Chef de file du Parti communiste à Nice, Julien Picot plaide pour une union forte à gauche afin de « briser la domination historique de la droite locale ». Logement, sécurité, transports : il détaille à Nice-Presse Dimanche ses priorités à moins d’un an des élections municipales.
L’union évoquée se fait attendre : où en est aujourd’hui le dialogue entre les différentes composantes de la gauche niçoise ?
Cela se passe bien depuis plusieurs mois. Un processus de rassemblement est en cours, avec un travail en toute confiance entre les communistes, les Verts et le PS. Depuis quelques semaines, ce dialogue s’est élargi aux associations, aux autres forces progressistes ainsi qu’à des experts sur les transports, le logement et la sécurité. Viva ! et La France Insoumise participent, comme observateurs. Ils n’alimentent pas encore directement le débat, mais c’est déjà un premier pas. Nous espérons qu’ils ne reproduiront pas à Nice la situation marseillaise, avec une liste concurrente.
L’un des points de blocage pourrait être la relation à La France Insoumise. Quelle est la position des communistes à ce sujet, faut-il inclure tout le monde ou poser des lignes rouges ?
Pour nous, il n’y a aucune ligne rouge. Au contraire, nous pensons qu’il faut rassembler toutes les forces progressistes pour enfin gagner. Nice connaît une domination hégémonique de la droite depuis quatre-vingt ans. Je porte l’idée d’insuffler une culture de la victoire. Aujourd’hui, il y a une vraie opportunité face au duel fratricide Estrosi-Ciotti. Si nous dépassons les querelles d’égo, c’est possible.
Quelle est la place des communistes dans ce processus ?
Nous avons tout fait pour être le ciment de ce rassemblement. Notre logique n’est pas électoraliste, nous plaçons le débat public au-dessus des simples équilibres sur une liste. Nous souhaitons être le trait d’union entre la gauche traditionnelle et la gauche plus radicale. Il y a de la place pour tous.
Est-ce qu’il faut selon vous un profil « neuf » pour conduire la liste ?
Nous avons volontairement mis en place une stratégie qui évite d’aborder immédiatement les questions de personnes. La tête de liste est nécessaire, certes, mais si nous sommes d’accord sur le fond et travaillons ensemble, elle émergera naturellement. Il y a beaucoup de talents à gauche. Il est temps de redonner leur ville aux Niçois, plutôt qu’à quelques privilégiés bénéficiant d’un tourisme de luxe.
Vous dénoncez une économie trop basée sur le tourisme, mais que proposez-vous d’autre concrètement ?
Le tourisme doit devenir plus populaire et accessible à tous. Bien sûr, il faut préserver cette industrie majeure, mais sans en être totalement dépendants. Nice est devenue une carte postale, alors que son taux de pauvreté est largement supérieur à la moyenne nationale. Les problèmes de pouvoir d’achat, avec des loyers et une alimentation hors de prix, sont au cœur de notre démarche.
Comment sortir de cette dépendance que vous dénoncez ?
Nous voulons un véritable plan d’aménagement du territoire axé sur des transports efficaces. Il y a trop de vallées isolées, notamment à l’Est, abandonnées depuis trop longtemps. Nous militons pour un tramway efficace desservant ce secteur, accompagné d’un développement économique local avec commerces, services publics performants et davantage de culture. Il faut aussi diversifier l’économie avec une industrie moderne, créatrice d’emplois stables et non-délocalisables.
Le logement est une urgence. Que proposez-vous ?
Aujourd’hui, un lit sur deux à Nice est lié au tourisme : ce n’est plus tenable. Nous devons redonner aux Niçois la possibilité de se loger dignement en encadrant les loyers (via un plafonnement, NDLR). Cela permettrait de maîtriser les coûts exorbitants du logement, d’éviter les longs trajets quotidiens et de revitaliser la vie des quartiers.
Sur les questions liées aux transports ?
Nous défendons la gratuité des transports depuis 2001. Pour un foyer de quatre personnes, cela représente immédiatement 1000 euros de pouvoir d’achat supplémentaire. C’est faisable financièrement en déplafonnant la taxe mobilité, générant ainsi 60 millions d’euros supplémentaires.
La sécurité reste au cœur du débat. Certains accusent la gauche de manquer de crédibilité sur ce thème. Comment y répondre ?
La sûreté n’est pas un sujet secondaire pour les communistes. Chaque Niçois doit pouvoir se sentir en sécurité partout. Il faut une police de proximité efficace plutôt qu’un hôtel de police centralisé coûteux et inefficace. Renforcer la médiation et le tissu associatif dans les quartiers sensibles est essentiel pour favoriser la prévention.
La question cash – Les classes populaires préfèrent désormais le Rassemblement National. À Nice aussi ?
Les classes populaires veulent sortir de leurs difficultés et être respectées. Le RN est dans une posture démagogique : à l’Assemblée, il vote régulièrement contre les intérêts populaires, comme l’augmentation du SMIC ou l’encadrement des loyers. Être communiste aujourd’hui, c’est défendre les travailleurs, quelles que soient leurs origines, leur couleur de peau ou leur religion. Nous défendons l’unité par le travail et l’égalité réelle.





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