Les partis de gauche se sont mis d’accord sur un programme commun dans le cadre des élections législatives anticipées, sous le sigle du « Nouveau Front populaire » (NFP). Voici ce qu’il faut en retenir.
C’est une annonce attendue. Dans l’optique des élections législatives (30 juin et 7 juillet) anticipées suite à la dissolution de l’Assemblée nationale par Emmanuel Macron, les partis de gauche (PS, LFI, EELV, PCF) ont confirmé la création du « Nouveau Front populaire ».
Le programme, ou « contrat de législature » comme il a été appelé, a été présenté ce vendredi 14 juin par la coalition. Un document de vingt pages et 150 mesures. Pour le nom d’un éventuel Premier ministre, il faudra attendre.
Le pouvoir d’achat et les retraites
À propos de la question du pouvoir d’achat, l’alliance de gauche entend bloquer les prix des biens de première nécessité pour tout ce qui touche à l’alimentation, l’énergie et aux carburants. Autres promesses, augmenter le smic à 1.600 euros net et le point d’indice des fonctionnaires de 10%. Globalement, l’ambition est d’indexer les salaires et les retraites sur l’inflation.
Après deux années de hausse des factures d’énergie, les signataires de ce plan comptent annuler la nouvelle augmentation de 10% sur l’électricité intervenue le 1er février et les 11,7% supplémentaires prévus sur la note du gaz au 1er juillet. Enfin, des allocations seront réévaluées à la hausse (+10% sur les APL par exemple).
Sur le départ à la retraite, les partis souhaitent annuler les décrets de la réforme de 2023 qui font passer l’âge légal à 64 ans, pour descendre à 60 ans. Un projet qui comprendrait, entre autres, la revalorisation de la pension minimale au niveau du Smic et la prise en compte du RSA pour valider des trimestres. Précisions que les pensions suivraient la courbe des salaires et plus de l’inflation. Pour compenser, il est fait état d’une surcotisation sur les hauts salaires ou encore d’un relevé de 0,25 point des cotisations vieillesse des salariés, et ce, durant cinq ans.
Chômage et fiscalité
Autre rupture par rapport à la politique de la majorité présidentielle, la volonté d’abroger la réforme de l’assurance-chômage. Pour rappel, celle-ci vise à durcir les règles d’indemnisation pour les demandeurs d’emploi. Or, le Premier ministre Gabriel Attal a promis son application dès le 1er juillet.
L’une des mesures impactantes de ce programme n’est autre que le retour à l’ISF, l’impôt sur la fortune. Ce dernier serait renforcé par un volet climatique. En cas de succès, le Nouveau Front populaire prévoit de « réformer l’impôt sur l’héritage pour le rendre plus progressif », « d’instaurer un héritage maximum » et « d’accroître la progressivité de l’impôt sur le revenu à 14 tranches ».
Éducation et service public
Au sujet de l’école, le texte envisage la réduction du nombre d’élèves par classe, « pour passer en dessous de la moyenne européenne qui est de 19″, est-il précisé. Il se penche aussi sur « le premier pas vers la gratuité intégrale », qui engloberait « la cantine, les fournitures, les transports et les activités périscolaires ».
La gauche propose également la titularisation des accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH), une revalorisation salariale et une amélioration de la médecine scolaire. Concernant l’enseignement supérieur, elle est favorable à la fin de Parcoursup et de la sélection pour entrer dans les universités publiques, ainsi qu’à l’application du repas à un euro au Crous.
Santé
Organiser au plus vite une conférence « de sauvetage de l’hôpital public » et « revaloriser le travail de nuit et du week-end », voilà le souhait du Nouveau Front populaire. Autre point, « rattraper les postes manquants de fonctionnaires dans les cliniques publiques ». L’ouverture de centres privés serait conditionnée à « la participation à la permanence des soins et à la garantie d’un reste à charge zéro ». Face aux déserts médicaux, « une régulation de l’installation des médecins » est dans les cartons.
Guerre en Ukraine et conflit israélo-palestinien
Volet très attendu depuis l’annonce du regroupement de la gauche, la question de la politique internationale.
Sans équivoque, elle affirme « défendre l’Ukraine » face à la Russie et condamne les « massacres terroristes » commis par le Hamas le 7 octobre. En plus de réclamer la « libération des otages », le recueil exige un « cessez-le-feu immédiat » en Palestine, ainsi que la reconnaissance d’un État palestinien. Pour Israël, il prévoit une rupture avec le « gouvernement suprémaciste d’extrême droite de Nétanyahou » et la mise en place d’un embargo avec le pays pour la livraison des armes.
Politique et économie nationale
En France, le PS, LFI, EELV, PCF et les autres membres de l’alliance ont en tête « d’instaurer la proportionnelle » aux élections législatives, mais aussi de mettre « un terme au 49.3″. Cela aurait pour but d’aller « vers une VIe République » et, si l’on veut aller plus loin, « d’abolir la monarchie présidentielle » avec une nouvelle constitution proposée par une « assemblée constituante citoyenne ».
Toujours d’après le document, les entreprises devront « réserver au moins un tiers des sièges dans les conseils d’administration et en élargir les droits d’intervention dans l’entreprise » des salariés. L’obtention des aides pourra être soumise au « respect des critères environnementaux, sociétaux et de la lutte contre les discriminations ». Le remboursement des subventions sera exigé si ces contreparties ne sont pas validées.
Ajoutons qu’un « plan de reconstruction industrielle » pourrait être engagé pour réduire«la dépendance de la France et de l’Europe dans des domaines stratégiques comme les semi-conducteurs, les médicaments, les technologies de pointe, les voitures électriques, les panneaux solaires…»
Police, justice et immigration
Sur la thématique politico-judiciaire, le « Nouveau Front populaire » espère rétablir la police de proximité, augmenter les effectifs, maintenir la gendarmerie, et surtout, abroger plusieurs points : l’usage des LBD, des grenades mutilantes, la Brav-M, les « dispositions liberticides » des lois sécurité globale, sans oublier l’IGPN et l’IGGN. Un organisme viendrait les remplacer, lié à la Défenseure des droits. Une révision de la loi sur « l’ouverture du feu, pour que cessent les morts pour refus d’obtempérer », fait aussi partie des projets.
Par rapport à l’immigration, il est principalement question de défaire ce qui a été mis en place par les précédents gouvernements, en abandonnant les lois asile et immigration par exemple. La gauche met sur la table la régularisation des « travailleurs, étudiants, parents d’enfants scolarisés ». Au niveau européen, elle milite pour « un accueil digne des migrants », à travers notamment « une agence de sauvetage en mer et sur terre » et la garantie d’un « accès à l’aide médicale d’État «.
Environnement, agriculture et énergie
Au cœur de sa stratégie environnementale, « la règle verte », qui définirait un cadre juridique. On retrouve aussi une mesure visant les banques, qui auront la mission d’agir contre les risques climatiques en ne finançant pas des projets « pour les énergies fossiles ».
En revanche, le nucléaire n’est pas mentionné directement, hormis pour ce qui est de la fusion entre l’Agence de sûreté nucléaire (ASN) et l’Institut de recherche sur la sûreté nucléaire (IRSN), qui serait annulée. L’ambition est tout de même de faire de la France « le leader européen des énergies marines avec l’éolien en mer et le développement des énergies hydroliennes », sans omettre de renforcer la filière de la production d’énergie renouvelable. L’Union de gauche ne veut de l’autre côté pas entendre parler de la privatisation des barrages hydroélectriques.
Pour finir sur l’agriculture, la coalition veut sortir des « fermes usines », tout en assurant un « prix plancher et rémunérateur aux agriculteurs ». Elle souhaite surtout interdire « l’importation de toute production agricole ne respectant pas nos normes sociales et environnementales ».





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