Municipales 2026 - À Arles, la campagne municipale se tend. Le maire Patrick de Carolis, élu en 2020, brigue un second mandat face à plusieurs anciens alliés devenus adversaires et à une gauche déterminée à reprendre la ville. Logement, attractivité touristique et climat politique alimentent un débat désormais très ouvert.
Dans les rues d’Arles, la campagne a pris un tour inattendu. Élu en 2020 avec une confortable avance, Patrick de Carolis doit désormais composer avec une opposition multiple et parfois issue de son propre camp.
L’ancien journaliste et animateur télé, aujourd’hui âgé de 72 ans, se représente pour un nouveau mandat dans cette ville de plus de 50.000 habitants. Mais son bilan est désormais attaqué de plusieurs côtés, dans un contexte politique local devenu particulièrement fragmenté.
Plus d’une dizaine de colistiers élus à ses côtés en 2020 ont quitté la majorité municipale au fil du mandat, certains remerciés, d’autres partis après des désaccords.
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A trois mois des élections municipales, ce sondage, est avant tout un encouragement à redoubler d’efforts et à poursuivre le travail engagé. Il traduit une dynamique lancée depuis 2020 et que les Arlésiennes et les Arlésiens peuvent mesurer chaque jour. pic.twitter.com/yvijguHvfr
— Patrick de Carolis (@CarolisPatrick) December 19, 2025
Une majorité qui s’est fissurée
Parmi ceux qui ont pris leurs distances figure son ancien premier adjoint Jean-Michel Jalabert, aujourd’hui candidat avec sa propre liste.
« Le maire a été de plus en plus coupé de la population », tacle-t-il.
Jean-Michel Jalabert raconte pourtant avoir soutenu Patrick de Carolis lors de son retour dans sa ville natale, parlant à l’époque d’un véritable coup de foudre politique.
Mais selon lui, après quelques années, la dynamique collective s’est dégradée. « notre majorité s’est fracturée (…) Il n’y avait plus d’équipe, plus d’échanges », affirme-t-il.
Dans son local de campagne, Patrick de Carolis poursuit néanmoins sa campagne. Silhouette élancée dans un manteau sombre, il échange brièvement avec un habitant avant d’entrer dans l’ancienne boutique qui lui sert de permanence, où deux retraitées saluent « tout le travail accompli ».
L’édile revendique son engagement politique comme une forme de retour aux sources. « J’ai un attachement à ma ville et je ne voulais pas qu’elle reste communiste », explique-t-il.
Il assure vouloir poursuivre les projets engagés durant son mandat. « Si je suis candidat pour un deuxième mandat, c’est pour continuer l’élan », dit-il, évoquant ses « grands projets », parmi lesquels des programmes immobiliers, la création d’une « halle gourmande », le développement du pôle universitaire ou encore de nouvelles zones d’activités destinées à créer « 1.000 emplois ».
Le logement au cœur des critiques
Face à lui, la gauche espère reprendre la mairie. Son principal opposant, le communiste Nicolas Koukas, conduit une liste soutenue par neuf partis, hors LFI et écologistes.
Il reproche au maire sortant de ne pas saisir les difficultés rencontrées par les habitants. « Il ne ressent pas ce que vivent les Arlésiens au quotidien », affirme-t-il.
Selon lui, la question du logement est devenue centrale dans la cité antique. « La difficulté du logement s’est accentuée », explique-t-il, estimant que l’enjeu est de rendre « la ville accessible aux Arlésiens ».
L’attractivité touristique de la ville est souvent pointée du doigt. Le développement des locations saisonnières dans le centre historique est accusé d’avoir réduit l’offre de logements pour les habitants.
En l’absence de chiffres officiels, certains estiment que les meublés touristiques pourraient représenter environ 3.500 logements dans cette commune d’un peu plus de 50.000 habitants.
Saisonnalité et tensions politiques
Autre difficulté soulevée par plusieurs acteurs locaux, la forte saisonnalité de l’économie arlésienne. L’activité touristique se concentre principalement d’avril à septembre, avec un pic pendant les Rencontres de la photographie qui, depuis plus de cinquante ans, attirent chaque été un public international.
Mais certains professionnels estiment que l’activité reste fragile le reste de l’année. Un restaurateur installé depuis une quinzaine d’années affirme qu’il n’existe pas suffisamment d’initiatives pour soutenir les établissements hors saison.
Selon lui, la ville serait devenue « un miroir aux alouettes qui attire des restaurants éphémères instagrammables, dont beaucoup disparaissent » une fois la saison terminée.
Le climat politique local est également dénoncé par certains opposants. Nicolas Koukas évoque une scène survenue après l’élection municipale de 2020.
D’après lui, la municipalité avait proposé à l’opposition « une cave sans fenêtre » pour installer son local de groupe. Après leur refus, il affirme qu’on leur a attribué un espace situé au-dessus des pompes funèbres. « Pour accéder à la salle, il fallait passer devant tous les cercueils ! », raconte-t-il.
Patrick de Carolis a également engagé un bras de fer avec la CGT en envoyant un avis d’expulsion à la bourse du travail occupée par le syndicat depuis « 126 ans ». Le maire souhaite y installer l’office de tourisme.
D’autres critiques viennent de la gauche insoumise. Jecilla Regad, candidate à la tête d’une liste d’union avec des écologistes, dénonce elle aussi un climat qu’elle juge dégradé.
« Il y a du mépris », affirme-t-elle, évoquant le départ de plus de 200 fonctionnaires territoriaux durant la mandature.
Elle reproche également à la municipalité d’avoir réduit les subventions à des associations dans les quartiers populaires périphériques, qu’elle accuse d’être considérés uniquement sous l’angle sécuritaire.
À droite, le Rassemblement national présente aussi un candidat. Rémy Benson, éleveur transhumant et seul représentant du monde agricole dans cette campagne, explique avoir parcouru les hameaux de la commune, la plus vaste de métropole avec 759 km².
Il critique lui aussi la méthode du maire sortant. « On ne veut pas faire du blabla politicien », affirme-t-il, disant vouloir s’attaquer aux problèmes du quotidien comme « les routes à nids-de-poule » ou les difficultés du petit commerce.
Ce qui est important
- À Arles, le maire Patrick de Carolis brigue un second mandat face à une opposition multiple, y compris issue de son ancien camp.
- Logement, tourisme et saisonnalité de l’économie figurent parmi les sujets majeurs de la campagne municipale.
- Plusieurs listes sont en lice, à gauche comme à droite, dans une ville politiquement très disputée.



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