Elue du parti macroniste Renaissance en Seine-Saint-Denis, Shannon Seban publie un ouvrage puissant, « Française, juive, et alors ? » (éd. de l’Observatoire), véritable cri du cœur appelant au sursaut républicain « face à la montée des extrêmes et à la banalisation de l’antisémitisme ». Rencontre au Festival du Livre, dont Nice-Presse est partenaire.
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Vous définissez votre livre comme un appel au sursaut républicain. Quel message souhaitez-vous transmettre ?
Oui, c’est un cri d’alerte face aux extrêmes, politiques ou religieux, qui ont trouvé dans notre pays un terrain fertile pour déverser leur haine. La République doit être perçue comme un rempart protecteur. Aujourd’hui, dès que l’on aborde la question de l’identité, on se retrouve renvoyé à une forme de communautarisme. Or, la République devrait garantir et protéger les identités, pas les effacer.
J’évoque également la laïcité, souvent mal comprise, notamment en Seine-Saint-Denis, où elle est vue à tort comme un obstacle à la pratique religieuse. Alors qu’elle en est la garante.
Quel a été le déclic pour écrire cet ouvrage ?
J’ai été victime d’une stigmatisation violente lors de ma campagne des législatives face à Mathilde Panot (La France Insoumise, LFI), dans le Val-de-Marne. Sur un marché, j’ai été agressée verbalement aux cris de « dégage sale sioniste ». Cette violence m’a profondément blessée.
Parce que je suis juive, on m’attribuait automatiquement une position pro-sioniste et anti-palestinienne, alors que mon histoire personnelle me pousse précisément à chercher la paix entre ces deux peuples et à lutter contre toutes les discriminations.
Certains passages sont également très personnels…
Je reviens sur mes racines familiales, avec un père algérien et une mère marocaine. À la maison, nous parlions français, anglais, hébreu, arabe, mais la question religieuse n’était jamais centrale. Je refuse qu’un conflit extérieur soit utilisé pour déverser une haine antisémite ou antimusulmane ici, en France. Nous avons plus que jamais besoin de fraternité entre les peuples, et c’est précisément ce que les extrêmes cherchent à déconstruire.
Vous dénoncez notamment le rôle des réseaux sociaux dans la banalisation de l’antisémitisme.
La haine antisémite est ancienne, mais aujourd’hui, elle mute et se démocratise grâce aux réseaux sociaux. Twitter, Instagram, Facebook… Il est devenu banal d’être insulté. Je ne m’offusque même plus lorsqu’on me traite de « sale juive » en ligne. Pourtant, lorsque quelqu’un déverse sa haine ainsi, c’est souvent parce qu’il a un problème profond à régler avec lui-même.

Comment expliquer cette résurgence antisémite chez les jeunes ?
L’antisémitisme prospère sur l’ignorance. On a peur de ce que l’on ne connaît pas. La haine est devenue la réponse facile à l’ignorance. Je cite une agression que j’ai subie étudiante à Copenhague : l’homme en question ignorait même l’existence des synagogues. En tant qu’élue, j’ai la responsabilité de déconstruire cette ignorance et cette haine.
Vous dénoncez aussi la responsabilité d’une partie de la gauche dans cette banalisation. Pourquoi ce basculement ?
Je reproche au Parti socialiste (PS), historiquement républicain, d’avoir abandonné ses principes par opportunisme électoral. Aujourd’hui, la France insoumise instrumentalise le conflit israélo-palestinien à outrance. Quand Mathilde Panot ne parle que de Gaza lors d’élections françaises, c’est une insulte faite à nos concitoyens.
Vous ne croyez pas en l’évolution du Rassemblement national (RN)…
De nombreux compatriotes juifs pensent que le RN n’est plus antisémite. Certes, ils ont parfois tenu des propos républicains après l’attaque du 7 octobre 2023, mais leur ADN reste profondément raciste et xénophobe. Un voyage en Israël ne suffit pas à effacer cette histoire.
Près de 80 % des Juifs de France ne se sentent pas en sécurité. La réponse des autorités est-elle réellement à la hauteur ?
La peur est palpable sur le terrain. Je reçois chaque jour des centaines de messages de compatriotes juifs inquiets. Notre arsenal juridique n’est pas suffisant. Je plaide pour une véritable pénalisation de l’antisionisme, qui est souvent un paravent de l’antisémitisme.
Sur le plan local, Nice s’est fortement mobilisée après l’attentat d’octobre : le drapeau israélien flotte toujours sur le fronton de la mairie malgré les pressions pour le faire retirer. Comment percevez-vous l’engagement de la ville ?
Je suis très sensible aux positions de Christian Estrosi. Je l’ai rencontré il y a quelques années : c’est un homme de conviction, de courage, qui n’a pas peur de prendre position sur des sujets clivants, notamment avec son soutien à Boualem Sansal (emprisonné par le régime algérien, NDLR). Son courage et son engagement l’honorent profondément.









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