Le littoral méditerranéen et son aménagement plus menacés par la montée des eaux et les inondations que ce que l’on pense ? Dans un rapport publié le 24 janvier, la Chambre régionale des comptes de Provence-Alpes-Côte d’Azur interpelle les collectivités.
L’automne 2024 a été particulièrement pluvieux et soumis aux intempéries dans le Sud-Est, principalement dans l’arrière-pays varois et maralpin. Plus largement, il faut rappeler la crainte de l’UNESCO vis-à-vis d’un éventuel raz-de-marrée frappant le pourtour de la Méditerranée d’ici 30 ans.
Face à ces dangers naturels, les collectivités s’organise et investissent. Mais le font-elles efficacement, et surtout suffisamment ? Ce n’est pas l’avis de la Chambre régionale des comptes (CRC) de Provence-Alpes-Côte d’Azur. Associée à celles de Corse et d’Occitanie, elle a partagé un rapport à ce sujet le vendredi 24 janvier dernier.
Dans ce document, l’organisme administratif met en garde, estimant que « l’aménagement de ce territoire […] est aujourd’hui remis en cause.» Il estime que les « collectivités, qui disposent des principaux outils de planification, n’ont pas encore pris la pleine mesure des conséquences de l’exposition aux risques liés à la mer et aux inondations. »
Il faut mieux évaluer les risques
La CRC de la région Sud observe que celles ayant l’intention d’agir « se heurtent rapidement à une insuffisance des moyens à disposition permettant de répondre à ces problématiques.» Concrètement, elle déplore un manque d’informations à propos de la vulnérabilité du littoral et des dépenses associées à la protection du territoire. Elle juge que malgré l’avancée que constitue la mise en place de sites d’alertes et d’observatoires, les données relevées restent insuffisantes.
De fait, la Chambre régionale pointe du doigt une action publique « pas à la hauteur des enjeux ». Elle regrette que les élus ne prennent pas davantage en considération « les risques de submersion et d’érosion côtière », évoquant notamment la remise en cause des dispositifs de prévention pour initier des projets d’aménagement locaux, « au mépris des dangers identifiés.»
Dans cette enquête, il est aussi question de l’imprécision « des documents de planification régionaux » et de « l’évaluation du coût de l’impact de ces périls sur les bâtiments, réseaux, infrastructures, populations, ainsi que de leurs répercussions économiques.»
Mieux aménager notre territoire
Des solutions existent pour essayer d’inverser la donne. Par exemple, il est recommandé de « transférer à tous les établissements publics de coopération intercommunale la compétence de l’urbanisme ». Cela permettrait d’établir une meilleure vision des enjeux, affirme la CRC de Provence-Alpes-Côte d’Azur.
L’aménagement du territoire s’affiche comme l’un des défis majeurs. L’institution souligne « un étalement urbain et une croissance des métropoles », principalement en région Sud. Un phénomène qui accentue les effets négatifs « liés à la surconsommation de l’espace et à l’artificialisation des sols ». De quoi accentuer la pression sur les milieux naturels, des zones déjà fragilisées par les bouleversements climatiques.
Penser plus rapidement au relogement des populations
Tout cela engendre une accentuation des menaces « de submersions et d’inondations ». La Chambre indique qu’il est « essentiel que les acteurs publics se préparent aux évolutions inévitables » du climat et des événements exceptionnels. Il est d’autant plus nécessaire de trouver des solutions, que « la charge annuelle d’indemnisation projetée pour la période 2020-2050 est de 485 millions d’euros pour les départements du littoral méditerranéen.» Une somme incluant uniquement les risques d’inondations.
D’ici 2100, la valeur des biens exposés pourrait atteindre les 115 milliards d’euros en raison de « l’effacement des ouvrages de protection.» D’où la nécessité d’aboutir à des solutions pérennes.
Une liste est dressée, comprenant en « besoin numéro 1 » pour les collectivités l’obligation de « combler le retard » dans la stratégie de la gestion côtière. Il faudrait aussi s’appuyer sur une plus grande implication de l’État et, évidemment, sur des moyens plus importants consacrés à ce sujet, via, entre autres, la « taxe sur la gestion des milieux aquatiques ». Penser à une « logique préventive de relogement » est aussi à envisager fortement. Tout un programme.



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