À Aix-en-Provence, un vaste projet immobilier menace de transformer les paysages qui ont inspiré Paul Cézanne. Des collectifs dénoncent une artificialisation nuisible à l’environnement et au patrimoine artistique, malgré les garanties avancées par la mairie.
Aix-en-Provence : un projet immobilier de 3.600 logements pourrait altérer les paysages peints par Cézanne
Entre herbes folles et chants d’oiseaux, le terrain vallonné situé au sud-ouest d’Aix-en-Provence offre encore une vue spectaculaire sur la montagne Sainte-Victoire. Mais ce panorama, immortalisé par Paul Cézanne dans plus de cinquante tableaux, pourrait bientôt être irrémédiablement transformé.
Un projet d’aménagement urbain, porté par la municipalité, prévoit la construction de 3.600 logements, 6.000 m² de commerces et 70.000 m² de bureaux d’ici 2040. L’opération vise un terrain de 40 hectares, enclavé entre deux autoroutes, à une demi-heure à pied du centre-ville. Elle pourrait accueillir jusqu’à 12.000 habitants.
Des collectifs vent debout contre une urbanisation jugée destructrice
Architectes, écologistes et défenseurs du patrimoine cézannien s’opposent fermement à ce qu’ils considèrent comme une atteinte irréversible à un site historique et artistique majeur.
« Détruire les motifs cézanniens, c’est quelque chose de choquant : c’est un patrimoine très important pour Aix-en-Provence, qui attire beaucoup de touristes », déplore Didier Bonfort, de l’association Sauvegarde des paysages de Cézanne.
Le collectif rappelle que 52 tableaux du maître impressionniste provençal ont été peints depuis ce point de vue. Il critique aussi l’absence de cette zone dans l’exposition-événement consacrée à Cézanne, organisée dans le cadre de « l’année Cézanne » par la municipalité.
La mairie défend une compatibilité entre développement urbain et préservation artistique
La maire UDI Sophie Joissains assure que les précautions nécessaires ont été prises pour respecter les paysages cézanniens. « La municipalité n’a eu de cesse de rendre compatible l’héritage de Cézanne avec la nécessaire extension de la ville », explique Isabelle Loriant-Guyot, chargée de communication à la mairie.
Elle souligne que le projet préserve les massifs boisés, les propriétés privées et les perspectives patrimoniales. Une expertise a été menée par Denis Coutagne, historien de l’art et spécialiste reconnu de Cézanne.
« Pour l’essentiel, les sites cézanniens ne seront pas en péril mais enfin mis en valeur », affirme ce dernier. Il estime même que le projet permettra de rendre accessibles au public certains points de vue oubliés, actuellement situés sur des terrains privés ou en bordure d’autoroute.
40 hectares menacés : une artificialisation qui inquiète les écologistes
Mais au-delà de l’enjeu culturel, le projet soulève des préoccupations écologiques. En mars, la préfecture a donné son feu vert, assorti de nombreuses dérogations à la protection des espèces menacées présentes sur le site : tulipe sauvage, rainette méridionale, orvet fragile, chouette hulotte…
« C’est une zone humide qui joue un rôle écologique essentiel. Son état naturel actuel est volontairement maintenu, et il est nécessaire », alerte Stéphane Salord, co-président de l’association Arc fleuve vivant.
« C’est un projet très obsolète, comme on n’en fait plus. Artificialiser 40 hectares, ça n’a plus de sens aujourd’hui », renchérit Pascal Clément, de l’association Devenir, qui dénonce une opération foncière « d’opportunité ».
Dans une ville où Cézanne est omniprésent jusque sur les affiches, le projet interroge : peut-on concilier développement urbain, respect de l’environnement et préservation d’un héritage artistique mondial ?










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