu beaucoup plus religieux et, avant les événements d’octobre 2023, connaissait une expansion remarquable.
Votre roman évoque la violence extrême de l’attaque du Hamas du 7 octobre 2023, un « lâcher de fauves ». Comment percevez-vous cette violence, en dehors-même de l’humanité ?
Cette violence extrême a déclenché une riposte inévitable. Aucun pays n’accepterait les massacres et les enlèvements. Ce qui a changé fondamentalement depuis cinquante ans, c’est le passage d’un idéal à une société confrontée à une haine persistante, profondément antisémite, qui s’étend désormais à travers les réseaux sociaux et au sein de certaines populations européennes, ou américaines.
Votre roman met aussi en scène une histoire d’amour. Est-ce une façon de ramener un peu d’humanité dans un contexte de guerre ?
Absolument. L’amour apporte une dimension universelle et intemporelle à cette histoire profondément ancrée dans l’actualité. Les mécanismes psychologiques et humains mis en jeu montrent que, malgré la violence, la complexité humaine demeure intacte. C’est l’essence-même de ce que cherche tout écrivain.

Pourquoi avez-vous attendu si longtemps pour écrire ce roman très personnel ?
Le héros, c’est moi. J’ai attendu cinquante ans car je préfère laisser les choses mûrir. J’ai toujours plusieurs sujets en moi, mais je laisse l’un d’eux s’imposer naturellement. Celui-ci s’est révélé subitement, un an et demi avant l’actuelle guerre de Gaza, sans lien direct avec ces événements.
Malgré la gravité du sujet, vous laissez une place notable à l’humour et au décalage…
L’humour est naturel chez moi, hérité de mon père. Henri Cartier-Bresson disait qu’il faut toujours regarder la réalité de biais, jamais frontalement, pour mieux en saisir les reliefs et nuances. Même sur des sujets tragiques, cette approche est essentielle à mon écriture.
La résurgence de l’antisémitisme en France est un thème brûlant. Comment percevez-vous cette évolution inquiétante ?
L’antisémitisme français traditionnel existe depuis toujours, avec des périodes plus ou moins calmes. Mais aujourd’hui, c’est un antisémitisme musulman, souvent instrumentalisé par les Frères musulmans et exploité électoralement par la France insoumise. Contrairement à l’extrême droite identitaire, cet antisémitisme-là s’affiche ouvertement, notamment dans les manifestations et les réseaux sociaux. Cette complaisance de la gauche est extrêmement préoccupante.
Justement, comment analysez-vous l’évolution de partis comme le Rassemblement national face à cette question ?
Aujourd’hui, il est rare de trouver des déclarations antisémites chez les dirigeants du RN. À gauche, notamment chez LFI, c’est quotidien. Cette évolution marque une inquiétante banalisation à gauche d’un antisémitisme décomplexé et électoraliste. Le RN a certes ses origines douteuses, mais son discours actuel semble moins problématique que celui tenu ouvertement par certains élus de l’autre bord.



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