Municipales 2026 - Distancé au premier tour par son rival Éric Ciotti (UDR-RN), le maire (LR-Horizons) aborde sans doute le second tour le plus difficile de son parcours politique. D’autant que la gauche locale a refusé le principe d’un barrage anti-RN. Vendredi, pour ce tout dernier jour de la campagne, bilan et perspectives avec Christian Estrosi.
Nice-Presse : Dans quel état d’esprit êtes-vous, juste avant le verdict des urnes ?
Christian Estrosi : Je suis bien… Heureux de notre campagne, mais triste de la situation. Triste de voir le climat dans lequel a basculé notre ville. Je donne des meetings où des opposants viennent photographier mes militants, peut-être pour les ficher. Des restaurateurs craignent de se montrer avec moi parce que certains menacent de les priver d’une terrasse, des clubs sportifs de leurs subventions. Je sens qu’une peur s’est propagée.
J’ai mené de nombreuses campagnes : je n’avais jamais vu des choses pareilles. Beaucoup sont des courageux, et ils tiennent bon. Je pense à eux et je les en remercie.
Durant mes trois mandats, l’image de notre ville et l’atmosphère qui y règnait étaient bien différentes de ce que l’on vit depuis quelque temps. Une preuve donc que c’est l’entrée en campagne de certains qui explique ce déferlement, cette haine. Je vous le dis : Nice est en danger.
Nous sommes aussi à l’heure de nouvelles menaces. Il y a eu des tentatives d’infiltration de mon administration. Des opérations informatiques suspectes au sein même de la mairie. Une enquête devra être diligentée pour savoir qui est derrière tout ceci.
L’écart entre votre liste et celle d’Éric Ciotti était très net au premier tour, douze points : c’est, contre vous, un « vote sanction », non ?
Je ne le pense pas. Nous avons livré la coulée verte, accueilli des événements populaires incroyables, vu des écoles de grande qualité faire le choix de Nice, qui est entrée à l’UNESCO, etc. Nous avons appliqué notre programme, avec tous ces résultats.
On entend une incompréhension, des doutes voire une « cassure » entre vous et les Niçois. Au moins une partie d’entre eux, qui votaient pour vous mais qui ne le font plus. Que leur répondez-vous ?
Ça, c’est ce que vous dites. Je suis mobilisé sur le terrain et je n’entends que de la confiance et des encouragements. Ils m’ont vu à leurs côtés tous les jours depuis dix-huit ans. Où était Éric Ciotti ? Il ne réside même pas à Nice ! Il a cumulé les postes, mais pour quels résultats ? Depuis plus de vingt ans qu’il est au pouvoir notamment au Département, les Niçois peuvent-ils citer une seule chose qu’il aurait fait pour eux ? On n’a pas tout réussi, nous. Mais quand on vit à Nice, notre bilan, nos réussites, on les voit tous les jours.

Vous comptez au second tour sur les 100 000 Niçois qui n’ont pas voté. Avec quels arguments ?
Une part d’entre eux pensaient qu’il y avait moins d’enjeux. Ils sont allés au ski, se sont dits qu’ils attendraient le second tour. Lundi, pour eux, ça a été la gueule de bois, l’électrochoc. Ils ont vu le RN à 43 %. Ils voteront dimanche, je vous le garantis.
Vous avez mené, ces derniers jours, une campagne intensive sur le terrain. Mais n’avez-vous pas péché par orgueil en ne le faisant pas plus tôt, depuis des mois ?
Vous savez, tôt ce matin, on m’a appelé parce que des personnes en détresse s’étaient retranchées au sommet d’une grue. J’ai décalé tout ce que j’avais prévu pour rester deux heures, dans le froid, à leurs côtés, pour écouter. C’est difficile mais cette fonction, c’est cela en permanence.
Des urgences, des dossiers capitaux à traiter. Nous venons de livrer une rénovation à 12 millions d’euros pour la plus grande bibliothèque de Nice. Certains ont tout le temps de faire campagne, de tracter, d’organiser des meetings. Moi, j’ai répondu à mes obligations.
Les moyens ne sont pas les mêmes. L’extrême droite et tout cet appareil politique ont piloté une candidature, soutenue par des milliers de comptes (souvent faux) sur les réseaux sociaux, et tout un groupe de presse s’est rangé à son service. Je n’ai pas eu ces moyens-là.
Il y a une escalade dans vos propos au sujet d’Éric Ciotti, que vous placez à « l’ultra droite », dont vous soutenez la comparaison avec Mussolini. Pourtant, on n’a pas vu à Nice pendant l’entre-deux-tours de vraie mobilisation contre l’extrême droite que vous dénoncez. Pourquoi selon vous ?
C’est dimanche soir que vous verrez si les gens se sont dressés ou non. Les acteurs culturels ont dit leurs craintes. Des personnalités de gauche qui ne partagent pas mes opinions appellent à voter pour moi, contre l’extrême droite.
« J’aurais préféré que notre candidate se désiste » : Juliette Chesnel-Le Roux lâchée par certains écologistes, à trois jours du second tourhttps://t.co/l0d6u3RYiy pic.twitter.com/oC6IOVQXBB
— France 3 Côte d’Azur (@F3cotedazur) March 20, 2026
Jean-Laurent Félizia a mené l’union de la gauche contre moi aux régionales de 2021. Il était à Nice hier pour nous soutenir. L’élu municipal Fabrice Decoupigny, parmi mes opposants les plus résolus depuis des années, aussi !
Tous dénoncent l’attitude irresponsable de Juliette Chesnel-Le Roux, qui maintient sa liste contre toute logique. Qui a, quelque part, pactisé avec le RN. Elle souhaite la victoire d’Éric Ciotti. Certains de ses colistiers en sont épouvantés. Des formations de la gauche niçoise, ses alliées jusqu’alors, n’appellent même plus à voter pour elle…
Le RN Bryan Masson a remporté dès le premier tour la mairie de Cagnes-sur-Mer. Pouvez-vous continuer à corneriser ce parti dans la Métropole alors qu’il a ce soutien d’une part des habitants ? Vous aviez lancé une « charte anti-RN « au conseil métropolitain il y a deux ans, elle serait difficile à maintenir désormais, non ?
Il y a quelques maires qui ont soutenu l’extrême droite au cours du mandat qui s’achève, ce n’est pas pour ça qu’ils auraient perdu leurs subventions. La Métropole gère des sujets très peu politiques, l’eau, l’énergie, les transports, la gestion des risques, etc. Nous travaillerons évidemment en écoutant tout le monde.
Seriez-vous un maire réellement différent si vous étiez réélu dimanche ?
La société a changé. Là où les habitants ont longtemps délégué le pouvoir aux élus, ils veulent aujourd’hui être associés à toutes les décisions du quotidien. J’entends cette volonté. J’appliquerai, si je suis réélu, la démocratie directe partout. Avec des référendums locaux tous les ans, une grande place pour les citoyens dans les conseils municipaux. Je confierai la présidence de la commission du logement, et celle des finances, à l’opposition.
Que dites-vous aux électeurs indécis entre les listes ?
Celle d’Éric Ciotti est contre tout : contre le développement du tramway, contre ce que l’on propose pour les JO, etc. Des entreprises et des écoles m’ont dit qu’elles renonceraient à s’installer à Nice s’il était élu parce qu’elles refuseraient de voir leur image associée à une ville RN. Nous travaillons sur les festivals de l’été : idem pour les artistes que les Niçois aiment. Ils ne viendront pas dans une cité d’extrême droite.
Les électeurs de gauche savent ce que je fais déjà pour ce qui leur est cher : la transition écologique (parcs, pistes cyclables, nouvelle station d’épuration, énergies renouvelables), le soutien aux associations, etc. Le RN privatiserait leurs services publics municipaux, dont les prix bondiraient. Avec moi, les élus de gauche seraient associés à la gestion par la direction de commissions capitales pour le quotidien. L’extrême droite ne leur donnerait aucune place.



Comme par hasard il est amnésique sur ses passages au département et au gouvernement. Il n’a pas hésité à quitter Nice pour ses propres intérêts (politique). Ben voyons…