Le couvre-feu à 18 heures dans les Alpes-Maritimes est-il vraiment efficace?

Alors que le couvre-feu avancé vient d’être étendu à l’ensemble du territoire, beaucoup s’interrogent quant à son utilité. Fonctionne-t-il dans les Alpes-Maritimes, où il a été imposé dès le 2 janvier? 
couvre-feu 18 heures alpes maritimes
Photo : Sobolev Maksim

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Le département des Alpes-Maritimes figure toujours parmi les plus touchés par la crise du coronavirus avec un taux d’incidence, le nombre de nouveaux cas sur une semaine, en augmentation constante, malgré l’instauration d’un couvre-feu avancé à 18h depuis le 2 janvier.

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Ce taux était de 338 à cette date, avant de passer à 465 le 14 janvier, soit une augmentation de près de 27% en seulement 10 jours, d’après les données fournies par Santé Publique France.

En outre, d’après les chiffres de l’Agence Régionale de Santé (ARS PACA), 595 hospitalisations sont en cours, dont 73 réa, soit une augmentation de près de 20% du nombre d’hospitalisations conventionnelles, de 15% pour les soins intensifs et réanimation.

Lire > Covid-19 à Nice et dans les Alpes-Maritimes : mais pourquoi voit-on circuler “plusieurs” chiffres sur les hospitalisations?

Peut-on déjà tirer une conclusion?

Attention à ne pas être trop hâtifs quant à l’efficacité de cette mesure, tant que le cap des 15 jours, au moins, n’a pas été dépassé.

En effet, si le délai d’incubation — période entre la contamination et l’apparition des premiers symptômes — de la Covid-19 est de trois à cinq jours en général, elle peut parfois s’étendre jusqu’à 14 jours.

En outre, les chiffres liés aux hospitalisations sont aussi à prendre avec du recul puisque, d’une part, la durée moyenne entre l’infection et l’hospitalisation est de 11 jours, et d’autre part l’hospitalisation dure en moyenne de 8 à 20 jours selon les cas.

Il est par conséquent encore trop tôt pour analyser correctement et significativement l’impact du couvre-feu sur la propagation du virus.

En attendant, dans les Alpes-Maritimes, les scientifiques et les autorités cherchent des solutions pour lutter efficacement contre le virus. L’Agence Régionale de Santé (ARS) envisage, si cela devient nécessaire, de faire appel à la «solidarité interdépartementale», en envoyant des personnes malades dans des hôpitaux d’autres départements, comme les Bouches-du-Rhône par exemple.

À Nice comme à Cannes notamment, la priorité est donnée à la vaccination, avec une accélération du nombre de doses administrées, rendue notamment possible grâce à l’arrivée du vaccin Moderna dans les départements prioritaires et le déploiement de vastes centres de vaccination.

La raison d’un couvre-feu

D’après le maire de Nice Christian Estrosi, la flambée épidémique que nous connaissons dans la Métropole comme dans le département s’explique par différentes raisons. Dans nos colonnes, il évoque la situation frontalière du territoire (avec Monaco ou l’Italie) mais aussi et surtout les regroupements liés aux fêtes de fin d’année.

«Les maralpins ne se sont pas contaminés tout seuls. On a vu le nombre de vols à l’aéroport passer de 20 à 120, ce sont les gens de l’extérieur qui ont apporté le virus. Nous n’en serions pas là si il y avait eu moins de rassemblements en fin d’année, c’est évident» a‑t-il souligné.

Partant de ce principe, le maire de Nice était favorable à l’instauration d’un couvre-feu dès 18h, censé éviter les rassemblements en soirée, souvent en famille ou entre amis, afin de stopper la propagation du virus.

Pourtant, les professionnels de santé eux-mêmes sont mitigés quant à l’efficacité de ce couvre-feu. Certains, comme l’épidémiologiste Yves Buisson, décrivent la mesure comme «une solution qui a fait ses preuves», et plébiscitent sa mise en place, d’autres sont bien loin de le voir comme une réelle solution à cette crise. C’est le cas par exemple de Catherine Hill, épidémiologiste et biostatisticienne, qui a déclaré sur LCI : «je pense que le couvre-feu ne sert pas à grand-chose parce que les gens font presque autant de choses en un temps plus court» et qui considère les effets du couvre-feu comme «minuscules».

En effet, pas besoin de chiffres pour constater que le couvre-feu encourage les attroupements dans des lieux publics aux heures de pointe : embouteillages, attroupements vers les stations de tram à Nice, attroupements et files d’attente dans les grandes surfaces juste avant 18 heures…

Il y a bien ici un paradoxe : il est censé éviter la propagation du virus risque de l’accentuer en journée via cette forte concentration de personnes sur les mêmes lieux et aux mêmes horaires !

Enfin, l’aggravation de la situation s’accompagne sans surprise d’une remise en cause de l’efficacité du dispositif. Le docteur Renaud Muselier, président LR de la région Sud-PACA, n’a pas hésité à déclarer que «l’expérience des Alpes-Maritimes montre bien que passer de 20h à 18h n’a rien changé.»

Et le couvre-feu dans le reste de la France ?

Le président LR de la région Grand Est, Jean Rottner a estimé que ce couvre-feu avancé portait ses effets à l’échelle régionale : «on reste sur un positionnement haut mais on évite une propagation du virus. Ça donne une stabilité, une perspective».

Le ministre de la santé, Olivier Véran, estime quant à lui que «dans tous les départements qui ont adopté cette mesure, avec dix jours de recul, on a une augmentation du taux d’incidence de 16%, quand les autres ont une augmentation de 43%. Dans la région Grand Est, il y a vraiment une différence avec les départements voisins».

En Moselle par exemple, au 31 décembre 2020, le taux d’incidence était de 196. Au 11 janvier 2021, ce dernier est de 235, soit une augmentation nettement moins importante que dans les Alpes Maritimes.

Ceci, entre autres, explique le choix d’étendre le couvre-feu au reste du territoire. À voir dans les prochains jours et les prochaines semaines si la forte hausse des contaminations se maintient… ou pas.

Lire > [Coronavirus] DÉCRYPTAGE – Au moins 20 cas de “variant anglais” dans les Alpes-Maritimes : faut-il s’inquiéter?

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