Vice-présidente en charge de la sécurité, de la défense et du soutien aux forces de l’ordre, Véronique Borré pilote une délégation atypique au sein d’une Région. Elle détaille les missions de ce « bras armé » voulu par Renaud Muselier, les actions engagées sur le terrain et ses ambitions.
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À l’Hôtel de ville niçois, c’est dans son bureau verdoyant, où les fleurs occupent une place de choix, que Véronique Borré reçoit Nice-Presse Dimanche : derrière la quiétude des lieux, c’est un quotidien rythmé par les urgences et les dossiers sensibles qu’elle est mobilisée pour la municipalité, en tant que directrice chargée de la sécurité, et pour la Région, comme Vice-présidente. L’occasion de dérouler, à bâtons rompus, les priorités d’une délégation au coeur des préoccupations.
« Région Sud, région sûre » : en quelques mots, que recouvre ce slogan devenu votre marqueur politique ?
C’est un programme que nous avons lancé en février 2021 et qui s’est étoffé depuis. L’objectif est clair : soutenir concrètement les forces de l’ordre, qu’elles soient nationales (police, gendarmerie) ou municipales. Dix millions d’euros sont investis, sur nos crédits propres, pour l’équipement, la rénovation des bâtiments, l’installation de la vidéoprotection, et l’acquisition de matériels spécifiques. La Région Sud agit dans un champ où, traditionnellement, l’État est le seul compétent. Nous avons fait le choix politique d’y aller, en appui de ceux qui assurent la sûreté des habitants.
Nous avons financé des navettes nautiques pendant les JO dans le Var et les Bouches-du-Rhône, équipé des brigades équestres, et à Nice, nous participons à hauteur de 10 millions d’euros au financement de l’Hôtel des Polices (dans l’ancien hôpital Saint-Roch, NDLR). Nous soutenons aussi le sport et les actions sociales des agents et de leurs familles. Les policiers et gendarmes bénéficient de la gratuité des transports régionaux. Nous travaillons à étendre cela aux personnels pénitentiaires.
.@VilleDraguignan aux côtés de son maire Richard STRAMBIO et de @FdeCanson pour inaugurer des bornes d’appel d’urgence souhaitées par @RenaudMuselier devant nos lycées et nos parvis de gares. Un dispositif innovant de #RégionSudlaRégionSûre pic.twitter.com/m9MhjwjdsP
— Véronique Borré (@veroniqueborre) June 4, 2025
L’Hôtel des Polices très centralisé est critiqué par certains, qui plaident pour un retour des commissariats dans les quartiers…
Mais l’un n’empêche pas l’autre ! L’Hôtel des Polices sera en plein cœur de Nice, à proximité immédiate des zones sensibles. C’est exceptionnel : partout ailleurs, ils sont installés en périphérie. Il permettra de déployer des dizaines de patrouilles. Je rappelle que les commissariats des Moulins, de Saint-Augustin ou de l’Ariane sont maintenus. Et Nice conserve ses 10 postes de police municipale.
On entend aussi dire, à gauche, que les 5000 caméras de vidéoprotection de Nice serviraient presque à rien…
Qu’ils viennent passer une heure au CSU (centre de supervision urbain, NDLR) et ils comprendront. Une affaire sur quatre est élucidée grâce aux caméras. C’est devenu déterminant. Maintenant, il faut intégrer l’intelligence artificielle pour optimiser leur exploitation, car 100 opérateurs pour 5000 caméras, ce n’est pas suffisant.

Le sujet de la sécurité est aussi très sensible dans les TER. Où en est-on aujourd’hui en matière de tranquillité publique dans les trains régionaux ?
La situation a été complètement transformée. En 2016, quand Christian Estrosi a pris la présidence, c’était catastrophique : 20% de trains en retard, 10% annulés, des rames dégradées, taguées, et un fort sentiment d’insécurité.
Depuis, avec Philippe Tabarot (ex-Vice président, NDLR), devenu ministre des Transports, et Jean-Pierre Serrus, nous avons agi à tous les niveaux. L’ouverture à la concurrence a permis de fluidifier les lignes comme Grasse-Vintimille ou Marseille-Nice.
Sur la sécurité, nous avons déployé davantage de personnels, des portiques, de la vidéoprotection, de la lutte anti-fraude. Aujourd’hui, elle est tombée sous les 10%, contre près de 25% auparavant ! Et les atteintes aux biens et aux personnes dans les TER ont diminué de 20%.
Vous avez beaucoup investi dans les lycées également. Quelle est aujourd’hui la stratégie sur la sécurité dans ces établissements ?
Avant 2016, la sécurité dans les lycées n’y était pas une priorité. Depuis 2020, nous avons investi 100 millions d’euros. Nous avons créé des périmètres autour des établissements, avec clôtures rehaussées, portiques d’accès, vidéoprotection et sécurisation des parkings.
Surtout, nous avons mis en place la Garde régionale des lycées, un dispositif original de médiateurs, souvent de jeunes étudiants qui accompagnent et apaisent les tensions en amont, interviennent en cas de harcèlement ou de difficultés personnelles, et participent à la préservation de la laïcité.
Vous demandez aussi des renforcements qui font débat, comme la reconnaissance faciale ou les portiques détecteurs d’armes. Pourquoi ?
Nous devons aller plus loin. Un carnet de liaison peut être perdu ou falsifié, les contrôles humains ne sont pas infaillibles. La reconnaissance faciale apporterait une réelle sécurité, mais la CNIL nous bloque encore. Nous avons renouvelé notre demande, notamment après l’attentat d’Arras. Idem pour les portiques détecteurs d’armes : les faits divers démontrent qu’il faut aujourd’hui s’en doter, au moins à titre expérimental. C’est une question de pragmatisme.
Est-ce que tout cela ne dit pas surtout quelque chose de plus profond sur l’évolution de notre société ?
Bien sûr. Ce que nous constatons, c’est une dégradation du respect des règles, de l’autorité, des valeurs collectives. La crise post-Covid a renforcé ce repli sur soi et exacerbé des comportements les plus violents. Beaucoup de passages à l’acte relèvent de problèmes de santé mentale : il faudrait y consacrer bien plus de moyens. La prison ne doit pas être la seule réponse pour des personnes qui relèvent d’abord du soin.
Avec @gaelNofri et @bailetmonique pour fêter les 60 ans du @lyc_Eucalyptus au nom @cestrosi @RenaudMuselier
— Véronique Borré (@veroniqueborre) May 22, 2025
Un établissement d’excellence qui a su s’adapter avec @MaRegionSud : 60 millions investis.
Bravo à l’équipe éducative et tout particulièrement au proviseur Philippe ALBERT pic.twitter.com/eem1ibyRnS
Renaud Muselier a récemment lancé un grand plan « Valeurs ». De quoi s’agit-il ?
Face aux tensions internationales, aux menaces, aux évolutions sociétales, la Région a voulu faire un état des lieux global. Ce plan « Valeurs » propose d’aller encore plus loin en matière de soutien aux forces de l’ordre, de développement des technologies de sécurité, de lutte contre la radicalisation, ou encore de soutien à la défense — nous sommes la deuxième région militaire de France.
Quel bilan personnel tirez-vous de votre mandat ? Et quelles ambitions avez-vous pour l’avenir ?
C’est un honneur quotidien de servir la région sur ces sujets. Il reste de nombreux chantiers : renforcer la proximité policière, donner plus d’outils aux municipaux — il est incompréhensible qu’ils n’aient toujours pas accès aux fichiers de personnes recherchées ! — et développer davantage les innovations technologiques, y compris l’IA, qui est déjà partout dans notre quotidien.
Question cash — Vous occupez un portefeuille souvent jugé « masculin ». Avez-vous rencontré des résistances ?
Ni résistances, ni passe-droits. Je suis sur ces sujets depuis presque 20 ans : d’abord collaboratrice parlementaire, puis à la mairie de Nice avec Christian Estrosi, avant d’être appelée par Renaud Muselier. J’en connais les enjeux. Et la sécurité se féminise : dans les polices municipales de la Région Sud, nous comptons 46% de femmes.










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