Mise à l’abri des plus fragiles pendant l’hiver, femmes sans domicile, mineurs à la rue, nouvelle épicerie solidaire… Ce mardi 30 janvier, l’adjointe au Maire Jennifer Salles-Barbosa fait le point sur la rentrée sociale dans Nice-Presse.
Nice-Presse : une nouvelle « Nuit de la solidarité » était organisée dans notre ville il y a quelques jours, notamment pour identifier les sans-abri. Quel bilan en tirez-vous ?
Jennifer Salles-Barbosa : On décompte beaucoup moins de monde dans nos rues que l’an passé (213 personnes contre 263). Cela ne veut pas dire qu’il y a moins de SDS à Nice : ils sont, en fait, encore mieux pris en charge par les services de la Mairie. L’habituel site d’El Nouzah était complet dès le premier soir ! Nous avons ouvert le 24 décembre une structure d’urgence, dans un gymnase. Une autre, rue Fodéré au Port Lympia, a pris le relai.
Les 40-46 places sont toutes occupées. De tout au niveau des profils : seniors isolées, familles mono-parentales, travailleurs pauvres, étrangers demandeurs d’asile… Notre objectif est double : mettre tout le monde à l’abri, et garantir un accompagnement avec les travailleurs sociaux (Galice, Croix-Rouge…) pour trouver de vraies solutions.
Qu’est-il prévu en particulier pour les femmes sans-abri ?
Nous avons ouvert, la Ville et le CCAS (le centre communal de l’action sociale), un centre d’hébergement d’urgence d’une quinzaine de places pour ces femmes, en partenariat avec Solidarité 06 et le Secours Populaire, jusqu’à la fin de l’hiver.
Une épicerie solidaire ouvrait il y a quelques semaines rue Raspail. Comment en bénéficier ?
Lire notre reportage : « Un lieu de rencontre et des produits à bas prix » : une épicerie sociale vient d’ouvrir à Nice
Les travailleurs sociaux orientent les publics concernés vers cette nouvelle adresse, où un suivi est proposé. Certes, ce magasin dispose de denrées à 30% des prix du marché. Mais l’idée est de conditionner cela dans le temps, autour d’un projet d’insertion pour chacun. Des cours de cuisine, pour se « nourrir moins cher », sont aussi de la partie. Cela concerne une vingtaine de personnes pour l’instant, à l’exception des étudiants, qui ont déjà pour eux l’AGORAé.
Du côté du centre d’hébergement Leyrit, des migrants mineurs isolés ont été refusés par la Ville. Ces jeunes ont dû, plusieurs soirs, dormir par terre dans la rue. Comment expliquer une chose pareille ?
Nous n’avons pas le droit de le faire ! L’Etat a donné la compétence de l’accueil des mineurs aux conseils départementaux, pas aux mairies. Quand on a la volonté, on y arrive : c’est au Département des Alpes-Maritimes de faire comme nous, en mobilisant des centres provisoires pour répondre à la crise sociale. La Ville n’est pas autorisée à accueillir dans ses structures des personnes mineures sans la présence d’un responsable légal…
Le président des Alpes-Maritimes, Charles Ange Ginésy, évoque dans Nice-Matin un « faux procès », et indique que 900 places existent, 50 étant vacantes. Ce seraient les autorités qui présentent les jeunes sans que les procédures soient respectées…
Ils ont l’obligation d’accueillir les jeunes. Qu’ils vérifient l’administratif dans un second temps, l’accueil est inconditionnel. Pendant toutes les fêtes, entre dix et vingt-cinq ados dormaient par terre devant Auvare. C’est inadmissible !
Communiqué de la CGT Nice-métropole le 25 janvier : l’année commence avec la fermeture d’un service au CCAS niçois. 600 personnes se retrouvent sans suivi social, d’après ce document. Que répondez-vous ?
Via une convention, le conseil départemental des Alpes-Maritimes déléguait depuis longtemps le suivi de bénéficiaires du RSA au CCAS de la Ville de Nice. Cela fonctionnait très bien, et jamais le Département nous a reproché quoi que ce soit à ce niveau.
Le 29 décembre, avec prise d’effet au 2 janvier, nous avons appris qu’il se retire. Sans alerte préalable, cette subvention est stoppée, plaçant en grande difficulté les personnes qui étaient aidées. C’est incompréhensible !
La transition sera peut-être compliquée, mais le Département promet que le service sera maintenu, à la différence près qu’il l’assurera dorénavant par lui-même.
Qui peut y croire ? J’aimerais que Charles Ange Ginésy se retrousse les manches et vienne faire les maraudes avec nous. Qu’il saisisse la réalité des choses !
Les sans-abri bénéficiaires du RSA étaient domiciliés dans l’un de nos centres, à Riquier, pour pouvoir recevoir leur courrier, et donc leurs droits. Il va falloir maintenant qu’ils aillent au CADAM, de l’autre côté de la Ville, alors qu’ils disposent de peu de moyens pour se déplacer.
Ce sont des publics fragiles, qui seront perturbés par ces changements inutiles : jamais notre compétence n’a été remise en cause dans cette mission. Nos équipes sont choquées et surprises.
« Les luttes de pouvoir entre le Département et la Ville (entre Eric Ciotti et Christian Estrosi) se mènent au détriment des pauvres », estime la CGT Nice-métropole. Qu’en pensez-vous ?
Je trouve ça désolant que les usagers soient pris en otages. Le boulot du CCAS est d’être au côté des plus précaires. Le travail mené est inattaquable. C’est une « guéguerre » qui nous est menée par le président des Alpes-Maritimes. Le CCAS de Nice est lâché par le Département : ce n’est pas le cas dans les autres communes. Pourquoi ?



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