Dans le centre de Nice, Graig Monetti veut incarner un nouvel élan et porter une forme de rupture à l'Assemblée nationale. Difficile, alors que le président qu'il soutient depuis sept ans apparaît au creux de la vague.

Il veut que - enfin - les choses bougent. C'est ce qu'il propose, un tract à la main, à tous les Niçois qu'il croise sous la pluie, dimanche. Que "ça déménage", un peu comme le député sortant d'ailleurs, qu'il "est temps de mettre dehors". Graig Monetti est le candidat investi par Horizons, le parti de droite fondé par Edouard Philippe. Il s'était déjà présenté en 2022, sous l'étiquette de la République en marche. Ça, c'était avant de prendre des distances avec Emmanuel Macron. Dont il défend, désormais, assez peu le bilan sur le terrain.

Dans le centre-​ancien, c'est le thème du logement qui revient beaucoup sur la table. Une riveraine à l'attention de celui qui est aussi adjoint du maire, Christian Estrosi : "peu à peu, les familles doivent quitter le quartier. Pendant la saison, il y a plein de valises à roulettes. Le reste de l'année, des immeubles entiers sont vides, et les commer­çants tirent la langue. On se sent dépos­sédés". Un autre Niçois : "l'habitat est un sujet, le lien social aussi. Avec Airbnb, il s'est gravement délité".

Réponse de Monetti : "Sur Airbnb, on a fait à Nice plus qu'ailleurs. Mais au niveau national, une réforme s'impose". Réforme qui suivait son chemin, avant d'être stoppée net par la disso­lution. "Le boulot du député c'est d'écouter, rue par rue, ce qui doit être remonté à la mairie d'un côté, à Paris et à l'Assemblée, d'un autre. Il se trouve que je m'entends bien avec le maire, et pas mal non plus avec le gouver­nement" fait-​il encore valoir, comme un atout.

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[© Nice-​Presse]

La délin­quance, autre caillou dans la chaussure des Marcheurs. En témoigne un militant macro­niste : "Graig, comment dire aux gens que l'on porte des solutions sur la sécurité, alors que l'on n'a pas de résultats depuis sept ans ? Même chose sur l'immigration…" Monetti veut faire entendre sa diffé­rence. Propose "une loi de program­mation" pour donner plus de moyens aux forces de l'ordre. Une antienne prési­den­tielle, restée largement insuf­fi­sante. Il porte aussi le voeu d'une plus large décen­tra­li­sation, jamais lancée par Emmanuel Macron, avec des pouvoirs étendus confiés aux polices munici­pales (recon­nais­sance faciale, contrôles d'identité enfin autorisés…).

"Nice, ce n'est pas le Front national"

Sur le terrain, l'accueil est bon. Graig Monetti ne semble pas être touché par l'impopularité du président, puisque les badauds l'identifient davantage à l'équipe municipale. Dans la rue et près du marché, on prend poliment son tract, on discute, on adresse quelques encou­ra­ge­ments. Sans taper sur le député sortant, dont l'alliance avec Marine Le Pen a déchaîné les médias nationaux, sans troubler des Niçois qui, pour beaucoup, récla­maient cette "union des droites".

Dans cette ville qui a eu un ex-​FN comme édile entre 1995 et 2008, l'argument du "vote barrage contre l'extrême droite" mobilise timidement. "Nice, ce n'est pas le Front national" bat en brèche le suppléant de Monetti, Pierre Fiori. Pour ce fils d'une figure locale du commu­nisme, le résistant Louis Fiori, "on a trop travaillé, trop évolué pour sombrer à nouveau".

En face, le tenant du titre, Eric Ciotti (LR-​RN) dit à Nice-​Presse ne voir une menace réelle qu'avec le candidat Insoumis-​Front populaire Olivier Salerno. Comme pour enterrer d'avance l'hypothèse Monetti, qui l'avait pourtant contraint au ballottage il y a deux ans… Croisée au cours Saleya ce week-​end, une Niçoise croise les bras d'un air entendu devant le ramdam électoral : "de toute façon, le 7 juillet au soir, on aura les députés que l'on mérite".

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