Au cœur de la Provence, "la forêt meurt petit à petit", poussant l'Office national des forêts (ONF) à la trans­former en une "mosaïque" incluant des essences plus résis­tantes au réchauf­fement clima­tique, comme le très rare pin de Salzmann.

Julien Panchout, directeur de l'agence terri­to­riale Bouches-​du-​Rhône/​Vaucluse de l'ONF, montre les branches dessé­chées à la cime des chênes pubes­cents, leurs feuilles vertes et arrondies carac­té­ris­tiques étant toutes tombées.

L'arbre "concentre l'ensemble de la sève sur les branches basses lors des années de séche­resse" et meurt par le haut, explique-t-il.

Ce phénomène de "descente de cimes" touche déjà 80% des chênes pubes­cents de la forêt de Cadarache, à Saint-​Paul-​lez-​Durance (Bouches-​du-​Rhône) et risque de concerner de plus en plus d'essences sachant que la forêt recouvre 30% du terri­toire en France.

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"50% des espèces devraient s'adapter", estime le directeur terri­torial Midi-​Méditerranée de l'ONF, Hervé Houin. "Mais pour tout le reste, il faut accompagner."

Ici par exemple, le chêne pubescent est remplacé progres­si­vement par le chêne vert, déjà endémique et plus résistant aux fortes chaleurs grâce à ses feuilles épineuses qui dégagent beaucoup moins d'eau.

D'autres espèces sont aussi en train de se développer naturel­lement dans la forêt de Cadarache comme le pin d'Alep, bien connu sur le pourtour méditer­ranéen, permettant la création d'une forêt dite "mosaïque", mélan­geant diffé­rentes essences, plus résiliente face au changement climatique.

Depuis plusieurs années, le Giec, les experts du climat mandatés par l'Onu, a classé le pourtour méditer­ranéen comme un "point chaud" (hotspot) du réchauf­fement clima­tique, avec des pénuries d'eau marquées et une menace pour la biodiversité.

Dans ce grand chambou­lement, le rôle de l'ONF est "d'accompagner cette transition" en sélec­tionnant "des arbres qui sont d'avenir" pour "constituer le peuplement de demain", défend Julien Panchout.

-  Espèces xérophiles -

A Cadarache, cette sélection s'effectue aussi grâce à une pépinière expéri­mentale fondée en 2017.

"On travaille sur la conser­vation du patri­moine génétique forestier, l'amélioration des plantes et sur les stress hydriques", énumère le respon­sable du pôle génétique de l'ONF, Jérôme Reilhan.

Sous de grandes serres, des rangées de bacs sont alignées, contenant des pousses de sapins issus de neuf endroits diffé­rents en France, 25.000 semis plantés graine par graine.

Chaque plant est analysé indivi­duel­lement pendant trois ans, afin de sélec­tionner les souches génétiques naturelles les plus résis­tantes au stress hydrique.

Les pousses ne reçoivent qu'une quantité limitée en eau : 40%, 60% ou 80% de ce que le sol peut contenir. Les pousses ayant survécu au bout de trois ans seront ensuite plantées en pleine terre et leur évolution sera de nouveau scrutée.

A quelques kilomètres de là, l'ONF a aussi déployé une parcelle conser­va­toire de pins de Salzmann, une espèce menacée tant elle est devenue rare en France.

Ce résineux filiforme aux branches tendues vers le ciel a la parti­cu­larité d'être très résistant à la séche­resse, ce qui en fait l'une des essences les plus prisées aujourd'hui par les proprié­taires fores­tiers "pour enrichir leur peuplement avec une essence adaptée au changement clima­tique", indique Bertrand Fleury, adjoint au directeur terri­torial de l'ONF.

Depuis 2021, 272.000 pins de Salzmann ont été plantés dans les forêts publiques de France, soit 2% de tous les arbres plantés, pour une essence qui ne couvrait jusqu'alors que 5.000 hectares de forêts en Occitanie.

Si l'objectif premier de la réserve est d'assurer la pérennité de l'espèce, notamment en cas d'incendie ravageant l'un des cinq sites en France où le pin de Salzmann est endémique, la collection de Saint-​Paul-​Lez-​Durance devrait également pouvoir garantir les besoins des forêts partout en France à l'avenir.

Mais pour Julien Panchout, cette grande demande d'espèces xérophiles (adaptées aux milieux secs, ndlr) ne signifie pas pour autant un appau­vris­sement de la diversité des forêts.

Il parle plutôt de "rempla­cement d'essences": certaines "en limite d'aire de répar­tition, donc qui vont avoir tendance à mourir, et d'autres qui vont venir prendre leur place petit à petit".

L'objectif final étant de "garder une forêt qui soit adaptée au climat futur", et résiliente pour les cent prochaines années.

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