Il ne cherche, dit-il, pas à faire du bruit, mais à construire, patiemment, avec méthode. Ancien vice-président de la Région Sud, figure bien connue, Patrick Allemand (PS) veut croire que la gauche peut, en 2026, enfin trouver sa voie à Nice. Candidat pour mener cette union, le socialiste pose ses lignes rouges, déroule ses priorités, et envoie quelques messages clairs… notamment à La France insoumise.
C’est lors d’une matinée ensoleillée paisible sur la Place Garibaldi, à quelques encablures de l’effervescence de la Conférence des Nations Unies sur l’Océan, que Patrick Allemand a reçu Nice-Presse Dimanche autour d’un café serré. L’occasion de dévoiler les contours du projet d’alternative qu’il porte aux côtés de Juliette Chesnel (Les Écologistes) et Julien Picot (Parti communiste français).
On a connu la « NUPES », puis le « Nouveau Front populaire », avec des partis de gauche unis malgré des divergences flagrantes. Faut-il s’attendre à cet attelage lors des prochaines municipales ?
On n’est pas du tout dans la même logique que lors des législatives, où les accords ont été passés dans l’urgence. Là, c’est l’inverse : cela fait des mois que l’on travaille ensemble, que l’on échange, que l’on construit. On se voit tous les mercredis, on reçoit des experts, des responsables associatifs, des syndicalistes… Et on s’aperçoit que sur les grands enjeux de la gestion municipale, on partage beaucoup. Il y a une vraie base commune.
Parmi ces priorités, la sécurité. Ce n’est pas le thème sur lequel vous êtes les plus reconnus…
Je ne vois pas pourquoi ce serait difficile pour la gauche, vu les résultats de la droite ! Les Niçois ont bien vu que la sécurité se dégrade.
On ne peut pas dire que le maire actuel ait des réponses efficaces. Sur les caméras, par exemple, nous ne sommes pas idéologiques : elles sont là, elles resteront. Mais elles ne dissuadent pas. Elles permettent de résoudre, pas de prévenir. Ce n’est pas un outil de protection, c’est un outil d’enquête.
Quant à la sécurité privée, je pense que c’est une mauvaise réponse. On a déjà la plus grosse police municipale de France après Paris, une police nationale bien dotée… Ce qu’il faut, c’est que les effectifs municipaux viennent en plus, et non à la place des effectifs d’État. Et surtout, il faut renforcer la prévention, le travail associatif dans les quartiers, l’accès à la culture, au sport, à l’aide scolaire… C’est là que tout commence. La répression seule ne marche pas.
Autour des HLM, faut-il supprimer le groupement de vigiles privés GAIDA, comme on le propose du côté du collectif Viva ?
Je ne suis pas favorable à les supprimer brutalement. Mais on ne peut pas s’appuyer uniquement sur des dispositifs de sécurité privée. Et surtout, il ne faut pas confondre lutte contre l’insécurité et stigmatisation des quartiers. Ce sont les premières victimes de la violence. Sur les dix morts de l’année passée, il y en a eu huit par erreur. Ça veut tout dire.
L’Hôtel des Polices, le « super commissariat », prévu en centre-ville, vous y êtes opposé ?
Oui. C’est une erreur. Parce que la proximité, c’est la clé. Ce n’est pas depuis une forteresse centrale que l’on règle les problèmes. On a besoin d’un maillage dans les quartiers. La centralisation, c’est à rebours de ce qu’il faut faire. Et puis, avec 75 millions d’euros (la part locale, sur les 220 millions d’euros nécessaires, NDLR), on aurait pu renforcer bien d’autres choses.
Sur les transports, l’un de vos axes forts, vous plaidez pour la gratuité. Pourquoi ?
Parce que c’est une mesure incitative. Pendant trois jours, j’ai observé les effets de la gratuité sur le tram : même hors des heures de pointe, il était plein. Ce n’est pas juste une question de pouvoir d’achat, c’est une question de culture. Et ça peut aider à désengorger la ville, à faire baisser la pollution.

Comment finance-t-on une telle mesure ?
Progressivement. Et avec les bons leviers. La taxe de séjour ? Ça ne suffit pas. En revanche, le versement mobilité, si on l’aligne sur celui de Paris, permettrait de dégager 60 à 70 millions d’euros par an. C’est largement faisable.
Et sur l’extension du réseau, notamment la ligne 5 ?
C’est la priorité. Il faut désenclaver la vallée du Paillon. Aujourd’hui, les gens qui habitent à L’Ariane ou à La Trinité et qui travaillent dans l’ouest de Nice vivent un enfer. Il faut un signal fort de la Métropole. On attend l’enquête publique en septembre. On ne peut plus repousser cette ligne, promise depuis 25 ans.
Le logement est l’autre grande priorité. Pourtant, de plus en plus de Niçois rejettent les constructions…
Aujourd’hui, 27.000 à 30.000 demandes de logements sociaux ne sont pas satisfaites. On en construit à peine 1000 à 1500 par an. Ce n’est plus tenable. Certains pensent que l’on peut compenser sans construire, juste en mobilisant le parc privé ou en réhabilitant. C’est une partie de la solution, pas l’unique. Il faut aussi construire. Sinon, on bloque tout l’amont du parcours résidentiel.
Vous parliez de la Métropole. Certains maires s’agacent de l’orientation qu’elle prend. Vous les comprenez ?
J’ai siégé à la Métropole, je sais comment ça fonctionne. Elle est entièrement contrôlée par l’équipe Estrosi. Les autres communes, depuis des années, payent pour les projets niçois. Aujourd’hui, elles demandent leur dû. Et c’est normal. Mais il ne faut pas se tromper de lecture : c’est surtout une guerre politique entre Christian Estrosi et Éric Ciotti.
Justement, ce duel annoncé pour 2026 peut-il créer un espace suffisant pour la gauche ?
C’est notre conviction. Mais à condition que l’on soit unis. Si on part divisés, on rate le coche. Le match à trois, ce n’est pas une certitude, c’est une opportunité. Mais il faut l’arracher. Depuis le début, je dis qu’il faut une liste unique à gauche. C’est le seul moyen de créer une dynamique populaire.
Partez-vous avec La France insoumise où y’a-t-il une ligne rouge pour le socialiste que vous êtes ?
Ils participent parfois à nos réunions, mais restent en retrait. Ils n’ont encore rien proposé. Il faudra bien qu’ils prennent leurs responsabilités. Pour l’instant, ils sont dans une posture d’observation. Ce n’est pas à moi de décider pour eux. Je tends la main. Mais il faudra trancher sur les candidatures, sur le leadership, et sur certaines lignes politiques.
Souhaitez-vous toujours mener cette union ?
Je le souhaite, oui. Mais je le fais dans un esprit de rassemblement. Je suis candidat à la candidature, pas candidat contre quelqu’un. Ce qui m’importe, c’est que l’on ait la meilleure tête de liste possible, avec l’expérience et la capacité de fédérer. J’ai des atouts. J’ai aussi des défauts. Mais je suis là, je travaille, je m’investis dans les quartiers. Et si je ne suis pas choisi, je soutiendrai celui ou celle qui le sera. Ce que je veux, c’est que l’on gagne. Pas pour moi : pour les Niçoises et les Niçois.





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