Arrivée sur la Côte d’Azur depuis la région parisienne au début des années 2000, Émilie Basin n’imaginait pas un jour consacrer ses journées aux citronniers. Pourtant, sur les hauteurs de Menton, au milieu des restanques et des agrumes, elle est devenue l’un des visages de la filière azuréenne.
Cette ancienne esthéticienne s’est lancée dans l’aventure presque par hasard !
Agrumicultrice à la tête de l’exploitation Émilie et les citrons de pépé, présidente de l’Association pour la promotion du citron de Menton… « Je n’avais absolument rien à voir avec la culture des agrumes » rembobine-t-elle dans un sourire, au micro de Menton-Presse.
En 2002, Émilie rencontre celui qui deviendra son mari, un Mentonnais dont la famille possède un terrain parsemé de citronniers. « Six mois après, je suis venue m’installer ici. C’était le patrimoine du grand-père de mon époux. Il était professeur de sport au lycée Pierre et Marie Curie, et cultivait les citrons en complément. »

À l’époque, les arbres produisaient encore, mais le verger n’était plus vraiment entretenu. « Mon mari et mon beau-frère n’avaient pas vocation à s’en occuper. Et je me suis dit que ce serait dommage de laisser tomber tout ce que pépé avait construit…»
En 2016, elle décide de s’y consacrer. Les débuts ne sont pas simples. « J’ai voulu bien faire en mettant des chèvres pour débroussailler. Mais elles adorent les citronniers et elles ont mangé les écorces ! J’ai perdu beaucoup d’arbres » se souvient-elle.
Loin de la décourager, cette mauvaise expérience renforce sa détermination. L’année suivante, elle rejoint « l’Association pour la promotion du citron de Menton » et franchit un cap en 2018 en devenant productrice habilitée du citron IGP.
Les visites du verger se multiplient
« J’ai déjà replanté une vingtaine d’espèces. Les plants viennent de Corse, c’est une obligation du cahier des charges. » Autour, elle diversifie également les cultures. « Du combawa, du yuzu, des mains de Bouddha, du citron caviar. Ça permet de montrer aux visiteurs les agrumes à différentes saisons. »
Car depuis quatre ans, elle ouvre aussi son exploitation au public. Les visites, organisées entre novembre et le printemps, attirent un public de plus en plus nombreux. « Les gens reviennent vers la terre. Il y a eu un avant et un après Covid. Beaucoup prennent conscience de la valeur de ce patrimoine. »
Une partie de sa production est vendue en direct, le reste transformé dans un petit laboratoire installé chez elle.
« Je fais surtout de la gelée. La recette vient de pépé. J’ai simplement retravaillé le goût pour garder au maximum le sucre naturel du fruit. »
Si l’exploitation ne lui permet pas encore d’en vivre pleinement, la passion, elle, est toujours restée intacte. « C’est devenu une véritable vocation. Je suis Mentonnaise d’adoption mais je revendique haut et fort nos agrumes et notre terroir. » À l’échelle de la filière, la dynamique semble repartir.
« Quand j’ai commencé, on était une quinzaine de producteurs habilités. Aujourd’hui, on est plus de cent dix. On a dépassé les cent tonnes de fruits labellisés. »
Une progression qui nourrit l’espoir de voir le citron de Menton retrouver peu à peu sa place dans le paysage agricole local. « Il y a eu des années difficiles, mais la filière est en train de remonter. »



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