5 questions à Patrick Allemand (PS): «À Nice, l’unité nationale a sauté, les fractures remontent à loin»

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Photo : Nice-Presse

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Vendredi 16 octobre, un professeur d’histoire-géographie a été décapité à Conflans (Yvelines) dans une attaque islamiste. Le terroriste lui reprochait d’avoir enseigné la liberté d’expression à ses élèves en leur montrant, notamment, des caricatures de Mahomet. Patrick Allemand, ancien vice-président PS de la région PACA et ex-conseiller municipal niçois revient sur les jours qui ont suivi l’attaque, et comment cette dernière a été vécue dans notre ville.

1 Comment avez-vous réagi à l’attentat de Conflans?

Sans étonnement. Cette attaque montre comment l’islamisme tente de saper la République, en s’en prenant cette fois à l’école, l’un de ses piliers. C’est une horreur, parce que cet attentat qui nous frappe est un coup porté à la République de demain.

2 Vous avez critiqué l’organisation de l’hommage rendu à la victime, le professeur Samuel Paty, ce week-end à Nice. Pourquoi le temps du rassemblement n’est-il, encore une fois, pas respecté dans notre ville?

Une nouvelle fois, effectivement, parce que Manuel Valls, alors Premier ministre, avait été sifflé après l’attentat de la Promenade des Anglais. Dès vendredi (16 octobre, jour de de l’attentat ndlr) l’unité nationale a sauté dans notre ville. «L’hommage» de dimanche a été confisqué, il s’est transformé en meeting pour la droite.

«On s’attendait à un temps de recueillement, on a eu droit à une tribune politique pour des idées parfois extrêmes»

Malheureusement, face à tous les attentats que nous vivons, une banalisation s’installe. Il n’y a plus de temps pour rendre hommage et réfléchir : pour certains, la compétition électorale prend immédiatement le dessus. Les élus doivent modérer leurs propos, les réseaux sociaux amplifient déjà bien trop les choses.

On s’attendait à un temps de recueillement, on a eu droit à une tribune politique pour des idées parfois extrêmes. Un hommage pour une victime du terrorisme, c’est sérieux. La mairie aurait dû mettre sous sa protection les rassemblements, se mettre au-dessus de tout cela. Et qu’on ne sorte pas le virus comme prétexte, les gestes barrières auraient été respectés.

On a eu 5.000 personnes pour The Avener cet été, mais on n’a pas de vrai hommage pour ce professeur assassiné? Nous n’avons pas eu de réponse collective, c’est un vrai problème.

3 Comment expliquer cette fracture niçoise?

Elle remonte à loin ! La porosité entre la droite traditionnelle et le Front national y a contribué. Dès 1998, où certains élus pactisent pour prendre la Région (Christian Estrosi était alors partisan d’une alliance avec l’extrême droite, afin d’éviter que la gauche ne prenne la présidence du conseil régional de Provence-Alpes-Côte d’Azur, rembobine franceinfo:, ndlr).

4 Et maintenant, quelles solutions dans notre ville contre l’islamisme? Le problème ne se pose-t-il pas encore davantage chez nous que dans d’autres grandes villes?

Il n’y a sans doute pas de solution niçoise, même si cette problématique existe, c’est évident. En 2013, alors que j’étais vice-président du conseil régional, j’intervenais dans un lycée niçois sur le principe de laïcité. Pendant que j’expliquais que la loi est au-dessus de la foi dans notre République, je comprenais que cet instrument de liberté était vu comme une contrainte. En face de moi, chez certains élèves, il y avait de vrais regards de haine.

Attentat : le maire de Nice Christian Estrosi veut des policiers dans les collèges et lycées

Effectivement, le danger de l’islamisme radical se pose parfois peut-être plus à Nice qu’ailleurs en France. Mais face à cela, il faut imposer un discours républicain. C’est à l’Éducation nationale d’agir, et aux élus locaux de tout faire pour la soutenir. Sans envoyer des policiers dans les établissements parce que ça n’a rien d’une solution (allusion à cette proposition du maire Christian Estrosi, ndlr).

5 Depuis quelques jours, nombreux sont ceux qui dénoncent le «déni de l’islamisme» d’une partie de la classe politique ces dernières années. Le terme «islamo-gauchistes» revient également souvent. N’avez-vous pas l’impression que la gauche a été naïve, voire attentiste sur ces sujets?

Absolument pas. C’est une mise en cause injuste, la gauche a toujours été en pointe sur la défense de la laïcité. Il n’y a jamais eu de complaisance entre les socialistes et l’islamisme politique. On a plutôt eu des soucis avec ceux qui étaient trop extrêmes dans leur vision de la laïcité.

Ce que j’espère, c’est que la gauche saura se rassembler dans un tel moment pour défendre ses valeurs. En tout cas, je participerai, voire impulserai tout ce qui pourra aller dans le sens de l’unité nationale. Le pays en a besoin, Nice peut-être plus encore.

— Propos recueillis par Clément Avarguès le 19 octobre 2020

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